Et ce sont ceux qui éliront le Chef d’une institution bimillénaire aussi prestigieuse que l’Eglise, en plus d’être le Vicaire du Christ. Le blogueur argentin « The Wanderer » dresse un tableau plutôt sombre, plongeant dans l’histoire récente pour une comparaison peu flatteuse avec le passé (mais j’ajoute: si l’on croit, on a confiance que le Seigneur sait ce qu’il fait).

Un Sacré Collège dévalorisé

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11 juillet 2022

L’une des conséquences les plus graves du pontificat du pape François sera un Sacré Collège de Cardinaux, modelé à son image et à sa ressemblance, qui peut se résumer en un seul mot : médiocrité. Il a fait avec lui ce qu’il a fait avec les épiscopats argentin et italien : le coloniser avec des personnages obscurs et louches, mal formés et dégageant « une odeur de brebis ». La circonstance aggravante dans le cas du Sacré Collège est que c’est de là que sortira le futur pontife romain. Au-delà des sympathies théologiques et du degré de foi catholique que peut avoir le futur pape, ce qui est en jeu, c’est la capacité de gouvernance d’une institution bimillénaire et planétaire comme l’Église catholique.

Tout au long de son histoire, l’Église a connu des papes médiocres et incapables, mais ils ont toujours eu le bon sens et l’humilité de s’entourer de collaborateurs compétents. De même, il y a eu des cardinaux de toutes les couleurs et de tous les vices, mais le gouvernement et les décisions étaient entre les mains de ceux qui, au-delà de l’intensité de leur foi, étaient compétents. Ce n’est pas le cas ces derniers temps. Louis Bouyer commente dans ses mémoires que si le KGB avait voulu miner l’Église de l’intérieur, il n’aurait guère trouvé de meilleur moyen que de nommer le cardinal Giuseppe Pizzardo au poste de préfet de la Congrégation pour les séminaires. Que dirait le remarquable théologien français s’il voyait la situation actuelle, où le niveau de dégradation est si effroyable !

Si nous regardons l’histoire récente, nous pouvons voir le processus de décadence. Pie IX a commencé comme un jeune cancre sans but précis dans la vie, jusqu’à ce qu’un oncle monseigneur dans la Curie romaine le mette sur la voie d’une carrière ecclésiastique – on n’a jamais trouvé de meilleur terme – et il est rapidement devenu un évêque libéral et un sympathisant de Garibaldi, pour finalement devenir un pape ultramontain [ndt: càd qui soutient la position traditionnelle de l’Église italienne (pouvoir absolu du pape), par opposition à gallican]. Les pontificats suivants ont vu se succéder de brillants cardinaux secrétaires d’État. Il ne s’agit pas ici d’aimer plus ou moins leurs idées ; ce que je veux souligner, c’est la capacité à gouverner et à gérer une institution comme l’Église. Le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, accusé d’être franc-maçon quinze ans après sa mort et sans preuve certaine, fut un ministre très compétent de Léon XIII, à une époque où l’Église risquait de s’effondrer en même temps que les États pontificaux. Saint Pie X, qui n’était pas un intellectuel, mais plutôt un homme rustique sans contact avec le monde, a eu l’intuition de choisir comme secrétaire d’État le brillant Raphaël Merry del Val, un jeune évêque de moins de quarante ans, et à eux deux, ils ont su traverser avec succès la crise du modernisme. Benoît XV était, à mon avis, un homme plutôt médiocre et c’est pourquoi il a été élu pape, comme moyen terme entre Scylla – l’ultramontain Merry del Val – et Charybde – le moderniste Pietro Maffi, archevêque de Pise. Cependant, formé à l’école de Rampolla, le nouveau pape a bénéficié des services du cardinal Pietro Gasparri, qui a dirigé l’Église pendant ce pontificat et aussi pendant une bonne partie de celui de Pie XI : non seulement il a pu jouer un rôle plus qu’acceptable pendant la Première Guerre mondiale, mais il a également réussi à signer les pactes du Latran.

J’insiste sur le fait que nous pouvons avoir des avis partagés sur certaines des personnalités mentionnées ci-dessus ; cependant, je pense que nous serons tous d’accord pour dire qu’il s’agissait de personnalités supérieures, capables de porter avec compétence le gouvernement de l’Église sur leurs épaules. Ces dernières années, nous avons dû nous contenter de personnes irresponsables comme Bertone ou de nullités comme Parolin.

Le pape François éloigne les personnes compétentes ; il les repousse et les relègue dans un coin. Si nous nous concentrons sur l’un des changements les plus brillants qu’il a promis d’apporter dans son administration – l’assainissement des finances du Vatican – nous constatons qu’il a systématiquement expulsé tous ceux qui avaient la capacité et la force de mettre de l’ordre dans les finances du Vatican, comme le cardinal George Pell ou le père Ángel Vallejo Balda. Aucun d’entre eux n’a accepté les opacités que les plus hautes sphères, y compris le pontife romain lui-même, exigeaient d’eux. Ils ont été expulsés de Rome, et dans les deux cas d’une manière cruelle et sans pitié. Ils ont fait l’expérience de la miséricorde pontificale de très près.

Bergoglio préfère plutôt s’entourer de médiocres qu’il peut facilement manipuler parce qu’ils savent qu’ils lui doivent tout, et créent ainsi des liens de fidélité difficiles à rompre. Victor « Tucho » Fernandez, une nullité solennelle qui a été élevée au rang de recteur de l’Université catholique pontificale d’Argentine, d’archevêque de La Plata et de rédacteur d’encycliques papales. Ou encore, des personnages faciles à faire chanter, comme dans le cas de l’incompétent Edgar Peña Parra, substitut du secrétaire d’État, dont le passé obscène le hante depuis ses années de séminaire.

On peut se demander pourquoi il a choisi comme proches collaborateurs Mgr Gustavo Zanchetta, Mgr Giovanni Ricca ou le P. Fabian Pedacchio: en raison de leur compétence dans leur fonction ou de leur sagesse en tant que conseillers? ou plutôt en raison de la collection de cadavres qu’ils conservent dans leurs armoires?

Il est vrai que tôt ou tard, cette situation passera car le pape mourra. Mais qu’est-ce qui nous attend ? Peut-on imaginer ce que serait un pontificat sous la direction de Luis Tagle, le gentil Philippin, ou sous celle de l’obscur Oscar Cantoni, néo-cardinal de Côme ?

Le Sacré Collège est aussi dévalué que le peso argentin. Dans ce dernier cas, on le résoudra en recourant aux recettes douloureuses déjà connues ; dans l’autre, je ne sais pas comment l’Esprit Saint parviendra à y mettre bon ordre.

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