Dans une interview accordée au Corriere della Sera, le cardinal Parolin, (donné comme papabile – personnellement, je n’y crois pas, mais je ne doute pas de son influence) livre quelques confidences subliminalement critiques, qui apportent un éclairage (autorisé) inquiétant sur la signature de François au bas de documents officiels: le pape aurait signé d’un « F » illisible (à quand une croix?), ou plutôt un « F » aurait été apposé (par qui?) au bas des documents en question, ce qui soulève évidemment un doute, au moins juridique, sur leur validité. Les précisions de Giuseppe Nardi.
F comme François
Giuseppe Nardi
31 mars 2025

roma.corriere.it/notizie/politica/25_marzo_29/pietro-parolin…
Samedi dernier, le 29 mars, le Corriere della Sera a publié une interview du cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, qui pourrait ne pas avoir fait particulièrement plaisir au pape François, de retour à Sainte-Marthe. Cela n’a pas seulement à voir avec l’attention médiatique dont bénéficie le chef de la diplomatie vaticane en cette période de préconclave, mais plus encore avec certaines de ses déclarations.
En diplomate averti, le cardinal Parolin sait naviguer à travers les questions des journalistes et dire ce qu’il veut dire. Dans le passé, il a répété dans des occasions similaires tous les mots-clés importants de l’actuel pontificat comme synodalité, décentralisation, non à l’auto-référentialité, etc., mais à présent, entre les lignes, il laisse entrevoir des critiques.
Il convient de traduire pour les oreilles non exercées ce que le cardinal a réellement voulu dire : le pape François prend lui-même toutes les décisions, c’est donc à lui d’assumer la responsabilité de ces décisions. Cela pourrait être lu comme une prise de distance en finesse, sans que le secrétaire d’Etat n’ait fait aucune déclaration sur le fond, et surtout pas sur les thèmes controversés de ce pontificat.
Le cardinal Parolin a profité de l’interview pour aborder un autre aspect, en confirmant une curiosité qui n’avait été révélée que la veille, vendredi dernier, par le site d’information Silere non possum , géré par un groupe de prêtres romains. Le décret de nomination de l’archevêque titulaire Giovanni Cesare Pagazzi comme nouvel archiviste et bibliothécaire de la Sainte Eglise romaine, rendu public le même jour, le 28 mars, est signé de telle sorte que « la signature du pape est illisible. On ne peut même pas dire que c’est sa signature ».
Interrogé à ce sujet, Parolin n’a ni démenti ni tenté d’éluder la question, mais a confirmé en bloc en indiquant de manière lapidaire que cette situation n’était « pas idéale ».
D’ailleurs, selon le site d’information du groupe de prêtres, divers documents circuleraient actuellement au Vatican, mais « on ne sait pas clairement d’où ils viennent ». De leur côté, les différents dicastères feraient la queue devant Sainte Marthe avec des documents préparés de toutes sortes, mais aucun accès ne serait autorisé. Le premier étage de Sainte Marthe est hermétiquement fermé. Dans les dicastères, on s’attend à ce que l’accès à François soit interdit « pour longtemps ».
Mais qui contrôle l’accès au pape ?
Grâce à la confirmation du cardinal secrétaire d’État, le monde sait désormais que, depuis l’admission de François à la clinique Gemelli le 14 février, les documents prétendument signés par lui ne portent qu’une signature illisible, apparemment constituée de la lettre F.
Voici maintenant des extraits de l’interview du Corriere della Sera avec le cardinal Pietro Parolin :
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Corriere della Sera : Eminence, la convalescence du pape François a semé beaucoup de confusion. Comment peut-on décrire la gestion de l’Eglise durant cette période ?
Cardinal Parolin : Le Pape n’a jamais cessé de diriger l’Eglise, même pas pendant les jours de son hospitalisation à la clinique Gemelli. Bien sûr, comme nous le savons, il a dû ralentir le rythme de ses activités quotidiennes, mais il est maintenant important qu’il puisse se reposer et récupérer. Comme les médecins l’ont dit, il lui faudra environ deux mois.
