Les journaux italiens ont abondamment commenté la « première photo du pape depuis son hospitalisation », ainsi qu’elle a été définie par le Bureau de presse du Saint-Siège. Chaque jour, le précieux blog espagnol Specola propose une revue de presse, et aujourd’hui, il nous offre une synthèse des articles publiés sur La Repubblica, Il Fatto Quotidiano, Il Messagero…, bref, les principaux quotidiens italiens…(pour autant que je puisse en juger en parcourant la v.o. des textes cités, c’est un résumé fidèle).
Creusant sous la surface, les journalistes ont littéralement passé au scanner la photo représentant le pape, seul, dans la chapelle attenant à sa chambre d’hôpital, et y ont vu des détails qui échappent à un regard superficiel (sans doute disposaient-ils d’une image en meilleure définition que celle à laquelle j’ai eu accès).
Pour faire court, la photo ainsi mise à nue dit beaucoup de choses sur la situation du pape (pas forcément pour alimenter des théories complotistes)…

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18 mars 2025
(…)
Personne ne sait exactement QUI contrôle la situation au Vatican, si tant est que quelqu’un le fasse. Parolin est nerveux et ne sait pas comment arrêter les mille et une hémorragies qui ces jours-ci affligent les Palais sacrés, et veut faire comprendre que le pape François n’a pas l’intention de démissionner. Il l’a confirmé par un « absolument pas » sec en répondant aux questions des journalistes lors d’un événement organisé à l’occasion du Ramadan. Parolin a indiqué qu’il avait eu sa dernière conversation avec le pape François la semaine dernière au Gemelli, déclarant:
« Je pense que nous devrions nous en tenir aux bulletins médicaux. Je l’ai rencontré il y a une semaine et je l’ai trouvé mieux que la première fois, mais ce n’est qu’une évaluation externe ».
Contrairement aux deux dimanches précédents, c’est Parolin qui s’est rendu à Gemelli, et non le Substitut Pena Parra.
L’image que nous avons vue transmet une impression d’immense faiblesse, d’un homme gravement affecté par la maladie.
L’image est diamétralement opposée à celle de Wojtyla il y a exactement vingt ans et exactement au même endroit.

Le pape polonais concélébrait la messe célébrée par son fidèle secrétaire, l’archevêque Stanisław Dziwisz (aujourd’hui cardinal archevêque émérite de Cracovie), ainsi que par son second secrétaire, l’archevêque Mieczysław Mokrzycki (aujourd’hui archevêque de Lviv). Wojtyla était assis sur la chaise papale – un fauteuil roulant bien camouflé -, vêtu d’une chasuble rose, le vêtement du quatrième dimanche de Carême, et d’une aube en dessous. Sur sa tête, la calotte blanche et à son doigt l’anneau épiscopal : signes d’un pouvoir papal qui n’a pas faibli, même pendant son hospitalisation dans ce que le pape polonais définissait lui-même comme « Vatican 2 », en raison de ses fréquentes et longues hospitalisations.
Saint Jean-Paul II était entouré non seulement de ses deux secrétaires, mais aussi de ses religieuses, à commencer par la très fidèle sœur Tobiana Sobódka, du médecin pontifical, Renato Buzzonetti, des médecins et des religieuses infirmières de Gemelli.
Le pape François, quant à lui, est seul sur la photo, une solitude typiquement jésuite qui marque un tournant dans le pontificat que personne n’attendait.
Passons aux commentaires sur la photo officielle du Pape François à Gemelli. On peut imaginer, derrière cette photo, une situation de souffrance, que le Pape lui-même [ou vraisemblablement quelqu’un pour lui, ndt] a décrite dans l’Angélus, le cinquième transmis uniquement par écrit :
« J’affronte une période d’épreuve et je me joins à beaucoup de frères et sœurs malades : fragiles, en ce moment, comme moi, Nos corps sont faibles, mais malgré cela, rien ne peut nous empêcher d’aimer, de prier, de nous donner, d’être les uns pour les autres, dans la foi, des signes lumineux d’espérance ».
Représenté de dos et de profil, il ne laisse entrevoir son visage que du côté droit. Il est rasé et a les cheveux en désordre, comme tout patient hospitalisé qui passe ses journées principalement au lit. Il est assis dans son fauteuil roulant, les yeux mi-clos, la tête penchée vers le bas, la main droite visiblement gonflée, signe des nombreux traitements médicamenteux qu’il subit depuis des mois.
Seules trois choses dans la chapelle sont restées les mêmes qu’à l’époque de saint Jean-Paul II : l’autel en bois, le tabernacle mobile et la lampe rouge qui se trouve à côté. Sur le mur de gauche, l’image de la Vierge noire de Czestochowa, si chère au pape polonais, a été remplacée par celle de Jésus miséricordieux. Sur les deux murs se trouvent les quatorze stations du chemin de croix, sept de chaque côté. La fenêtre derrière l’autel a été recouverte d’un grand panneau sur lequel un crucifix a été fixé en haut.

Tout ce qui se trouve sur l’autel est nouveau: la nappe d’autel, les deux bougies, le petit crucifix, le lutrin et le missel. On voit clairement un verre de cristal à moitié rempli d’eau, avec une paille à l’intérieur. Un petit détail qui a échappé à l’auteur de [celui qui a mis en scène] la photo et qui révèle qu’il n’est pas encore facile pour l’auguste patient de déglutir. Il s’en sera vraisemblablement servi pour recevoir la communion.
Le Bureau de presse du Saint-Siège a expliqué que la photo avait été prise lors de la concélébration désormais habituelle de la messe dominicale à Gemelli. Mais en réalité, il n’y a ni patène, ni calice, ni burette sur l’autel, aucun signe que la célébration eucharistique du deuxième dimanche de Carême est terminée ou sur le point de commencer.
Le malaise grandit dans les Palais sacrés. Un cardinal de la Curie commente:
« Dans les mains de quel gang la gestion de l’homme vénéré par un milliard et demi de personnes est-elle tombée? »
En réalité personne ne sait comment va le pape François et la photo ne fait qu’alimenter les doutes. Elle a été qualifiée de « Sindonique». Le pape est enveloppé dans un drap blanc – d’où la définition de « sindon » [/suaire] – qui tente, assez grossièrement, de simuler l’aube que les célébrants portent sous leurs vêtements et, par-dessus, il porte une étole violette, retournée (les coutures sont tournées vers le haut et non vers le bas), signe éloquent que celui qui l’a habillé de la sorte n’est pas un prêtre…
Les contradictions de ces presque cinq semaines d’hospitalisation sont nombreuses, trop nombreuses, et alimentent doutes et théories du complot en tous genres.
Le pronostic réservé a été levé il y a quelques jours, mais le Pape, selon les médecins qui le soignent, n’est pas encore remis de la pneumonie bilatérale. Il n’est pas hors de danger, même si le danger n’est plus imminent, et on ne sait pas s’il pourra sortir de l’hôpital pour retourner à Sainte Marthe, ni quand il le pourra. Le 6 mars, un message audio de 27 secondes a été diffusé pour remercier les fidèles qui se sont rassemblés sur la place Saint-Pierre tous les soirs depuis le 24 février pour prier pour sa santé. Mais la voix douloureuse du pape, loin de rassurer, a plongé tout le monde dans le désarroi, rapprochant le conclave dans la perception des cardinaux et des évêques de la Curie romaine. Et maintenant la photo papale, qui alimente de nombreux doutes y compris sur les réseaux sociaux parce que personne ne sait vraiment comment va le Pape François.

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