Grâce à l’IA (cf. Benoît XVI et les titres de la Mère du Christ), j’ai retrouvé la source des commentaires du pape théologien sur la Mère du Christ. Il s’agit du livre d’entretien avec Peter Seewald, publié en 2000, et paru en France sous le titre « Voici quel est notre Dieu » (2005. Ed Plon/Mame). Pas un traité de théologie, forcément ardu, car Joseph Ratzinger est un universitaire de premier plan, et un scientifique rigoureux, mais un magnifique ouvrage de vulgarisation au sens le plus noble du terme, qui a malheureusement disparu des étalages (alors qu’on trouve encore les pauvres pensées de François).

Un long chapitre de pas moins de 20 pages s’intitule justement « La Mère de Dieu ».

J’en ai extrait deux passages. Dans le premier, le cardinal parle de sa relation avec la piété mariale:

Question: Que signifie Marie pour vous, tout à fait personnellement ?
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Cardinal Ratzinger: Une expression de la proximité de Dieu. À travers elle, l’incarnation devient une réalité tangible. Il est émouvant que le Fils de Dieu ait une mère humaine et que nous soyons tous confiés à cette mère.

Lorsque Jésus, sur la croix, confie Jean à sa mère, sa parole dépasse de loin l’instant pour concerner toute l’histoire. Par cette recommandation, la prière à Marie ouvre à chaque homme un aspect particulier de la confiance en Dieu, de sa proximité, tout bonnement de la relation avec lui.

J‘ai été personnellement très marqué par le strict christocentrisme du mouvement liturgique, qui a été renforcé par le dialogue avec nos amis protestants. Mais en plus des fêtes mariales liturgiques, les dévotions mariales du mois de mai, le mois du rosaire, les pèlerinages, en un mot toute la dévotion mariale populaire, était très importante pour moi.

Plus j’avance en âge, plus la mère de Dieu devient importante et proche pour moi.

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(page 209)

Dans le second, le cardinal aborde explicitement la question du titre de « co-rédemptrice »

Question: Il reste que plus d’un million de croyants demandent que l’Église catholique déclare Marie co-rédemptrice. Cédera-t-on à ce souhait ? Ou s’agit-il d’une hérésie ?

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Cardinal Ratzinger: je ne crois pas qu’on satisfera ce souhait, exprimé entre-temps par plusieurs millions, dans un délai prévisible. La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi consiste à dire que ce qui est visé ici est déjà mieux exprimé par d’autres titres de Marie et que le concept de co-rédemptrice s’écarte aussi bien de l’Écriture que des écrits patristiques, ce qui suscite des malentendus.

Ce qui est juste dans cette appellation, c’est que le Christ ne reste pas extérieur et forme une nouvelle et profonde communauté avec nous. Tout ce qui est à lui sera nôtre, et tout ce qui est nôtre, il l’a fait sien. Ce grand échange est le contenu spécifique de la rédemption – notre libération et notre accès à la communion avec Dieu.

Parce que Marie anticipe l’Église comme telle, qu’elle est l’Église en personne, ce être avec est réalisé en elle de façon exemplaire.

Mais cette avec ne doit pas faire oublier le d’abord du Christ : tout vient de lui, comme le soulignent les Épitres aux Éphésiens et aux Colossiens.

Marie aussi est tout ce qu’elle est par lui. Le terme co-rédemptrice obscurcirait cette donnée originelle. Une bonne intention s’exprime dans un mauvais vocable. Dans le domaine de la foi, la continuité avec la langue de l’Écriture et des Pères est essentielle. La langue n’est pas manipulable à volonté.

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page 215-216
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