Voici un article exceptionnel, à lire absolument (je pèse mes mots) publié sur le blog hispanophone « The Wanderer » et qui « tente » – c’est la modestie de l’auteur qui utilise ce verbe – de répondre à la question que tout catholique qui suit l’évolution de ce pontificat, y compris parmi ceux qui prétendent s’en satisfaire, s’est forcément posé au moins une fois depuis le 13 mars 2013: qu’est-ce que le Seigneur a voulu nous dire en permettant l’élection du cardinal Bergoglio au Siège de Pierre? Il offre ainsi une lecture « providentielle et eschatologique » de cet évènement majeur, qui entre forcément, pour le regard de la foi, dans ce plan de Dieu qui, à vue humaine, nous échappe, mais qui ne peut pas être dû au hasard. Parallèlement, il me semble qu’il exonère Benoît XVI de l’accusation récurrente qui lui est faite d’avoir ”commis une faute par sa démission ”.

Il y a une question que l’on néglige trop: la papauté de François comme message de Dieu à son Église. En clair, que tente de nous dire la Providence en permettant à un personnage comme Bergoglio de prendre la barre de la barque, et qu’est-ce que cela nous enseigne pour l’avenir ?

Qui l’eût cru, Bergoglio, providentiel et eschastologique, don et professeur de l’Église, même si c’est de ce qu’il ne faut pas être et de ce qu’il ne faut pas faire…… Tirons donc la leçon.

François eschatologique. 

Providence et apocalypse du pontificat de Bergoglio

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14 septembre 2022

Si vous n’aviez pas commis de grands péchés, Dieu ne vous aurait pas envoyé une punition comme moi.

Gengis Khan

Il faisait déjà nuit noire et une foule déchaînée tourbillonnait dans tous les coins de la place. Une marée de milliers de personnes chantaient des chants et agitaient des drapeaux de toutes les nations de la Terre en grandes vagues quand soudain les cloches se mirent à sonner, les grands rideaux rouges furent tirés et un personnage vêtu de blanc apparut dans la loge principale, ressemblant plus à l’automate d’un coucou qu’à une personne réelle. Ce jour était le 13 de ce mois martial de 2013, quand le pape François s’est présenté au monde. Avec ces cloches, l’heure avait sonné et une nouvelle ère commençait. Après cette papauté, les choses ne pouvaient plus être les mêmes, le kairos avait changé l’histoire de l’Église…..

On a beaucoup parlé de ce pape. Son parcours, ses propos et ses attitudes ont été passés en revue. Des monographies, des études et des biographies lui ont été consacrées. Beaucoup plus qu’à ses prédécesseurs, pour tenter de le comprendre, peut-être inconsciemment car on soupçonne que Jorge Mario est le condensé de l’Église contemporaine, l’Église post-conciliaire à l’état pur, son miroir et son image. Cependant, malgré l’énorme valeur de toutes ces analyses, extrêmement utiles pour l’avenir, il y a une question que l’on néglige trop : la papauté de François comme message de Dieu à son Église. En clair, que tente de nous dire la Providence en permettant à un personnage comme Bergoglio de prendre la barre de la barque, et qu’est-ce que cela nous enseigne pour l’avenir ?

La Providence et le pape François

Vous savez que le devoir du conclave était de donner un évêque à Rome. Il semble que mes frères cardinaux soient partis à sa recherche presque à la fin du monde ?

François

Comme un de ses prédécesseurs d’il y a deux mille ans : « il n’a pas dit cela de lui-même, mais étant Grand Prêtre cette année-là, il a prophétisé… » (Jn. 11, 51).

François nous révèle involontairement la pourriture actuelle, nous montre dans toute sa splendeur ses racines et nous fait entrevoir la fin du monde comme il l’a lui-même dit, rien de moins, dans sa première adresse au monde en tant que pontife. Nous devons donc rechercher ce qui nous est révélé dans ces événements :

« L’histoire des habitants de la terre n’est rien d’autre que la répercussion et la traduction d’une histoire transcendante et surnaturelle (…) Si vous ne vous décidez pas à considérer l’histoire comme une révélation, vous ne parviendrez jamais à découvrir le vrai chemin et le vrai destin du genre humain. (…) Que ce qui a été affirmé devienne une vérité sacrée à travers votre travail : que l’histoire est une image anticipée du jugement universel ».

