Attention, il ne faut pas se fier au titre, et ce n’est pas qu’une anecdote. L’article de Giuseppe Nardi, très bien informé, met en scène un personnage sulfureux de l’entourage de François que nous avons déjà croisé (*) et rappelle l’opposition du cardinal Bergoglio à Benoît XVI et la façon crue dont elle s’était manifestée en 2006, au moment de la tempête soulevée par le discours de Ratisbonne..

(*) A propos de Guillermo Marcó et de l’épisode Ratisbonne: benoit-et-moi.fr/2016/actualite/le-pretre-catholique-de-la-fameuse-video

Une glace dans l’été romain

Giuseppe Nardi
katholisches.info/2022/07/11/ein-eis-im-roemischen-sommer/

Le pape François aime les glaces. C’est pour cela qu’en 2020, il a accordé une audience à un compatriote qui a ouvert une boutique de glaces à proximité du Vatican, en guise de remerciement [pour des glaces qui lui avaient été offertes].

Quand Guillermo Marcó, alors son attaché de presse à Buenos Aires, a critiqué en 2006 le discours historique de Benoît XVI à Ratisbonne en le qualifiant d' »anti-islam », le cardinal Bergoglio s’est séparé de lui pour sauver la face. Mais Marcó n’est pas tombé en disgrâce, comme on vient de le voir à nouveau – à propos d’une bonne glace.

Le fameux discours de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne le 12 septembre 2006 devait être étouffé sous une double avalanche de critiques. D’une part par les menaces parfois virulentes des milieux islamiques, d’autre part par les attaques de cercles influents du politiquement correct en Occident. A l’époque, un cardinal du nom de Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, avait également émis des critiques surprenantes. Celui-ci s’est joint au chœur criant des critiques du pape et a fait savoir au monde entier : « Je ne m’identifie pas aux paroles du pape ».

Newsweek a ensuite voulu réaliser une interview avec le cardinal Bergoglio, mais celui-ci a envoyé son attaché de presse Guillermo Marcó à la place. L’interview a tout de même eu lieu et Marcó a réitéré les critiques de Bergoglio à l’encontre de Benoît XVI : « Il [Benoît XVI] a détruit en 20 secondes ce qui avait été construit en 20 ans avec l’islam. Ce qu’il a dit ne me représente pas ».

Le Saint-Siège a réagi avec étonnement à la critique de Buenos Aires, ne visant pas le porte-parole mais le cardinal, car il ne pouvait y avoir aucun doute sur le fait que Marcó n’avait pas agi de sa propre initiative, mais qu’il avait représenté l’opinion du cardinal Bergoglio. Le primat d’Argentine de l’époque a été prié par le Vatican soit de se distancer des déclarations de son attaché de presse, soit de se séparer de celui-ci.

Bergoglio n’a d’abord fait ni l’un ni l’autre. Il a simplement attendu que l’on s’impatiente à Rome, car les critiques du cardinal avaient été exploitées à bon escient contre Benoît XVI par les milieux politiques politiquement corrects et islamophiles.

Finalement, Bergoglio a tout de même remplacé son porte-parole, mais sans faire référence à l’irritation. Le changement a été appelé « regroupement dans le domaine de la presse » et a eu lieu dans le sillage d’un conflit politique intérieur en Argentine, de sorte qu’il a été difficile d’établir un lien avec la critique du pape.

Au Vatican, on s’en est contenté, même si l’on ne pouvait pas s’attendre à ce que Bergoglio ait changé d’avis. Au contraire, il a probablement fourni à certains milieux la preuve qu’il représentait une véritable alternative au pontificat de l’époque.

Guillermo Marcó, fidèle à l’archevêque de l’époque, a accepté en silence le rôle de bouc émissaire et a obtenu en échange de nouveaux postes de direction dans le domaine des médias ecclésiastiques et dans la pastorale universitaire argentine. Il y a soutenu avec force l’activisme interreligieux de l’archevêque de Buenos Aires de l’époque.

