Au risque de se répéter (et moi avec!), le blogueur argentin pense avec quelque raison que le pape ne renversera pas la table et qu’il ne faut pas attendre de « révolution » dans les nominations annoncées à la tête de dicastères. La principale raison est qu’il est un homme d’institution, et qu’à ce titre il la respecte. D’ailleurs, François lui-même n’avait pas osé congédier le cardinal Müller, pourtant son ennemi juré, avant la fin de son mandat.
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Par ailleurs, El Wanderer dit sa satisfaction pour la nomination dans l’Oregon d’un évêque qui célèbre régulièrement la messe en latin, pourtant accusé d’être pro-LGBT par certains milieux proches de la tradition (Mgr Strickland) mais qui incarnerait (à ses yeux) une tendance anti-Martin et anti-Tucho.
Brève réflexion sur Léon XIV et une nomination épiscopale
Nous avons dit dans ce blog ce qui relève du bon sens : nous ne connaîtrons l’envergure réelle du pontificat de Léon XIV que par ses actes de gouvernement qui commenceront par ses nominations. Et cela prend du temps. Nous avons dit cent jours par pure dévotion au système décimal, mais les Italiens, qui en savent plus que nous sur les papautés, disent qu’il faut attendre trois hivers. ;
Pour comprendre les premières nominations de Prevost, je pense qu’il ne faut pas perdre de vue le fait qu’il est un homme d’institution. Même sans avoir été diplomate ou homme de curie, il a l’expérience du gouvernement d’un ordre important et répandu dans le monde ; il sait ce que sont les institutions, il sait qu’il faut les respecter et il est conscient du gâchis que Bergoglio a fait quand, pendant son pontificat, il a emporté beaucoup d’entre elles avec lui. Léon ne fera pas la même chose.
On dit que pendant ses jours de repos à Castelgandolfo, il écrira sa première encyclique et définira les changements qu’il devra faire à la Curie à partir de septembre.
À mon avis, je ne pense pas qu’ils seront nombreux ; ne nous attendons pas à ce qu’il renvoie Tucho chez lui ou qu’il mette Roche à la retraite. La nomination certaine est celle de préfet du dicastère pour les évêques, mais je ne pense pas qu’il y aura de grands changements. Et pas nécessairement parce que je suis d’accord avec tous les préfets, mais précisément à cause d’une question institutionnelle. Même François n’a pas osé renvoyer un préfet de la Curie avant la fin de son mandat. Le cas le plus emblématique est celui du cardinal Gerhard Müller, le seul qui osait lui tenir tête et qu’il considérait comme l’un de ses ennemis les plus importants : il l’a supporté pendant quatre longues années, jusqu’en 2017, à la fin de son mandat de cinq ans. Léon XIV ne fera rien de différent, même s’il pourra tenir plus court les plus dangereux.
En termes de nominations épiscopales, il se comporte également, à mon sens, de manière institutionnelle, à l’instar de ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI. Je ne dis pas que c’est la meilleure solution ni que cela me convient, mais ce n’est pas à moi d’en décider.
C’est ainsi que, dans nos milieux, la nomination de Mgr Shane Mackinlay comme archevêque de Brisbane, homme synodal et défenseur du diaconat féminin, n’a pas été bien accueillie. Mackinlay était pourtant le premier choix pour un siège important en Australie en raison de ses antécédents. Il aurait été violent de nommer quelqu’un d’autre ; Bergoglio l’aurait fait sans hésiter ; Léon ne l’a pas fait précisément à cause de ce respect, peut-être excessif, pour l’institutionnalité.
C’est pourquoi je trouve beaucoup plus intéressant d’analyser les nominations qu’il fait de simples prêtres pour occuper des sièges épiscopaux. Dans ce cas, il est beaucoup plus libre et cela pourrait être plus révélateur de sa ligne de conduite.
Ainsi, je trouve prometteuse la nomination du père Thomas Hennen comme évêque de Baker, dans l’Oregon. Ce prêtre était curé de la cathédrale du diocèse de Davenport, où il célébrait assez fréquemment la messe traditionnelle.
Non moins significatif, il a été pendant plus de vingt ans aumônier de Courage International. Il s’agit d’une institution vieille de plusieurs décennies, fondée à New York par un saint prêtre, le père John F. Harvey, OSFS [oblat de saint François de Sales, ndt], qui se consacre à l’accompagnement pastoral des personnes qui éprouvent une attirance sexuelle pour des personnes du même sexe, mais dans une perspective catholique et complètement différente de celle du jésuite James Martin ou du cardinal Fernández. Ce que Courage recherche, c’est que ces personnes acquièrent les vertus et vivent dans la chasteté et la continence, en étant pleinement conscientes que l’exercice sexuel en dehors du mariage et avec des personnes du même sexe est un péché qui s’écarte gravement de la volonté de Dieu.
Bien sûr, l’ensemble du « collectif » LGBT catholique déteste cela, et l’occulte. Le fait qu’un membre de cette pastorale, qui célèbre en outre la messe traditionnelle, ait été élu évêque est très significatif et les évêques argentins, en particulier le cardinal veuf [c’est ainsi que El Wanderer qualifie les nostalgiques de Bergoglio, ndt] Rossi, S.J., et le non-cardinal García Cuerva, tous deux promoteurs du groupe Centurión, qui prône l’acceptation des relations homosexuelles dans l’Église, feraient bien de garder un œil sur la nouvelle direction du vent.
Curieusement, certains cercles traditionalistes récalcitrants, et de manière déconcertante, Mgr Strickland lui-même, ont critiqué cette nomination.
Some will cry “too harsh” but enough is enough…
— Bishop J. Strickland (@BishStrickland) July 10, 2025
With the appointment of Fr. Thomas Hennen, bishop-elect, as bishop of Baker, Oregon, we face a troubling reality: instead of correcting the trajectory set by Pope Francis, Pope Leo XIV is doubling down on it – deepening the… pic.twitter.com/vcIZF9VtJH
Selon eux, le simple fait d’enseigner la chasteté à des personnes qui souffrent de tentations particulièrement graves et douloureuses les rend inaptes à l’exercice épiscopal.
C’est regrettable et incompréhensible.
