Dans son billet hebdomadaire sur « Monday Vatican » Andrea Gagliarducci ne parle évidemment pas de simulacre de démocratie ou de fausse synodalité, mais un non-initié ou un observateur extérieur (doté d’esprit critique, voire de mauvais esprit) pourrait aller jusqu’à monocratie – ou plus…. C’est en tout cas ce qui émerge des projets pour un Consistoire hyper-verrouillé qui va s’ouvrir à Rome à la fin de ce mois. En tout cas, un test de pré-conclave.

La décision de concevoir le travail au Vatican non pas comme un haut service mais comme une mission temporaire a deux conséquences. La première est que de plus en plus de personnes sont renvoyées dans leur diocèse à la fin de leur mandat, qui peut durer jusqu’à dix ans. La seconde est que personne ne voudra travailler au Vatican, sachant qu’il peut être soudainement licencié ou que, de toute façon, le travail à la Curie n’est que temporaire, sans possibilité d’avoir un effet durable. Pas un service, mais une servitude temporaire.

Pape François, le Consistoire comme test pour le Conclave ?

Andrea Gagliarducci
www.mondayvatican.com/vatican/pope-francis-the-consistory-as-a-test-for-the-conclave

Pour autant que nous le sachions, il n’y aura pas de discours, d’interventions prévues ou de rapports lors du Consistoire extraordinaire que le pape François a convoqué pour les 29 et 30 août. À la place, il y aura un rapport de Mgr Marco Mellino, secrétaire du Conseil des cardinaux, déjà présenté. C’est le texte basé sur une conférence à l’Université pontificale du Latran, et surtout, c’est le texte basé sur le rapport critiqué de Mellino lors de la dernière réunion interdicastérielle.

Ce rapport porte sur la réforme de la Curie et sur la manière dont elle doit évoluer. Après cela, les cardinaux devraient s’organiser en groupes linguistiques, comme au Synode, discuter entre eux, et ensuite tout laisser au compte-rendu des rapporteurs, qui tireront les conclusions.

Nous ne savons pas encore si le pape François introduira d’autres réformes pendant le Consistoire. Cependant, il pourrait y avoir une modification des normes pour le Siège vacant, nécessaire parce que Praedicate Evangelium, la Constitution Apostolique qui régit la nouvelle Curie, a annulé certains offices fondamentaux du Siège vacant, comme la Caméra Apostolique.

Mais on parle aussi de réformer les règles du Conclave lui-même, en particulier des congrégations générales ou des réunions pré-conclaves. Et parmi les hypothèses, il se dit que le Pape veut développer un débat synodal, organisant ainsi les cardinaux électeurs en groupes linguistiques et laissant tout entre les mains des rapporteurs. Il s’agirait d’une réforme très importante des congrégations générales, qui perdraient ainsi les caractéristiques qu’elles avaient jusqu’à présent.

Si d’autres réformes du Pape ne sont que le résultat de spéculations, on peut tout de même penser que le Consistoire peut être un test pré-Conclave pour le Pape. Le pape François n’a pas convoqué de Consistoire pour permettre aux cardinaux d’engager des discussions depuis 2015.

En 2015, il était question de réforme de la Curie, et il y avait des discussions ouvertes et des conférences. Aujourd’hui, rien de tout cela ne semble attendu. Si d’un côté les groupes linguistiques semblent permettre une grande liberté de parole, les rapporteurs des groupes résumeront ensuite les conclusions en choisissant sélectivement ce qu’ils veulent de la discussion, dirigeant de fait le débat.

En outre, il n’y a pas de discussion parce que la réforme de la Curie est déjà faite, et les cardinaux sont appelés à en prendre acte et à recevoir les directives pour appliquer la réforme, tant au Vatican que dans les Curies épiscopales du monde entier.

En bref, le Pape François ne veut pas prendre de risques, et procède à la réforme sans ouvrir de débat interne. Lorsqu’un débat existe, il n’est finalement pas pris en compte ou est marginalisé.

Il est probable que le Pape a, avant tout, peur de devoir faire face à des campagnes de presse, ou à des déclarations spontanées des cardinaux, qui s’opposent ou remettent en question ses réformes. Le Pape a probablement vu une possibilité que la résistance s’organise pour s’opposer à son plan de réforme. D’où le secret, les mouvements soudains, les révocations rapides et même le sentiment que la Curie est un lieu de travail temporaire et non un lieu de service.

Le pape François estime qu’aucun centre de pouvoir du Vatican ne doit être entretenu ou structuré.

Cependant, il s’agit d’une approche contre-productive. En ne voulant pas d’autres centres de pouvoir, le pape François légitime un seul centre de pouvoir : celui des personnes qui l’entourent ou qu’il appelle autour de lui. Et il utilise ce cercle de pouvoir sans trop lui faire confiance car les décisions sont et restent du ressort du Pape.

Ce n’est pas tout. En ne voulant pas de centres de pouvoir, le Pape ne permet à personne de travailler car tout le monde ignore ce que le Pape veut, et aucune tâche n’est bien définie.

Dans cette fragmentation, le Pape François peut véritablement régner. La décision de concevoir le travail au Vatican non pas comme un haut service mais comme une mission temporaire a deux conséquences. La première est que de plus en plus de personnes sont renvoyées dans leur diocèse à la fin de leur mandat, qui peut durer jusqu’à dix ans. La seconde est que personne ne voudra travailler au Vatican, sachant qu’il peut être soudainement licencié ou que, de toute façon, le travail à la Curie n’est que temporaire, sans possibilité d’avoir un effet durable. Pas un service, mais une servitude temporaire.

Ce sont des questions qui auraient probablement été mises sur la table, et elles le seront s’il y a un débat franc au Consistoire. Mais, même dans ce cas, le fait que certaines personnes puissent s’exprimer et dire ce qu’elles pensent permettra au Pape seul de distinguer entre amis et ennemis, entre ceux qui soutiennent ses réformes et ceux qui les critiquent.

Ce sont toutes ces situations qui font du prochain Consistoire un laboratoire d’expérimentation important pour le Conclave. Au-delà des possibles réformes du Pape, dans ce Consistoire nous verrons à quel point la parrhesia, c’est-à-dire la franchise, sera possible et à quel point le Pape voudra diriger le débat et choisir personnellement les rapporteurs des discussions.

Si tout cela est appliqué au siège vacant, il ne serait même pas étonnant que le pape introduise la figure du coadjuteur du pape, c’est-à-dire un cardinal élu pape qui n’entre en fonction que lorsque l’autre meurt.

Fantasy Church? [/Eglise-fiction] Possible et vraisemblable. La vérité est que tout le monde essaie de décrypter les manœuvres du pape François, et ce n’est pas facile. Et, dans ce climat d’incertitude, les hypothèses les plus imaginatives se nourrissent. Peut-être qu’il ne se passera rien, que tout restera comme avant, et que le Pape n’aura fait que des provocations sans entrer dans le fond. Tout reste à voir.

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