L’expulsion

10 Déc 2023 | Actualités

Ici, le terme est à comprendre dans son sens « immobilier » (donc a priori sans rapport avec l’Eglise, mais on sait que c’est un sujet qui tient particulièrement à cœur au pape éminemment « spirituel » qu’est François), c’est l’expulsion de son appartement propriété du Vatican qu’a dû subir le cardinal Burke. Selon Mgr Aguèr, l’archevêque émérite de la Plata, c’est le principe péroniste qui s’applique: « pas de pitié pour l’ennemi »… surtout quand l’ennemi est soupçonné de « traditionalisme »

La fâcheuse mesure d’expulsion exprime la suspicion généralisée à l’égard des évêques qui semblent « traditionalistes ». On se méfie d’eux parce qu’on est en réalité mal à l’aise avec la Tradition.

L’expulsion.

« Pas de justice pour l’ennemi ».

C’est ainsi que fonctionne la miséricorde de François le péroniste.

Mgr Hector Aguér
Archevêque émérite de La Plata (Argentine)
www.aldomariavalli.it
10 décembre 2023

L’affaire a fait le tour des journaux télévisés, en Argentine aussi. Le pape a expulsé le cardinal Raymond Leo Burke de son appartement situé dans un immeuble appartenant au Vatican, Via della Conciliazione, à Rome. La nouvelle, bien que brève, a été illustrée par une photo de son éminence portant l’habit de cardinal. L’expulsion est une réaction du pontife contre l’un de ses détracteurs les plus constants. L’instigateur serait le cardinal préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, l’Argentin Víctor Manuel « Tucho » Fernández.

Rome ne tolère pas la critique, considère ceux qui critiquent comme des ennemis et applique à leur encontre le principe péroniste : « Pas de justice pour l’ennemi ». C’est ainsi que Mgr Joseph Strickland a été démis de ses fonctions dans le diocèse de Tyler au Texas.

Par ailleurs, il convient de rappeler ce dont parle l’apôtre Paul au chapitre 2 de sa lettre aux Galates. Après sa conversion, il s’est rendu à Jérusalem pour voir Pierre (Ga 2,1). Mais plus tard, à Antioche, il a dû affronter Pierre face à face (Ga 2,11-21), lui reprochant son hypocrisie à l’égard des païens christianisés. La relation entre les deux apôtres s’est renforcée dans la Vérité, et ce modèle devrait régir la relation du successeur de Pierre avec les successeurs des apôtres. Mais le pape se méfie des évêques qui semblent « traditionalistes ».

Certaines interprétations, en réalité fondées sur des critères plus politiques que théologiques, affirment que François, par son comportement à l’égard des conservateurs – comme, par exemple, l’Église américaine – et des progressistes (synode allemand), se pose en garant de l’unité de l’Église. C’est ce que dit l’ineffable Elisabetta Piqué, correspondante en Italie de La Nación à Buenos Aires, mais cette vision cache le fait qu’en réalité, le Saint-Père promeut ce qu’il appelle les « nouveaux paradigmes » et pousse l’Église dans cette direction.

La révocation du cardinal Burke a été une décision extrême et impopulaire. La majorité traditionaliste des États-Unis a été répudiée en la personne d’un ecclésiastique admiré et aimé. Il convient de mentionner en passant qu’il est l’auteur, avec ses collègues Meisner, Brandmüller et Caffarra, des dubia sur le chapitre huit d’Amoris laetitia, auxquels le pontife n’a pas daigné répondre. Mais la fâcheuse mesure d’expulsionest une mesure qui exprime la suspicion généralisée à l’égard des évêques qui semblent « traditionalistes ». On se méfie d’eux parce qu’on est en réalité mal à l’aise avec la Tradition. Le cas de Mgr Strickland, destitué par vengeance, explique aussi pourquoi certains évêques sont « miséricordiés » [c’est fou le nombre de barbarismes linguistiques forgés ou inspirés par François!, ndt] immédiatement, deux ou trois jours seulement après leur fatidique 75e anniversaire (bien sûr, ils avaient envoyé leur démission bien avant, comme c’est la norme), alors que dans d’autres cas, le pape leur épargne ce destin [comme c’est arrivé à Mgr Agüer lui-même]

Le véritable problème réside dans la disposition de soixante-quinze ans, contraire à toute la Tradition, promulguée par Paul VI en 1969

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