Un symposium se déroule ces jours-ci au Vatican pour débattre sur l’héritage que François a laissé à son successeur. Parmi les intervenants, il devait y avoir une vieille connaissance de ce site, Marco Tosatti, mais un problème de santé (apparemment orthopédique) l’empêche d’y participer.
Son exposé a été lu par un ami, et le blog Messa in Latino en propose des extraits.
Il est certes partisan mais il connaît à fond ce dont il parle: il a été de longues années le vaticaniste d’un des principaux journaux italiens (La Stampa), et il a couvert l’actualité de l’Eglise depuis l’époque de Jean Paul II. Il a d’ailleurs payé très cher ses critiques, de moins en moins feutrées, contre François. Désormais émérite, il continue à mette à jour quotidiennement son blog « Stilum Curiae »
Il est humain et naturel qu’après les treize dernières années, ceux qui aiment l’Église désirent un changement de cap clair et soudain. Mais un si grand navire ne peut pas être dirigé par des embardées brusques ; l’équipage – même s’il est à bien des égards répréhensible ou inadapté – ne peut pas être jeté par-dessus bord soudainement, tout entier
blog.messainlatino.it/2025/10/tosatti-leredita-difficile-di-francesco
Marco Tosatti

« Nous cherchons un moins pire ». C’est ainsi qu’un cardinal, ami depuis de longues et douloureuses années, m’a répondu dans un message sur Whattsapp, lorsque je lui ai demandé, à la veille du Conclave qui allait conduire à l’élection de Léon XIV sur le trône de Pierre, quelles étaient les perspectives les plus souhaitables, et les plus probables.
Le pape Bergoglio a souvent stupéfié les catholiques – et peut-être pas seulement eux – par des déclarations problématiques. Comme, par exemple, le 1er octobre 2013, lorsqu’il a déclaré « Il n’y a pas de Dieu catholique ».
Il a certainement scandalisé beaucoup de monde dans l’Église lorsqu’il a parlé des » grands de l’Italie d’aujourd’hui « , citant le chef d’État émérite, Giorgio Napolitano, (ancien communiste, laïciste, selon certains en odeur de franc-maçonnerie) et surtout Emma Bonino, la dirigeante radicale qui s’est vantée de pratiquer des avortements à la pompe à vélo, est en faveur de la dépénalisation des drogues, et partisane de l’euthanasie.
Mais poursuivons : l’œcuménisme, le dialogue avec les confessions chrétiennes est désormais une constante de l’Église post-conciliaire. Mais peu de gens ont été choqués lorsque Bergoglio a fait l’éloge de Martin Luther, responsable du schisme occidental :
Je crois que les intentions de Martin Luther n’étaient pas erronées. À cette époque, l’Église n’était pas vraiment un modèle à imiter. Il y avait de la corruption, de l’attachement à l’argent et au pouvoir. C’est pourquoi il a protesté. Puis il était intelligent et il été plus loin, en justifiant pourquoi il le faisait. Luther a fait un médicament pour l’Église. Je crois que les intentions de Luther n’étaient pas mauvaises : c’était un réformateur. Peut-être, mais les conséquences pour le monde chrétien en Occident se sont avérées d’autant plus dévastatrices…
Enfin, on ne peut passer sous silence les aspects dictatoriaux de sa gestion, le choix de ses hommes, souvent en contradiction avec certaines de ses bonnes déclarations – voir la question de l’avortement et de la PAV (Académie pontificale pour la vie), à la tête de laquelle il avait placé Mgr Paglia, qui qualifiait la loi 194 sur l’avortement de « pilier de la société ». Le climat instauré au Vatican, la protection des Rupnik et Zanchetta… et la liste est loin d’être exhaustive.
Mais il n’est pas possible, en examinant l’héritage que Léon XIV a reçu de son prédécesseur immédiat, de ne pas mentionner quelques documents.
J’en citerai au moins trois.