*

Giovanni Papini, Lettres aux hommes du pape Célestin VI (1948)

Ce que cet article tente humblement de faire, c’est de démêler un peu le pontificat actuel au point de vue providentiel et le lecteur pourra juger s’il y a réussi.

Bien que l’Écriture nous mette en garde : « Comme les cieux sont plus élevés que la terre, mes voies sont plus élevées que vos voies, et mes pensées plus élevées que vos pensées » (Is. LV, 9), nous pouvons néanmoins entrevoir quelque chose des plans de Dieu, car l’histoire est le dialogue entre le Très-Haut et l’humanité, que le Seigneur conduit savamment vers la vérité jusqu’à ce qu’il prononce son dernier mot. Nous devons donc nous interroger sur le telos, sur la fin de Dieu, c’est-à-dire sur ce que le Seigneur veut nous communiquer en permettant à un pape de la stature de Bergoglio d’accéder au siège pétrinien. Y a-t-il quelque chose de plus qu’une simple punition pour les grands péchés de la hiérarchie et du peuple, selon l’adage « Dans son péché, il porte sa pénitence » comme le dit Gengis Khan ? Est-il possible de penser à François comme à un geste de miséricorde divine, une opportunité et un signal d’alarme pour changer le cours d’un navire qui se dirige droit vers les falaises ?

Nous le pensons. Jorge Mario a mis en lumière toute la misère séculaire qui était cachée sous le tapis, avant et après le Concile, et qui, contrairement à ce qui a été dit et pensé, a beaucoup plus de continuité que de rupture dans le pire. Par la bonté divine, François est à la fois l’aboutissement et le point culminant tant de Vatican II que d’une spiritualité dégénérée et de la conception étatiste, Deus in terra, du pontificat, macéré depuis des siècles. Nous parlons de bonté parce que la mesquinerie et la petitesse du personnage non seulement le rendent plus clair mais aussi désamorcent le danger du pouvoir actuel passant dans d’autres mains, plus intelligentes et plus mauvaises. (…)

En premier lieu, François est l’effondrement des idoles de la papolâtrie. Il était possible de maintenir l’illusion que les papes étaient saints et parfaits à cause des charismes personnels de tous les papes précédents ou à cause de la dissimulation du cérémonial, jusqu’à ce que l’on tombe dans le danger réel que le pape soit suivi plus que le Christ et que le pontife soit conçu comme une hypostase de Dieu alors que le Christ ne garantissait que son infaillibilité ex cathedra. Avec ce pape, c’est impossible. Humain, très humain, Bergoglio n’admet ni l’apothéose ni les divinisations délirantes qui lui conviendraient comme de mettre un nain de jardin dans une niche de Saint-Pierre. Adieu la papolâtrie, à moins d’être luthérien et de croire non pas contre toute espérance mais contre toute raison et toute vérité ?

En second lieu, François est la destruction du magistère, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non. On peut citer l’ouvrage de Joseph De Maistre « Du Pape » ou toute la cour des théologiens romains, ou faire la distinction entre magistère éloigné et magistère proche, le fameux Magisterium authenticum d’ « Amoris Latetitia » est le coup fatal, la réfutation finale par l’absurde de tout le magistère qui date du XVIe siècle. L’Église ne peut qu’enseigner la foi que le Christ a transmise aux apôtres et non pas tirer du magistère des lapins doctrinaux de toutes les couleurs, un copié-collé de la plénipotence des parlements et des États modernes.

En troisième lieu, François est une démonstration du cancer de la conception de l’Eglise comme un Etat, à l’image et à la ressemblance de l’Etat moderne, avec des racines sécularistes, gnostiques et totalitaires évidentes. En effet, ceux qui aujourd’hui vocifèrent contre le « gallicanisme traditionaliste » (sic) et prétendent défendre l’ultramontanisme tombent dans des contradictions continuelles plus flagrantes que les modernistes eux-mêmes. Ils affirment que le Pape a une plenitudo potestatis presque divine, mais que d’autre part il est limité par les Saintes Écritures et la Tradition, et que celles-ci sont définies (magistère proche versus magistère éloigné) par le Pape lui-même dans une conception subjective de celles-ci. Quelle est alors la limitation qui dépend de celui qui doit limiter ?
(…)

Le problème reste donc entier : que faire du pontificat de François ? Soit on nie qu’il est Pape pour maintenir la fiction des pontifes divins du 19ème siècle, soit on tombe dans le pur relativisme pour sauver le pontife actuel, soit on revient à une conception ecclésiastique, humaine et traditionnelle de l’Eglise, comme Benoît XVI a discrètement tenté de le faire pour sauver les deux fausses positions. Soit l’hydrocéphalie, qui fait ressembler l’Église à une marionnette à grosse tête dans une foire, sera guérie, soit [la tête] tombera soudainement par terre car elle ne pourra plus supporter son poids.

