Affaire Becciu, signatures du Pape François présumées invalides (le fameux « F », cf. F comme François), pouvoir du Pape post-mortem. Autant de graves problèmes qu’énumère Luigi Badilla et qui obèrent gravement dès maintenant la validité même du prochain conclave et la légitimité du successeur. Avec de terribles conséquences pour l’Eglise.
L’intégrité du Conclave en danger. Un pape coulé avant d’être élu ?
Le cardinal Pietro Parolin a révélé que le Pape, lorsqu’il était à l’hôpital, avait parfois signé avec la seule lettre « F », reconnaissant toutefois que ce n’était pas la solution idéale.
Luigi Badilla
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Dans une interview publiée en ligne par le Corriere della Sera le 29 mars, près d’un mois avant la mort de François, le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin était interrogé par le journaliste Gian Guido Vecchi sur les documents signés par le pape lors de son hospitalisation à l’hôpital Gemelli:
Question: « On dit qu’il les a paraphés d’un “F”… »
Cardinal Parolin: « Oui, il l’a fait, mais maintenant il les signe aussi en entier… Ce n’est pas la situation idéale, bien sûr, mais je répète que le pape est encore en mesure de gouverner l’Église, et nous sommes heureux qu’il ait pu rentrer chez lui ».
Il faut dire que la question et la réponse sont aussi curieuses l’une que l’autre parce que dans les jours de l’hospitalisation du Pape circulaient, et pas seulement dans les milieux journalistiques, des photocopies de documents remis à Gemelli avec une signature – « Franciscus » – complète, bien qu’hésitante.
Pourquoi, à un moment donné, la presse, ainsi que le cardinal Parolin, devait-ils évoquer ce détail ? Comment cette question s’est-elle posée ? Y avait-il un intérêt à donner une citoyenneté médiatique à la signature de François ? Était-il également important de le faire rapidement ? Et pourquoi?
Vendredi dernier, le 25 avril, « Domani », sous la signature du directeur émérite de l’Osservatore Romano, Giovanni Parolin Vian, a largement diffusé une information selon laquelle le cardinal Pietro Parolin aurait déclaré être en possession, et les avoir montrées à certains, de deux lettres du pape François évinçant le cardinal Angelo Becciu du Conclave.
À quoi ressemblent les signatures, avec le nom complet ou simplement paraphées d’un « F » ?
On n’en sait rien. Tout est devenu opaque et incertain, comme toujours au Vatican dans les affaires de pouvoir. La question est renvoyée aux prochains jours, le temps que chacun des cardinaux électeurs diffuse ce qu’il dit savoir. Les questions se multiplient d’heure en heure. Le Conclave pourrait ainsi se retrouver dans une situation dangereuse pour sa crédibilité. Une véritable tragédie pour l’Eglise, qui ne semble pas s’en sortir bien.
Sans doute, mais c’est le cardinal Parolin qui a soulevé la question des signatures du Pontife. Qui plus est, il l’a fait à propos d’une circonstance que chacun doit traiter avec beaucoup de délicatesse et de transparence : citer ou produire des documents de personnes décédées, non validés de leur vivant par les autorités compétentes. Ces documents ont-ils une authentification reconnue ?
Giovanni Maria Vian écrit dans Domani :
« Hier soir [jeudi 25 avril], nouveau rebondissement : le cardinal Pietro Parolin aurait montré à Becciu deux lettres dactylographiées paraphées par le pontife avec un F, qui l’excluraient du conclave : l’une datée de 2023 et l’autre de mars dernier, lorsque le pape était confronté à sa dernière grave maladie ».
Voilà ce que se demandent de nombreuses personnes dans le monde catholique et au-delà :
- L’Église peut-elle organiser un conclave et élire un nouveau pape avec un doute sur l’intégrité du processus ?
- Est-il possible, si les documents n’étaient pas un problème, d’affirmer qu’il existe une sorte de pouvoir papal post-mortem ?
- D’autres documents doivent-ils encore être révélés ?
- Car si le cardinal Parolin avait deux lettres signées par le pape pour évincer le cardinal Becciu, le cardinal doyen Re avait l’invitation envoyée au cardinal Becciu à assister aux Congrégations Générales ?
- Comment et quand le cardinal Parolin a-t-il informé le cardinal Re de l’existence de ces lettres ?
- Et pourquoi deux lettres ? S’agit-il de deux choses différentes ? Lesquelles ?
- Pourquoi le cardinal Parolin a-t-il sorti ces documents par l’intermédiaire du Camerlingue, le cardinal Farrell, alors que les congrégations générales avaient déjà commencé ?
« Le pape qui a esquissé les réformes ». Et maintenant ?
Ces derniers jours, la presse s’est exercée à une nouvelle étape : le pape n’a pas fait toutes les réformes, mais il en a esquissé tant qu’il faut continuer… Trop peu de temps, trop d’oppositions, des obstacles insurmontables, l’Eglise, la Curie non préparées, etc.
On pourrait proposer plusieurs réflexions à ce sujet, mais il suffit d’en souligner deux pour démonter dès maintenant cette façon de présenter les choses.
La première est immédiate et simple. Le pape François a certes eu des oppositions, comme tous les papes, mais il a été pendant 12 ans un souverain absolu qui pouvait tout faire, n’importe quoi, s’il le voulait et s’il y croyait. Il est allé jusqu’à rédiger une loi fondamentale dans laquelle il s’est autoproclamé souverain et a exigé que le gouverneur de l’État de la Cité du Vatican soit un cardinal, puis il a nommé une religieuse sans modifier le texte juridique.
Ensuite, la deuxième question est de savoir si les documents portant ses initiales laissés au cardinal Parolin pour évincer le cardinal Becciu sont corrects et valides. S’ils sont corrects et valides, cela signifie qu’il existe un pouvoir papal post-mortem. Il aurait alors pu également laisser les textes nécessaires à l’application des réformes manquantes, rendant les oppositions inefficaces car il n’est plus possible de s’opposer à un pontife mort.
Si les cardinaux, avant d’entrer dans la chapelle Sixtine, ne résolvent pas cet énorme cafouillage en toute transparence, anticipant entre autres sur d’autres affaires en cours comme l’affaire Rupnik, celui qui sera élu évêque de Rome partira lesté à mort. La seule à perdre, à souffrir à nouveau, sera l’Eglise, son Peuple fidèle et cristallin.
Mots Clés : Conclave 2025,Mort de François