Je n’en aurais pas parlé (le prurit médiatique du Pape m’indiffère) s’il n’était pas question de la relation avec Benoît XVI. Il a choisi pour se « justifier » Nicole Winfield, la vaticaniste d’Associated press, une agence peu suspecte de sympathies pour le monde traditionaliste et pour l’Eglise en général – ce qui est déjà tout un programme. Non sans quelques petits aménagements avec la vérité (enfin, il me semble…). Et si la journaliste évoque dans son article les questions qui fâchent (notamment sur la relation avec Benoît XVI), elle ne précise pas les réponses du Pape. S’agit-il de censure papale, ou d’auto-censure?


[mes commentaires en gras…]

Le pape François affirme qu’il n’a même pas envisagé de publier des normes pour réglementer les futures démissions papales et qu’il a l’intention de continuer aussi longtemps que possible en tant qu’évêque de Rome, malgré une vague d’attaques de la part de certains cardinaux et évêques de haut rang.

Nicole Winfield
AP

Dans sa première interview depuis le décès, le 31 décembre, du pape retraité Benoît XVI, François a abordé sa santé, ses détracteurs et la prochaine phase de son pontificat, qui marquera son 10e anniversaire en mars sans l’ombre de Benoît XVI en arrière-plan.

« Je suis en bonne santé. Pour mon âge, je suis normal », a affirmé mardi le souverain pontife de 86 ans, tout en révélant que la diverticulose, c’est-à-dire les renflements de sa paroi intestinale, était « revenue ». En 2021, François s’est fait retirer 33 centimètres de son gros intestin en raison d’une inflammation qui, selon le Vatican, a provoqué un rétrécissement de son côlon.

Il a ajouté qu’une légère fracture osseuse au genou suite à une chute avait guéri sans chirurgie après une thérapie au laser et magnétique.

« Je pourrais mourir demain, mais tout est sous contrôle. Je suis en bonne santé », a-t-il dit à l’Associated Press avec son sens de l’humour typique.

Les spéculations sur la santé de François et l’avenir de son pontificat n’ont fait qu’augmenter après la mort de Benoît XVI, dont la démission en 2013 a marqué un tournant pour l’Église catholique, étant le premier pontife en six siècles à prendre sa retraite.

Certains commentateurs pensent que François pourrait être plus libre de manœuvrer maintenant que Benoît XVI, qui a vécu sa retraite de 10 ans au Vatican, est parti. D’autres suggèrent que la paix ecclésiale qui régnait jusqu’alors est terminée et que François est désormais plus exposé aux critiques, privé de l’influence modératrice que jouait Benoît XVI pour tenir à distance la frange conservatrice de l’Église catholique.

François a reconnu que les couteaux étaient sortis, mais il semblait presque optimiste à ce sujet.

« Je ne ferais pas le lien avec Benoît XVI, mais avec l’usure d’un gouvernement de dix ans », a-t-il dit à propos de son pontificat.

Au début, son élection a été accueillie avec un sentiment de « surprise » autour d’un pape sud-américain, puis est venu le malaise « quand ils ont commencé à voir mes défauts et ne les ont pas aimés », a-t-il dit.

« La seule chose que je demande, c’est qu’ils me le disent en face, car c’est ainsi que nous grandissons tous, n’est-ce pas ? » a-t-il ajouté. [ndt: encore faudrait-il qu’il leur donne la possibilité de le faire, en leur accordant audience, ce qu’il évite soigneusement quand cela ne sert pas ses plans]

François a fait l’éloge de Benoît XVI comme étant un « gentleman », et a dit de sa mort : « J’ai perdu un père » [on progresse… il n’y a pas longtemps, il était question de grand-père, ce que Benoît XVI n’avait pas apprécié, selon Georg Gänswein: « Après tout, je n’ai que 10 ans de plus, il aurait pu parler de ‘grand frère’ « ].

« Pour moi, il était une sécurité. Face à un doute, je demandais la voiture et j’allais au monastère pour demander », a-t-il dit à propos de ses visites à la maison de retraite de Benoît pour des conseils [il n’a pas dû y aller avant la promulgation de Traditionis Custodis]. « J’ai perdu un bon compagnon ».

Certains cardinaux et juristes canoniques ont dit que le Vatican devait publier des normes pour réglementer les futures retraites papales afin d’éviter les quelques accrocs qui se sont produits pendant la longue retraite inattendue de Benoît XVI, pendant laquelle il est resté un point de référence pour certains conservateurs et traditionalistes qui refusaient de reconnaître la légitimité de François.

Du nom choisi par Benoît (pape émérite) à la soutane (blanche) qu’il portait en passant par ses remarques publiques occasionnelles (sur le célibat des prêtres et les abus sexuels), ces commentateurs ont dit que les normes doivent indiquer clairement qu’il n’y a qu’un seul pape régnant pour le bien de l’unité de l’église.