Ici la providence a montré le passé qu’elle veut détruire mais dans ce pape se trouve l’aspect de ce qu’elle veut montrer de l’avenir qui viendra quand Dieu et l’humanité le voudront.

François et l’Apocalypse

L’avenir nous est inconnu, mais nous savons qu’il sera un récapitulatif aiguisé de l’ensemble de l’histoire de l’humanité. Pour en connaître les caractéristiques, nous disposons des Saintes Écritures et de l’Histoire vue spirituellement. C’est ainsi que nous devons voir le pontificat de Jorge Mario. Nous ne croyons pas qu’il soit le Faux Prophète, il n’est pas à la hauteur d’un être aussi arrogant que le Malin, mais il est vrai que ceux qui le pensent ne se trompent pas beaucoup dans leur impression : il y a dans ce pontificat des traits qui seront pleinement vécus dans l’Église des derniers jours. En d’autres termes, il s’agit d’un avant-goût de l’avenir, c’est pourquoi nous pouvons parler d’un François eschatologique, qu’on a été cherché à la fin du monde.

En plus de ce que nous avons déjà dit dans la partie relative à la providence, nous avons d’autres aperçus de ce qui est à venir :

  • La tentative de suppression du rite perpétuel se traduit par l’interdiction d’un rite légitime pour des raisons apparemment louables telles que « l’unité ». A l’avenir, la consécration pourrait être interdite pour des raisons tout aussi nobles telles que la fraternité et autres.
  • La torture de la perplexité de la conscience en obligeant l’obéissance religieuse à des ordres que l’on sait contraires à la foi, aux commandements ou à la simple justice.
  • La soumission de l’église officielle et sa prétention à devenir l’aumônerie du monde ou le bureau des affaires religieuses de l’ONU, édulcorant le message du Christ et soutenant le syncrétisme.
  • La persécution de bons chrétiens et de groupes légitimes au nom de Dieu et de l’Église. Un exemple parfait de pharisaïsme, dans ce cas progressiste, le frère jumeau du conservatisme.

Tous ces traits se retrouveront à un degré absolu dans les jours derniers de l’Antéchrist et du Faux Prophète. Comme Néron, Dioclétien, Frédéric II, Henri VII, Lénine, Staline, etc. sont des précurseurs dans la branche politique ; Marcion, Arius, Nestorius, Huss, Luther, Calvin, etc. le sont dans la branche hérétique ; François est la branche pharisienne, bien plus nombreuse et mortelle bien que revêtue d’habits et de parures modernes.

Conclusion : les deux François

La tâche la plus urgente est de ramener la papauté et la hiérarchie aux limites et aux fonctions établies par le Christ lui-même. François est un avertissement et une opportunité pour l’Église, si elle sait écouter Dieu à travers l’histoire ; pour revenir à son vrai sens et à sa mission sans adhérences étrangères et nuisibles. Après ce François, la tâche de l’autre François, le François d’Assise, doit commencer : reconstruire l’Église à partir de la voix de Jésus-Christ et non du Monde, avec l’exemple des Pères et des Saints, véritables maîtres de la Foi. Préparons-nous à cela car toutes les forces de l’âme et toutes les vertus devront être utilisées avec l’héritage du passé et l’espoir du ciel.

En définitive, François fait partie de l’histoire du salut et peut être un instrument de la providence pour l’Église si le message du Sauveur est entendu. S’il a utilisé un âne, celui de Balaam, comment ne pourrait-il pas utiliser le pontificat de François ? Qui l’eût cru, Bergoglio, providentiel et eschastologique, don et professeur de l’Église, même si c’est de ce qu’il ne faut pas être et de ce qu’il ne faut pas faire…… Tirons donc la leçon.

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