Il s’appelle Jordi Evole, il s’est fait connaître en 2000 en devenant un personnage de bande dessinée appelé El Follonero [litt.: le fouteur de merde, désolée pour les oreilles plus chastes que celles du pape] et il est ici interviewé sur le site de Alfa y omega (présenté sur internet comme un hebdomadaire d’information catholique, je laisse mes lecteurs imaginer de quel bord…). A lire ses réponses (et on n’a aucune raison de ne pas le croire, d’autant plus que l’article est repris par Il Sismografo) il est totalement exclu que François se soit fait piéger, il savait parfaitement à qui il avait affaire, le « journaliste » l’avait déjà interviewé en 2019. Un non croyant (le contraire aurait été impensable, et surtout, il ne nous dit pas qu’il a l’intention de se convertir) qui admet ingénument que ce qui l’a le plus intéressé, ce sont les propos du pape sur le sexe. Qu’on se le tienne pour dit: pour le monde des médias , l’homme se réduit à un sexe. Et François n’a rien contre. Point.

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Jordi Évole : « Je veux une Église comme celle que le pape représente ».

Le journaliste, qui réalise un film dans lequel François s’adresse à des jeunes, avoue que « j’étais prêt à éliminer quelque chose s’il nous le demandait », mais « il n’a rien dit ». « C’est du jamais vu », affirme-t-il

Comment est né ce documentaire ?

Après l’interview que nous avons réalisée avec lui en 2019, nous entretenons avec Francisco une relation épistolaire par mail. Tous les deux mois, nous nous tenons mutuellement informés de nos avancées. Nous le lui avons proposé lors de notre première visite après la pandémie. Il a immédiatement accepté. Ensuite, nous l’avons construit avec l’équipe de Disney+. Même le meilleur scénariste n’aurait pas pensé à des profils de jeunes aussi authentiques que ceux qui apparaissent dans le documentaire.

Quelle était l’approche ?

L’idée était de réunir des jeunes du monde entier qui pourraient l’interroger sur les aspects de leur vie qui sont en conflit avec l’Église. Le pape nous a simplement dit : « Donnez-moi un catholique ». Et il y en a plusieurs. Il y a aussi des athées, des agnostiques et un musulman. Pour moi, cela aurait été un échec de ne pas le présenter au Pape, il aurait fait la moue et nous aurait dit que nous l’avions trompé. Au contraire, lorsqu’il a fini de regarder le documentaire, il m’a fait un signe de la main, comme pour enlever son chapeau. Il a dit que c’était ainsi que l’Église devait communiquer avec ses fidèles, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur. Pour le pape, il s’agit d’un acte pastoral de plus, mais avec une portée mondiale. Et je pense qu’il a raison. En s’asseyant là, il a déjà gagné.

Alors, le pape apprécié ?

Nous n’avions rien convenu et il ne nous a pas posé de conditions. J’étais prêt, en raison de la relation que nous avions eue et de la confiance qu’il nous avait accordée, à éliminer quelque chose s’il nous le demandait. C’est peut-être mal vu de la part d’un journaliste de dire cela, mais j’envisageais de faire des retouches s’il nous le demandait. Évidemment, rien de majeur, mais il y a des moments où il a l’air mal à l’aise. Il ne nous a pas dit de ne pas avoir ce regard ou ce geste. Il n’a rien demandé. C’est sans précédent dans le monde de la communication aujourd’hui. Il n’y a plus de dirigeants politiques qui osent se livrer à un tel exercice.

Pourquoi avoir choisi des profils aussi marqués et conflictuels avec l’Église ?

Nous avons pensé que cela enrichirait le débat. Jouer dans le camp adverse profite toujours aux leaders qui se considèrent comme tels. Vous ne trouverez personne qui soit prêt à se prêter à cela et c’est dommage, car cela nous appauvrit. Il y a une crise absolue du leadership.

Que devraient apprendre les dirigeants politiques de François ?

La proximité avec les gens, l’empathie, le dialogue, le débat. Il peut y avoir plus de richesse à écouter ceux qui sont différents qu’à aller dans un endroit où ils vont vous poser les questions que vous voulez.

Quelle est la réponse du souverain pontife qui a le plus retenu votre attention ?

Celle sur le sexe, lorsqu’il dit que l’Église n’a peut-être pas fait la bonne catéchèse. Il fait l’apologie du sexe, ce qui me semble très courageux.

Que reste-t-il hors caméras [que vous n’ayez pas montré]?

Vous verrez presque tout. Nous n’avons pas gardé grand-chose pour nous. Dans la première partie du documentaire, il y a des endroits qui n’ont jamais été filmés auparavant : le bureau du pape, l’ascenseur, les couloirs de Santa Marta, les conversations avec le personnel de sécurité. En outre, nous accompagnons François dans sa voiture sur le chemin de la rencontre avec les jeunes. Un caméraman, lui et moi. Je faisais la conversation avec lui.

Comment se passe votre relation avec lui ?

Nous nous apprécions mutuellement. J’ai toujours eu la tête sur les épaules. Le premier jour de notre rencontre, je lui ai dit que je n’étais pas croyant, mais je lui ai expliqué l’histoire de ma famille. Ma mère est une personne qui fait quatre ou cinq messes par semaine. Il a toujours un cadeau pour elle : un livre, un chapelet, une image pieuse… Et elle lui a rendu la pareille en lui offrant une écharpe aux couleurs de l’Argentine pour la Coupe du monde. C’était un talisman. Je n’aurai plus jamais une telle relation avec un pape.

Quelle est la plus grande contribution de François au cours de ces dix années ?

Il a rapproché beaucoup de gens de l’Église [!!!!]. D’autres peuvent dire qu’il y a des gens à l’intérieur qui ne l’aiment pas. Mais ils ne vont pas partir. L’Église a besoin d’un pape comme lui si elle veut élargir sa base. Sans être croyant, je souhaite qu’il y ait une Église comme celle que représente François.

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