Les médias (enfin, ceux qui en ont parlé, c’est-à-dire une toute petite minorité) ont unanimement présenté le document de synthèse de la Commission d’étude sur le diaconat féminin comme la preuve que la porte restait fermée à clé. Statu quo ante, donc, ou plutôt enfumage, dans la grande tradition bergoglienne. Au grand dam des progressistes et surtout, au soulagement des conservateurs.
Tous seraient-ils dans le panneau grossier qui leur a été tendu?
Le pape, s’il veut redresser la trajectoire initiée par le rottomatore argentin n’aura pas la tâche facile. Si tant est qu’il le veuille vraiment, rien n’est moins sûr
[Dans le] document de synthèse de la Commission d’étude sur le diaconat féminin, est appliquée la ruse moderniste classique. Contredire ouvertement la tradition et la discipline est trop téméraire ? Alors faisons ainsi : étudions la question. Mettons en place des commissions. Disons que le problème est complexe et que le moment n’est pas encore venu. En attendant, semons le doute et faisons comprendre que le changement pourrait avoir lieu. Pas aujourd’hui, pas demain matin, mais peut-être la semaine prochaine.
La commission d’étude sur le diaconat féminin et les classiques ruses modernistes
Fenêtre d’Overton, pied dans la porte, grenouille bouillie. Appelez cela comme vous voulez, mais la stratégie est toujours la même : ouvrir une brèche pour rendre possible, et à un certain moment nécessaire, ce qui était auparavant impossible et impensable.
Je fais référence au document de synthèse de la Commission d’étude sur le diaconat féminin, texte dans lequel est appliquée la ruse moderniste classique. Contredire ouvertement la tradition et la discipline est trop téméraire ? Alors faisons ainsi : étudions la question. Mettons en place des commissions. Disons que le problème est complexe et que le moment n’est pas encore venu. En attendant, semons le doute et faisons comprendre que le changement pourrait avoir lieu. Pas aujourd’hui, pas demain matin, mais peut-être la semaine prochaine. Invoquons le recours au discernement – véritable mot magique dans le vocabulaire moderniste – et comptons sur le facteur temps : les fidèles oublieront peu à peu les paroles claires d’autrefois.
Les papes l’ont dit et répété : l’Église n’a pas le pouvoir d’inventer l’ordination des femmes. Elle ne l’a pas parce que le Christ ne la lui a pas donnée. Le canon 1024 du Code de droit canonique n’a pas besoin de s’étendre : « Seul un homme baptisé peut valablement recevoir l’ordination sacrée ». Cela vaut tant pour le presbytérat que pour le diaconat. Mais alors pourquoi créer une commission pour examiner la question et dire qu’elle est à l’étude ?
En 2016, François a tenté le coup avec la première commission diaconale. Il n’y a pas eu de consensus, alors on a poursuivi avec d’autres « approfondissements ». Une deuxième commission a été nommée et voici maintenant le document. Face à celui-ci, les conservateurs exultent : « Vous voyez ? La porte est fermée ». Ils n’ont pas compris. Peut-être ne veulent-ils pas comprendre.
Le document rappelle que, historiquement, il n’y a aucune preuve d’analogies sacramentelles entre les diacres masculins et les diaconesses, mais voici la faille : l’histoire seule ne donne pas de certitudes définitives. La décision, explique-t-on, doit être prise au niveau doctrinal. Le jugement n’est donc pas définitif. On peut donc y travailler. Pour l’instant, la réponse est non, et elle le sera probablement encore demain matin. Mais cela ne veut pas dire qu’il en sera de même la semaine prochaine.
Le groupe d’étude s’est divisé. Le non n’a pas été unanime. Il faut donc mener des investigations supplémentaires. N’en déplaise aux conservateurs, ce n’est pas exactement fermer la porte à clé. C’est un peu comme fermer la porte et laisser la clé sous le paillasson, accompagnée d’un panneau indiquant : « Revenez plus tard, lorsque la culture et la sensibilité auront évolué ».
Comme d’habitude, les titres des journaux sont trompeurs. « Le Vatican dit non aux femmes diacres ». Puis, dans l’article, voici la véritable nouvelle : « La commission a demandé des investigations supplémentaires ». Plus grave encore, les médias catholiques, ou prétendument catholiques, ont fait de même.
Les conservateurs qui exaltent Léon s’adressent aux traditionalistes avec un air triomphant : « Vous voyez ? Ce pape est de notre côté. L’horrible parenthèse bergoglienne étant close, le vent a tourné ». Ils ne voient pas, ou ne veulent pas voir, qu’il ne s’agit que d’un maquillage. Il n’est pas vrai que la commission ait dit non. La vérité, c’est que toute cette affaire des commissions a été montée de toutes pièces pour ouvrir une brèche. Et le jour viendra où quelqu’un soulèvera le paillasson, prendra la clé et ouvrira cette porte.
Peu importe que la tradition soit claire. Peu importe qu’il n’existe qu’un seul sacrement de l’ordre et que son sujet soit un homme. Peu importe que l’Orient et l’Occident soient d’accord sur ce point depuis deux mille ans. Ce qui compte, c’est de lancer des études et d’approfondir la question, car celle-ci, comme toutes les autres dans l’Église fluide, est ouverte, sujette à évolution. En attendant, nous recourons au discernement, quoi que cela puisse signifier. La tradition et la loi disent non ? Peu importe. Montrons qu’il existe une pluralité de perspectives théologiques et pastorales.
Le brouillard habituel. Car pour l’Église synodale, rien n’est stable et contraignant.
Et nous, fidèles catholiques, devrions-nous nous réjouir d’un faux « non » qui n’est qu’un « nous verrons », un « nous nous réunirons à nouveau », un « il faut faire preuve de discernement » ?
Voulons-nous vraiment nous laisser berner aussi facilement ?