Mardi 4 novembre, le cardinal Victor Manuel Fernandez a présenté un document du dicastère pour la doctrine de la foi sur « le rôle de Marie dans l’œuvre du salut ». La note Mater Populi fidelis, approuvée par le pape Léon XIV invite à ne plus employer l’expression « Marie corédemptrice ». (La Croix)
C’est sans doute hermétique pour les non-initiés (qui de toute façon s’en fichent) et inutilement blessant pour les catholiques les plus fidèles: n’ayant pas de compétences théologiques, je ne suis pas qualifiée pour commenter. Et comme j’avais volontairement plus ou moins « coupé » internet pendant presque deux semaines, j’avais tout simplement zappé. Sans regret!
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Reste un aspect non dénué d’intérêt pour le profane qui suit les affaires de l’Eglise, c’est le rôle de l’acteur principal de cette dernière provocation, « Tucho » Fernandez, le protégé de El Papa, qui semble avoir décidé de faire fructifier au maximum l’héritage du parrain. Et, ce qui est le plus grave, avec la bénédiction de Léon XIV, dont on ne comprend toujours pas pourquoi il n’indique pas la porte vers la sortie à un personnage douteux, incompétent, qui à l’évidence rame sans relâche CONTRE l’Eglise pour le plus grand dommage de celle-ci.

“No te hagás la rata cruel”

(…)

Quand j’ai vu l’attitude du cardinal Tucho Fernández lors de la présentation du document Mater populi fidelis et les grimaces qu’il faisait, la première chose qui m’est venue à l’esprit a été de lui dire, avec tout le respect dû à sa pourpre, “No te hagás la rata cruel” [en gros, « ne te fais pas passer pour ce que tu n’es pas », la référence est expliquée dans la longue introduction, ndt] .

Car en effet, nous savons tous que Fernández occupe une place qui est bien trop grande pour lui et qu’il n’est là que grâce au népotisme et à la soif de revanche qui caractérisaient le pape François, son protecteur. Il n’a ni la formation, ni les capacités, ni le tempérament nécessaires pour occuper un poste aussi important dans l’Église. Et les preuves sont là. Il ne s’agit pas seulement du bourbier dans lequel il a plongé l’Église avec Fiducia supplicans, mais il l’a maintenant mise dans une nouvelle situation difficile dont nous ne savons pas comment elle sortira et quelles blessures elle laissera dans le Corps mystique du Christ et dans la figure même du pape Léon.

Au cours de la semaine dernière, depuis la présentation de ce document malheureux, beaucoup a été écrit sur le sujet et les incohérences, le manque de fondement théologique et le caractère inopportun du texte ont été soulignés. Je ne répéterai pas ce qui a déjà été dit. En tout état de cause, je recommande la vidéo [ICI en v.o.] du Père Santiago Martín sur le sujet, qui soulève des points très importants.

Je voudrais toutefois souligner certains aspects qui n’ont peut-être pas été suffisamment mis en évidence et qui, à mon avis, sont importants pour compléter le tableau de la situation dans laquelle nous nous trouvons.


Tout d’abord – et je reconnais qu’il s’agit là d’un non-argument -, il est pour le moins étrange, voire répugnant, qu’un personnage qui, en tant que prêtre, a écrit des livres expliquant les différences entre le baiser sur les lèvres et le baiser avec la langue, et entre l’orgasme féminin et l’insatiabilité sexuelle masculine, puisse, quelques années plus tard, rédiger et signer un document qui lacère la dévotion que nous, catholiques, professons à la Mater populi fidelis. Quelle autorité morale ou capacité de discernement théologique peut avoir un pornographe ? “No te hagás la rata cruel” .

D’autre part, tant le cardinal Fernández que ses porte-parole ont déclaré que ce document ne plairait pas aux « traditionalistes », et je trouve ici deux mensonges.

À ma connaissance, les seuls traditionalistes qui revendiquent avec ferveur et militantisme le titre de « corédemptrice » pour la Sainte Vierge sont les membres de la FSSPX. Et elle a tout à fait le droit de le faire, car tout au long de l’histoire de l’Église, de nombreuses congrégations ont défendu un titre ou une opinion théologique, même si celui-ci n’était pas défini comme un dogme. L’exemple le plus simple est celui des franciscains avec l’Immaculée Conception, qui en sont venus à s’opposer pour cette raison à saint Thomas d’Aquin lui-même. Ainsi, le « problème » de la corédemption n’est pas seulement un problème du monde traditionaliste, mais seulement d’une partie de celui-ci et, pire encore, ce n’est pas du tout un problème, ou du moins ce n’était pas un problème jusqu’à l’apparition du document.

Beaucoup considèrent, à juste titre selon moi, que les documents de Fernández répondent davantage à un besoin psychologique et biographique qu’à un besoin de l’Église universelle.