Amoris laetitia, attaque sournoise mais qui n’en est pas moins dangereuse, contre l’idée du mariage – clairement et irrévocablement exprimée dans l’Évangile -, fruit du Synode sur la famille. Pourtant, Mgr Forte a dévoilé les coulisses des travaux du synode qui, peut-être, aident à dépasser le langage politiquement correct pour mieux comprendre le document. Du moins en ce qui concerne le sujet le plus médiatique, à savoir la discipline des sacrements pour les divorcés remariés. « Si nous parlons explicitement de la communion aux divorcés remariés », a rapporté Mgr Forte, faisant référence à une plaisanterie du pape François, « tu n’imagines pas le bazar qu’ils feront. Alors n’en parlons pas directement, fais en sorte qu’il y ait les prémisses, puis je tirerai les conclusions ».
Après avoir rapporté cette phrase, Mgr Forte a lui-même plaisanté : « Typique d’un jésuite ». Une révélation d’un homme de Jorge Mario Bergoglio qui a coûté cher à l’évêque, longtemps mis à l’écart.
Deuxième document : Fiducia Supplicans, avec une bénédiction pour les couples de même sexe, contre toute la tradition de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Nous ne nous attarderons pas sur Traditionis Custodes, erroné dès son titre, qui renverse Summorum Pontificum de Benoît XVI et constitue une attaque directe et sans précédent contre le droit de célébrer la messe selon le Vetus Ordo. Il semble que Benoît XVI envisageait de publier un document encore plus large et plus complet que Summorum Pontificum, mais la démission est arrivée en premier.
Enfin, on ne peut passer sous silence le document d’Abou Dhabi. Le passage de la « Déclaration d’Abou Dhabi », signée par le Grand Imam et le Pape François, qui dit que le pluralisme religieux est voulu par la Sagesse divine, est le plus problématique.
Nous essaierons dans les lignes qui suivent d’apporter des éléments de réflexion et aussi d’aider à comprendre les réactions et les attentes liées à ce jeune pape (69 ans au moment de son élection). Une première impression personnelle (mais ne dit-on pas que les premières impressions sont les plus véridiques ?) était bonne. Les premiers mots qu’il a adressés à la foule sur la place Saint-Pierre : « La paix soit avec vous tous. ‘La paix soit avec vous tous’ sont les premiers mots du Christ ressuscité »... ont réchauffé un cœur qui s’était souvenu du terrible « bonsoir » de son prédécesseur.
Bien sûr, on ne peut pas ignorer le fait qu’au cours des trois premiers mois de son mandat, le pape Léon XIV a mentionné le pape Bergoglio plus de soixante-dix fois. Mais on ne peut pas oublier que c’est son prédécesseur qui l’a fait venir à Rome, en lui confiant le rôle très important de préfet du Dicastère des évêques, l’un des points centraux du gouvernement de l’Église. Et tout, pour l’instant, suggère qu’il n’a pas l’intention d’arrêter ou de ralentir la « voie synodale ».
Il est humain et naturel qu’après les treize dernières années, ceux qui aiment l’Église désirent un changement de cap clair et soudain. Mais un si grand navire ne peut pas être dirigé par des embardées brusques ; l’équipage – même s’il est à bien des égards répréhensible ou inadapté – ne peut pas être jeté par-dessus bord soudainement, tout entier ; ce n’est pas dans le style de l’institution (et jamais un pontife n’a ouvertement désavoué l’œuvre de son prédécesseur) – et cela provoquerait des bouleversements. Et surtout, ce n’est pas dans le caractère et le style de Léon.
Mais je crois que même dans l’anxiété de la vérité qui nous envahit tous, nous devons respecter les temps et les façons de faire de l’institution ecclésiastique pour voir si Robert Prevost, le pape Léon XIV, est celui qui répond à l’appel « Va et répare mon Église », ou, comme le prétendent la plupart des critiques, seulement « un Bergoglio à visage humain ».