Il Sismografo (article signé de « la rédaction ») reproduit le passage du livre de Georg Gänswein, dans lequel le secrétaire de Benoît XVI raconte l’incroyable et significative anecdote. Mais ce n’est pas le seul « sujet qui fâche » abordé ici.
Malgré les paroles courtoises de Benoît XVI envers son successeur à lea fin de son livre posthume « Che cos’è il Cristianesimo » (réponse en miroir aux amabilités de François), on peut percevoir un véritable agacement (au minimum!) Bref, pour reprendre le blog Specola:

Pendant des années, ils ont voulu nous faire croire que le pape François avait consulté le « grand-père sage », une définition que n’appréciait pas du tout Benoît. Les mots mis par écrit par Benoît XVI lui-même démantèlent définitivement ce château de mensonges construit au cours des dix dernières années et nous livrent une bien triste vérité.

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https://infovaticana.com/blogs/specola/la-guerra-de-los-libros-el-papa-francisco-continua-a-benedicto-xvi-la-buena-memoria-de-muller-la-gasolina-del-vaticano-la-iglesia-necesitada/

En juillet 2021, Joseph Ratzinger, en feuilletant L’Osservatore Romano, découvre que le pape François a publié le Motu proprio « Traditionis custodes » sur l’usage de la liturgie romaine avant la réforme de 1970.

ilsismografo.blogspot.com/2023/01/vaticano-nel-luglio-2021-joseph

Voici ce que raconte Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale, et pendant de nombreuses années secrétaire personnel du pape émérite Benoît XVI, dans son livre (écrit avec Saverio Gaeta) intitulé « Nient’altro che la verità », au paragraphe « La pacification interrompue » :

« Le 16 juillet 2021, Benoît XVI découvre, en feuilletant « L’Osservatore Romano » de l’après-midi, que le pape François a publié le motu proprio Traditionis custodes sur l’usage de la liturgie romaine avant la réforme de 1970. La thématique était identique à celle du motu proprio Summorum Pontificum, qu’il avait promulgué le 7 juillet 2007, et le mode de communication était également le même, par le biais d’une lettre illustrant le contenu du nouveau texte. Le pape émérite a donc lu attentivement le document, afin de comprendre sa motivation et les détails des changements.


Lorsque je lui ai demandé son avis, il a répété que le Pontife régnant est responsable des décisions de ce type et doit agir en fonction de ce qu’il considère comme le bien de l’Église. Mais, à titre personnel, il y voyait un changement de cap définitif et le considérait comme une erreur, car il mettait en péril la tentative de pacification qui avait été faite quatorze ans auparavant. Benoît XVI a notamment estimé qu’il était erroné d’interdire la célébration de la messe dans l’ancien rite dans les églises paroissiales, car il est toujours dangereux de mettre un groupe de fidèles dans un coin, afin qu’ils se sentent persécutés et qu’ils aient le sentiment de devoir sauvegarder leur identité à tout prix face à l’ « ennemi ».

Quelques mois plus tard, en lisant ce que le pape François avait dit le 12 septembre 2021 lors d’une conversation avec des jésuites slovaques à Bratislava [ndt: dossier ici: https://www.benoit-et-moi.fr/2020/tag/aux-jesuites-slovaques/], le pape émérite a froncé les sourcils devant une de ses déclarations:

Maintenant, j’espère qu’avec la décision de mettre fin à l’automatisme de l’ancien rite, nous pourrons revenir aux véritables intentions de Benoît XVI et de Jean-Paul II. Ma décision est le résultat d’une consultation de tous les évêques du monde faite l’année derniè.


Et encore moins appréciée, l’anecdote racontée immédiatement après par le Pontife :

Un cardinal m’a raconté que deux prêtres nouvellement ordonnés sont venus le voir en lui demandant d’étudier le latin pour bien célébrer. Ce dernier, qui a le sens de l’humour, a répondu : « Mais il y a tellement d’Hispaniques dans le diocèse ! Étudier l’espagnol pour pouvoir prêcher. Ensuite, lorsque vous aurez étudié l’espagnol, revenez me voir et je vous dirai combien de Vietnamiens il y a dans le diocèse, et je vous demanderai d’étudier le vietnamien. Ensuite, quand vous aurez appris le vietnamien, je vous donnerai la permission d’étudier le latin aussi Ainsi, il les a fait « atterrir » et les a ramenés sur terre.

