Et il continue à gouverner. Selon le vaticaniste italien, c’est l’avertissement que François, de son propre chef (donc à l’inverse de ce qu’affirme un autre spécialiste, qui le connaît peut-être mieux, Luis Badilla, cf. Message audio du pape. Luis Badilla: était-ce bien nécessaire?) a voulu envoyer au monde – et accessoirement à ses frères cardinaux- à travers le message audio enregistré jeudi dernier sur son lit de douleurs de Gemelli. Sur le second point, vu son extrême faiblesse, on peut avoir des doutes fondés. Sur le premier , on ne le contredira pas. Avec toutefois une nuance de taille: c’était sans doute sa ferme intention il y a encore un mois. Mais aujourd’hui, les choses dépendent-elles encore de lui?
Faire entendre sa voix reflète plus que tout la volonté précise du Pape de rester sur la scène.
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Le pape François ne renoncera pas à sa charge. Il veut rester jusqu’à la dernière minute.
Andrea Gagliarducci
Pape François : Une voix venue de son lit de malade
Andrea Gagliarducci
www.mondayvatican.com/vatican/pope-francis-a-voice-from-the-sickbed
Lundi 12 mars 2025
La première « preuve de vie » du pape François depuis son entrée à l’hôpital le 14 février est apparue la semaine dernière, sous la forme d’un message audio enregistré, diffusé aux fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre dans la soirée du jeudi 6 mars, avant le chapelet nocturne pour sa santé.
Aucune photo du pape à l’hôpital n’a été diffusée, et le pape n’a jamais été vu. L’accès à sa chambre est restreint et très peu de personnes sont autorisées à le rencontrer.
Le message du pape François a été très court, prononcé dans sa langue maternelle, l’espagnol, d’une voix fatiguée, épuisée par la maladie. Au-delà des mots de remerciement, le message témoigne de deux choses : le pape François ne va vraiment pas bien, et le pape François n’a absolument pas l’intention de se retirer. En fait, tout indique qu’il nourrit le désir de revenir sur scène en tant qu’acteur de premier plan.
En ces jours d’hospitalisation, le pape François n’a jamais formellement cessé de travailler [???]. Le pape François n’a jamais vraiment délégué non plus. Il a toujours pris personnellement les décisions [???] qu’il considérait comme les plus importantes, et il n’a jamais vraiment créé d’équipe autour de lui. Les secrétaires particuliers ont souvent changé, tout comme ceux qui constituent la « vraie » cour papale, une série de personnages qui gravitent autour du pape François et qui, parfois, orientent ses choix.
Maintenant que le pape est à l’hôpital, ce vide autour de lui se fait sentir. Le pape François voulait être un homme seul aux commandes et il n’y avait pas d’autres intermédiaires entre lui et les décisions.
Faire entendre sa voix reflète donc plus que tout la volonté précise du Pape de rester sur la scène. Fatiguée, presque sans force, la voix du Pape dit à tous qu’il est vrai que le Pape ne reviendra certainement pas à sa vie d’avant, mais qu’il veut revenir. C’était aussi un message à ceux qui spéculaient sur son éventuelle renonciation à la papauté. Le pape François ne renoncera pas à sa charge. Il veut rester jusqu’à la dernière minute.
Et puis, il y a d’autres circonstances à prendre en compte.
Le pape François n’a jamais donné de cadre juridique à la figure de pape émérite au cours de ces douze années, bien que Benoît XVI ait vécu pendant près de dix ans au Vatican avec ce titre. Le pape n’a même pas donné de cadre juridique à la question d’un éventuel « pape empêché ».
Bref, que se passerait-il si le pape, au cours de ses séjours à l’hôpital, se trouvait dans un état physique si invalidant qu’il ne pourrait plus gouverner ?
Il n’existe pas de règles dans l’Église qui définissent cette éventualité, mais un groupe d’universitaires internationaux, dirigé par le professeur Geraldina Boni, a lancé le « Progetto Canonico Sede Romana » ,une plateforme pour discuter d’éventuelles propositions législatives visant à définir la figure du pape émérite et à établir certaines règles en cas d’empêchement du pape.
Il est toutefois peu probable que le pape François s’attaque à ce vide juridique. Il ne l’a pas fait en neuf ans de cohabitation avec le pape émérite et il est peu probable qu’il le fasse maintenant.
De même, il semble peu probable que le pape François modifie les règles du conclave, ce que beaucoup redoutent. Le pape ne les a pas modifiées depuis douze ans et il sait qu’un changement maintenant reviendrait à montrer à l’opinion publique qu’il veut contrôler son élection. Il pourrait décider de ne pas s’en occuper.
Mais le pape François est très sensible à l’image qu’il donnera à la postérité.
Malgré les bulletins médicaux encourageants, il semble aussi que le temps manque pour une véritable réforme structurelle sur des questions aussi importantes. Quand Benoît XVI a décidé de modifier les normes du Conclave pour lui permettre de commencer avant même les quinze jours requis à partir du début de la sede vacante, il n’a pas été en mesure de procéder à une réforme structurelle. Il a fait un motu proprio, avec de légères modifications, surtout cérémonielles.
Le pape François a légiféré par le biais de motu proprio plus que tout autre pape dans l’histoire récente. Il pourrait également emprunter cette voie dans le cas présent. Il semble toutefois peu probable qu’il utilise le peu d’énergie dont il dispose actuellement pour entamer une réforme qui n’aura peut-être même pas d’effets concrets.
Le pape François a déjà élargi la participation au conclave, dépassant le plafond de 120 cardinaux établi par Paul VI et créant des cardinaux de toutes les parties du monde, comme si toutes les parties du monde devaient être représentées dans le collège des cardinaux et ensuite dans le choix du nouveau pape. Le pape François a dérogé aux règles pour élargir la base électorale sans les changer. Il peut faire de même tant qu’il est en vie.
Si le pape gouverne et veut continuer à gouverner, pourquoi toutes ces rumeurs sur sa démission ?
Parce que, comme toujours à la fin d’un pontificat, les choses commencent à être redéfinies. Les cardinaux, en parlant de sa démission, ont aussi fait part de leur vision de l’Église. Certains sujets, avec le prochain pontificat, sont destinés à prendre de l’ampleur, d’autres sont destinés à connaître un regain d’intérêt.
La synodalité, par exemple, sera bientôt mise de côté. Nous reviendrons probablement à l’idée d’une présence vivante dans la société, une Église qui sait aussi être un « guerrier culturel » pour rétablir les vérités de la foi. Une main sera tendue aux fidèles de la messe traditionnelle, que ce pontificat a pratiquement exilés.
Il ne s’agira pas d’une révolution ou d’une restauration. Ce sera la recherche d’un équilibre là où les blessures ont été dures et difficiles à guérir. Les rumeurs et les spéculations nous le disent.
Le fait que le Pape François ait accepté d’envoyer un message audio nous indique que le Pape ne veut pas abandonner.
Étrange situation que celle dans laquelle se trouve l’Église aujourd’hui.

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