C’est ce qui s’est passé avec Fiducia supplicans (à ce sujet, il faudrait poser quelques questions au père Daniel Pellizzón, ancien secrétaire de François qui, par hasard, a été nommé à ce poste pratiquement au moment où Tucho a accédé à la fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. Rappelons que l’homélie de la première messe de Pellizzón a été prononcée par l’archevêque de La Plata de l’époque, Víctor Fernández, et qu’avant son ordination, il avait étroitement collaboré avec lui lorsqu’il était recteur de l’Université pontificale catholique argentine. Tout cela rappelle beaucoup Roger Peyrefitte et certains de ses livres [entre autres « Les amitiés particulières », ndt]), et c’est maintenant le cas avec Mater populi fidelis.

Les ex- élèves de Fernández à la faculté de théologie de l’UCA [Université catholique d’Argentine, ndt] se souviennent que le thème de la corédemption mariale l’obsédait et qu’il ne manquait jamais une occasion de s’exprimer contre ce titre marial. Il semblerait donc qu’une fois arrivé au sommet où il siège aujourd’hui, il se consacre à satisfaire toutes ses petites mesquineries et à chercher à se venger de ceux qu’il considère comme ses ennemis, sans se soucier du mal que ses misères peuvent causer à l’Église.


Un autre aspect à souligner est que avec son document, le cardinal Fernández a créé un problème qui n’existait pas. Comme je l’ai dit plus haut, le titre de « corédemptrice » n’impliquait ni discussions, ni querelles, ni conflits, ni divisions au sein de l’Église. Quelques-uns l’utilisaient et l’enseignaient, et une grande majorité restait silencieuse, l’acceptant et, plus encore, le célébrant dans la liturgie avec le titre analogue de « Médiatrice de toutes les grâces ». Ce qui s’est passé maintenant, c’est qu’on a secoué le nid de guêpes et, là où il n’y avait pas de problème, on a généré un épais nuage de guêpes qui s’attaquent les unes les autres, générant des divisions et des blessures, juste au moment où s’inaugure la papauté de Léon XIV qui se voulait une papauté d’unité.

Fernández n’avait-il pas prévu ce qui allait se passer ? S’il l’a fait et qu’il a quand même publié le document, cela implique une énorme irresponsabilité qui le disqualifie pour le poste qu’il occupe. S’il ne l’avait pas prévu, cela implique une incapacité monstrueuse qui le disqualifie également. Non seulement il a nui à l’Église, mais il a également nui à l’image du pape Léon et remis en question le programme du pontife.

Une fois de plus, “No te hagás la rata cruel” .

Ce qui s’est passé montre clairement, enfin, le manque de connaissance ou, en tout cas, le mépris du préfet pour les traditions et la conduite de l’Église. Nous célébrons les 1700 ans du Concile de Nicée, au cours duquel les deux natures du Christ ont été définies. Mais cette définition est venue après des décennies de discussions et de divisions très animées au sein de l’Église.

Plus d’un millénaire plus tard, la controverse De auxiliis, qui a opposé les dominicains et les jésuites dans des discussions très animées et des centaines de livres écrits, a été résolue par l’Église seulement un siècle plus tard en déclarant que les deux doctrines, celle des thomistes et celle des molinistes, pouvaient être maintenues. Le cardinal Fernández, en l’absence de conflit, de discussions théologiques et d’ouvrages spécialisés, se contente d’un document qu’il définit expressément comme « faisant partie du Magistère ordinaire de l’Église ».

Dans quel but ? Comme le dit le père Martín, Cui prodest ? À qui cela profite-t-il ? À personne, si ce n’est au démon et à la satisfaction de l’étroitesse d’esprit de Tucho.

“No te hagás la rata cruel” .

Mais il faut être honnête et reconnaître que cette situation révèle un problème encore plus grave. Celui qui a autorisé la publication de Mater populi fidelis est le pape Léon XIV, qui s’est présenté comme le pape qui ramènera l’unité dans l’Église après l’énorme fracture provoquée par le pontificat de François. Le document contredit cette intention pontificale, car il a ouvert une fracture énorme et profonde qui n’existait pas auparavant.

Pourquoi, alors, Léon a-t-il fait ce qu’il a fait ?

Je vois plusieurs réponses possibles :

  • l’intention de réunifier l’Église n’était qu’un écran utilisé pour apaiser certains esprits inquiets et n’est pas la véritable mission qu’il se propose.
  • ou bien il n’était pas conscient de la division qu’il provoquerait, ce qui est presque pire car cela indiquerait qu’il est un homme limité, incapable de prévoir les conséquences de ses actes.
  • ou encore il n’a pas suffisamment de personnalité pour freiner net les prétentions de Tucho ou les désirs posthumes de l’illustre défunt.

Quelle que soit la bonne réponse, il semble que nous soyons confrontés à un sérieux problème.

Si le Saint-Père accepte de manière synodale l’avis d’un pauvre laïc, je lui recommanderais d’agir rapidement pour empêcher que la fracture ne continue à s’étendre et à diviser toute l’Église. Qu’il accepte la démission du cardinal Fernández de son poste et qu’il nomme à sa place une personne compétente, sage et prudente, et qu’avec une certaine habileté juridique et élégance, s’il le préfère, qu’il annule le document à l’origine du conflit.

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