En tant que spécialiste de Vatican II, Benoît XVI se souvenait bien de la manière dont le Concile avait insisté pour que

« l’usage de la langue latine, sauf droits particuliers, soit conservé dans les rites latins » (Sacrosanctum Concilium §36) et pour que tous les séminaristes acquièrent « cette connaissance de la langue latine qui est nécessaire pour comprendre et utiliser les sources de tant de sciences et les documents de l’Église » (Optatam totius 13).

Ce n’est pas pour rien, notait-il dans le motu proprio Latina lingua, que « dans cette langue sont écrits, dans leur forme typique, précisément pour souligner le caractère universel de l’Église, les livres liturgiques du rite romain, les documents les plus importants du magistère pontifical et les actes officiels les plus solennels des Pontifes romains ».

Comme le montrent ses écrits, en particulier La fête de la foi (1984) et Introduction à l’esprit de la liturgie (2000), le théologien Ratzinger était initialement favorable à la réforme liturgique : ce thème a toujours été parmi ses favoris, car il le considérait comme fondamental pour la foi catholique, et ce n’est pas par hasard qu’il a voulu que la première publication de ses Opera Omnia soit celle consacrée à la liturgie, même si dans le plan il s’agissait du onzième volume. Cependant, en voyant les développements ultérieurs de cette réforme, il s’est rendu compte des différences entre ce que Vatican II voulait et ce qui a été fait par la Commission pour la réalisation de Sacrosanctum Concilium, la liturgie devenant un champ de bataille pour des camps opposés, faisant notamment de la célébration en latin le rempart à défendre ou le bastion à abattre.

Benoît XVI s’est particulièrement attaché à ce que la liturgie soit célébrée dans sa beauté, car elle est la célébration de la présence et de l’œuvre du Dieu vivant, considérant l’Eucharistie comme le geste d’adoration le plus fondamental et le plus grand de l’Église. À ses yeux, toute réforme de l’Église doit découler de la liturgie, car elle seule peut incarner un renouveau de la foi qui part du centre. Et en tant que théologien, il a déclaré :

De même que j’en suis venu à comprendre le Nouveau Testament comme l’âme de la théologie, de même j’en suis venu à comprendre la liturgie comme sa raison de vivre, sans laquelle elle se fane

Se fondant sur cette prise de conscience, avec Summorum Pontificum, il a voulu faciliter la célébration de l’ancien rite par un prêtre, en supprimant la nécessité de se référer à l’évêque diocésain et en accordant la compétence à la Commission « Ecclesia Dei ». Il restait cependant clair pour lui qu’il y avait un rite unique, bien qu’avec la coexistence de l’ordinaire et de l’extraordinaire. Sa seule motivation était le désir de réparer la grande blessure qui s’était progressivement créée, volontairement ou involontairement.

Il ne s’agissait pas d’une opération menée clandestinement, comme certains, de mauvaise foi, l’ont prétendu. C’est en fait la Congrégation pour la Doctrine de la Foi qui s’est occupée du texte du motu proprio, avec la participation des membres de la feria quarta et de la plénière. Benoît XVI a constamment suivi l’évolution du texte grâce aux mises à jour que le cardinal préfet Levada lui a fournies lors des audiences di tabella et, après la publication, il a régulièrement demandé aux évêques, lors des visites ad limina, comment l’application de cette législation progressait dans leurs diocèses, obtenant toujours un sentiment positif.

C’est pourquoi il a semblé incongru au pape Ratzinger de se référer à ses « véritables intentions », puisque, comme nous le lisons dans Lumière du monde, il avait voulu « rendre la forme ancienne plus facilement accessible surtout pour préserver le lien profond et ininterrompu qui existe dans l’histoire de l’Église ». Nous ne pouvons pas dire : tout était faux avant, tout est juste maintenant. Dans une communauté, dans laquelle la prière et l’Eucharistie sont les choses les plus importantes, ce qui était considéré comme la chose la plus sacrée ne peut pas être considéré comme entièrement mauvais. Il s’agissait de la réconciliation avec son passé, de la continuité interne de la foi et de la prière dans l’Église ».

Benoît XVI n’a pas non plus compris pourquoi les résultats de la consultation des évêques par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui auraient permis une compréhension plus précise de tous les aspects de la décision du pape François, n’ont pas été divulgués. Tout aussi surprenant, pour tout le travail d’analyse et d’approfondissement effectué précédemment, a été le transfert et la division des compétences sur la question, de la Doctrine de la Foi au Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements et à celui pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique ».


(Page 288 – 291 – Nient’altro che la verità)

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