Corriere: Est-ce que quelque chose change ?
Parolin: Dans le fond, il n’y a pas de changement. Le Saint-Père a besoin de calme pour pouvoir être confronté, sans trop se fatiguer, à des questions sur lesquelles lui et lui seul peut et doit décider. La direction de l’Église est entre ses mains. Mais ensuite, il y a encore beaucoup de questions de routine pour lesquelles les collaborateurs de la Curie peuvent procéder sans le consulter, en se basant sur les indications déjà reçues auparavant et sur les normes existantes.
Corriere: Dans quel sens ?
Parolin : En ce sens que les dicastères du Saint-Siège travaillent sur mandat du Pape. Bien sûr, toutes les décisions importantes doivent être prises par le pape, mais il y en a d’autres qui peuvent être prises au sein de chaque dicastère, selon les directives que le pape a établies.
Corriere: Cela se fait-il aussi en temps normal ?
Cardinal pape a ses collaborateurs dans la curie, auxquels il donne lui-même les directives et le pouvoir de prendre certaines décisions.
Corriere: Un passage de Praedicate Evangelium, la constitution qui a réformé la Curie romaine, semble décrire la situation : « Dans l’exercice suprême, plein et immédiat de son pouvoir sur toute l’Église, il se sert des dicastères de la Curie romaine qui, en conséquence, accomplissent en son nom et sous son autorité leur travail pour le bien de l’Église et le service des saints pasteurs ». Est-ce cela?
Parolin: C’est exactement cela. Chaque institution curiale reçoit les pleins pouvoirs du pape et agit en son nom.
Corriere: Et maintenant ?
Parolin: Comme je l’ai déjà dit, on ne peut pas dire que le Saint-Père puisse faire maintenant tout ce qu’il faisait avant. Mais même lorsqu’il était à l’hôpital – et donc aussi dans les jours les plus difficiles, qui sont maintenant, Dieu merci, passés – le pape François a vu les dossiers. Les documents lui ont été envoyés, puis il en a pris connaissance et a décidé en conséquence…
Corriere: On dit qu’ils sont signés d’un « F » …
Parolin : Ce n’est évidemment pas la situation idéale, mais je tiens à souligner que le pape est toujours en mesure de diriger l’Eglise et nous sommes heureux qu’il ait pu rentrer chez lui.
Corriere: On parle parfois du gouvernement de l’Eglise comme si le pape était le PDG d’une multinationale…
Parolin: C’est une comparaison totalement inappropriée, nous sommes ici totalement en dehors de toute considération entrepreneuriale, l’Eglise est une réalité de communion.
Corriere: Il n’y aura donc pas de transfert de pouvoir ?
Parolin : Certains pouvoirs, comme je l’ai dit, ont déjà été transférés par le pape aux dicastères, comme le prévoit Praedicate Evangelium. Dans certains cas, d’autres pouvoirs peuvent être délégués. Par exemple, pour les canonisations : le pape prononce la formule, mais celle-ci peut également être déléguée, si nécessaire, à un collaborateur qui la prononce au nom du pape.
Corriere: Le cardinal Marcello Semeraro, préfet pour les causes de béatification et de canonisation, pourra-t-il le faire ?
Parolin: Oui, mais seulement si le pape l’autorise à lire la formule en son nom, au cas où il ne serait pas en mesure de le faire en ce moment. Nous verrons quelle solution sera trouvée, cela dépendra aussi de l’état d’esprit du Saint-Père ces jours-ci .
Corriere: Vous faites également partie du C9, le conseil des cardinaux que François a institué « avec la tâche de m’aider à diriger l’Eglise universelle ». Aurez-vous un rôle particulier dans cette phase ?
Parolin: Le groupe a été créé pour conseiller le pape sur les questions qu’il soumet lui-même aux cardinaux qui en font partie. C’est un organe qui est en lien direct avec lui et qu’il utilise pour examiner en profondeur certaines questions. Mais elle n’a pas de rôle spécifique dans cette situation.

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