François a répondu que la publication de telles normes ne lui était même pas venue à l’esprit.

« Je vous dis la vérité » [??? curieux préambule, venant du PAPE], a-t-il dit, ajoutant que le Vatican avait besoin d’une plus grande expérience en matière de retraites papales avant d’entreprendre de les « régulariser ou de les réglementer ».

François a dit que Benoît XVI avait « ouvert la porte » à de futures démissions, et que lui aussi considèrerait la possibilité de se retirer. Il a répété mardi que s’il devait démissionner, il serait appelé évêque émérite de Rome et vivrait dans la résidence pour prêtres retraités du diocèse de Rome.

François a expliqué que la décision de Benoît XVI de vivre dans un monastère converti dans les jardins du Vatican était une « bonne solution intermédiaire », mais que les futurs papes retraités pourraient vouloir faire les choses différemment.

« Il était toujours ‘asservi’ [/de service] en tant que pape, non ? » a dit François [du grain à moudre pour les tenants de la papauté empêchée??]. « A la vision d’un pape, d’un système. ‘Asservi’ dans le bon sens du terme : en ce sens qu’il n’était pas complètement libre, car il aurait aimé retourner dans son Allemagne et continuer à étudier la théologie. »

Selon certains calculs, la mort de Benoît XVI lève le principal obstacle à la démission de François, puisque la perspective de deux papes retraités n’a jamais été envisageable. Mais François a affirmé que la mort de Benoît XVI n’avait pas modifié ses calculs. « Il ne m’est même pas venu à l’esprit d’écrire un testament », a-t-il dit.

Quant à son propre avenir à court terme, François a insisté sur son rôle d’ « évêque de Rome » par opposition à celui de pontife et a déclaré à propos de ses projets : « Continuer à être évêque, évêque de Rome en communion avec tous les évêques du monde ». [et pourtant, au début de son pontificat, François était très réticent à se voir comme « évêque de Rome », comme en témoigne cet article d’Angela Ambrogetti en avril 2013 « François et la fenêtre du pape »]. Il a ajouté qu’il voulait mettre fin au concept de la papauté en tant qu’acteur de pouvoir ou de ‘cour’ papale. »

François a également abordé les critiques des cardinaux et des évêques qui ont éclaté au grand jour dans les semaines qui ont suivi la mort de Benoît XVI, disant que c’est désagréable – « comme une éruption cutanée qui vous dérange un peu » – mais que c’est mieux que de les garder sous silence.

« Vous préférez qu’ils ne critiquent pas, pour le bien de la tranquillité », a dit François. « Mais je préfère qu’ils le fassent parce que cela signifie qu’il y a une liberté de parole ».

« Sans cela, il y aurait une dictature de la distance, comme je l’appelle, où l’empereur est là et personne ne peut lui dire quoi que ce soi [ndt: no comment!!!]. Non, laissez-les parler parce que (…) la critique vous aide à grandir et à améliorer les choses. « 

La première salve de la vague d’attaques est venue du secrétaire de longue date de Benoît XVI, l’archevêque Georg Gänswein, qui a révélé l’animosité accumulée au cours des dix dernières années dans un livre de souvenirs publié dans les jours qui ont suivi les funérailles de Benoît XVI.

Dans l’un des passages les plus explosifs, Gänswein a révélé que Benoît XVI avait appris en lisant le quotidien du Vatican L’Osservatore Romano que François était revenu sur l’une des décisions liturgiques les plus importantes de l’ancien pape et avait réimposé des restrictions à la célébration de l’ancienne messe en latin.

Quelques jours plus tard, le Vatican a été ébranlé une nouvelle fois par le décès d’un autre pilier conservateur, le cardinal George Pell, et par les révélations selon lesquelles Pell était l’auteur d’un mémorandum dévastateur qui a circulé l’année dernière, qualifiant le pontificat de François de « désastre » et de « catastrophe ».

Le mémo, initialement publié sous le pseudonyme de « Demos », dressait la liste de tous les problèmes du Vatican sous François, de ses finances précaires au style de prédication du pontife, et indiquait point par point ce qu’un futur pape devrait faire pour les résoudre.

François a reconnu les critiques de Pell [on aimerait des détails, ndt], mais a tout de même chanté ses louanges pour avoir été son « bras droit » dans la réforme des finances du Vatican en tant que premier ministre de l’économie.

« Même si on dit qu’il m’a critiqué, très bien, il en a le droit. La critique est un droit de l’homme [!!!] », a déclaré François. Mais il a ajouté : « C’était un type génial. Génial ».

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