« Don Marcó n’a cependant pas disparu de la scène », comme l’a fait remarquer le vaticaniste Sandro Magister peu après l’élection du pape François. Son éloignement en tant que porte-parole n’a pas entamé ses liens personnels avec Bergoglio. Ainsi, le prêtre est également fidèle à l’actuel pape, auquel il rend visite de temps en temps à Santa Marta.

Moins de dix ans après que Marcó ait attiré l’attention internationale pour sa critique de Benoît XVI, le prêtre argentin s’est à nouveau retrouvé sous les feux de la rampe. En janvier 2016, il est apparu dans la première « vidéo du pape », qui a fait scandale auprès de nombreux catholiques. Dans cette vidéo consacrée au « dialogue interreligieux », l’Argentin représente le christianisme, à côté duquel le judaïsme, l’islam et le bouddhisme sont montrés comme équivalents. Le pape François s’est donc vu reprocher d’encourager le syncrétisme et le relativisme.

Dans la foulée, on s’est penché d’un peu plus près sur Marcó. Il en est ressorti une série d’idées abracadabrantes. Si l’on devait en déduire, comme en 2006, le monde des idées de François, alors « certains aspects de ce pontificat donnent l’impression que quelque chose ne va pas dans la bonne direction », écrivait alors l’historien, journaliste économique et blogueur catholique Francisco Fernandez de la Cigoña.

Plus tard, Marcó a raconté à un journal de Guayaquil en Équateur qu’il avait « déjeuné » avec le pape François.

Lors de cette dernière rencontre, le prêtre a enregistré par bribes sa longue conversation avec François et l’a publiée le 3 juillet sous forme de podcast sur Spotify. A cette occasion, Marcó déclare :

« Nous avons eu une conversation très agréable. Il [François] a pris une heure et demie de son temps. Je lui ai expliqué ce qu’était un podcast et ce que nous faisions. Et je lui ai dit que j’aimerais bien enregistrer un peu de notre conversation ».

Il ne s’agissait pas de « grandes choses » :

« J’ai préféré lui demander des choses plus personnelles. J’ai préféré lui demander ce qu’il avait dans le cœur, ce qui lui manquait, comment il priait. Les choses les plus simples de la vie … ce sont des questions que je me pose ».

A cette occasion, Marcó aurait présenté à François une entreprise argentine très active dans la fabrication de glaces. Cette entreprise a ensuite reçu une lettre de François, dont elle fait depuis lors la publicité comme s’il s’agissait d’un label de qualité. Voici la lettre papale :

Vatican, 25 juin 2022

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Chers frères !

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Ces derniers jours, j’ai pu m’informer sur le projet que vous menez en ouvrant des Heladerías Lucciano’s [glaciers de Lucciano] dans différentes parties du monde. Je vous félicite pour les efforts que vous faites et je vous remercie pour la gentillesse avec laquelle vous m’avez envoyé les glaces que vous avez fabriquées et qui ont été partagées avec tous les employés de Santa Marta lors du déjeuner dominical. Nous avons tous beaucoup apprécié, merci beaucoup !

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J’ai dit un jour que l’entrepreneuriat est une vocation noble qui peut contribuer à améliorer le monde par un travail digne. Je vous encourage à persévérer malgré les difficultés si fréquentes dans l’économie actuelle et à vous concentrer avant tout sur le bien commun.

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Je vous assure de mes prières et vous accorde ma bénédiction, ainsi qu’à vos familles et à tous ceux qui travaillent dans les Heladerías Lucciano.

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Je vous demande de prier pour moi. Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge veille sur vous.

Avec mes salutations fraternelles,

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Francisco

De nombreux médias ont rapporté la lettre du pape à la famille Otero. Le journal argentin El Cronista l’a fait en détail le samedi 9 juillet – dans la rubrique économique. Le titre était : « Cette entreprise a reçu la bénédiction du pape ».

Les Heladerías Lucciano’s de la société Fami, fondée en 2011, comptent plus de 60 boutiques de glaces dans le monde, dont une à Rome, près de la célèbre fontaine de Trevi. Récemment, de nouveaux magasins ont été ouverts à Montevideo, en Floride et dans le New Jersey.

Le monde connaît désormais le « glacier du pape ». Une référence non négligeable pendant les étés romains.

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