Le parcours d’AM Valli, ex-vaticaniste de la télévision publique italienne (l’un des relais de pointe du mainstream religieux en Italie), passé progressivement de l’accueil bienveillant au doute puis à la critique sans concession, me semble emblématique d’une déception généralisée, même si peu ont eu son courage pour exprimer publiquement leur opposition, que lui-même a payée très cher, y compris dans le cadre professionnel. Son témoignage a donc une valeur spéciale, puisqu’il connaît très bien, et de l’intérieur, le caractère du pape… et les arcanes du Vatican.
Bergoglio, douze ans. Un pontificat ruineux
Aldo Maria Valli
www.aldomariavalli.it/2025/03/13/bergoglio-dodici-anni-un-pontificato-rovinoso/

Nous ne savons pas si, quand et comment Bergoglio reviendra à Sainte Marthe et si et comment il pourra gouverner. En attendant, à l’occasion de l’anniversaire de son élection (13 mars 2013), je résumerai mon regard sur ce pontificat en trois mots : déception, découragement, » gratitude « . Et j’expliquerai l’apparente contradiction entre les deux premiers et le troisième, et pourquoi ce dernier est entre guillemets.
Déception.
Au départ, j’étais de ceux qui croyaient en François. Je pensais qu’après la démission de Benoît XVI, au terme d’un règne marqué par une véritable persécution contre la figure papale, le pape venu du bout du monde pouvait marquer un tournant et donner un nouvel élan à l’Église.
Mais j’ai vite commencé à avoir des doutes. Je voyais que sa miséricorde ressemblait trop à un coup d’éponge et que son idée du pardon était à la limite d’un pardonnisme qui niait la doctrine et se résumait à une adhésion à la pensée du monde.
En même temps, je découvrais la double personnalité du pape : amical à l’extérieur, dur et autocratique à l’intérieur. Synodal en paroles, despotique en actes.
D’où un sentiment croissant de déception, qui s’est concrétisé lors de la parution de Amoris laetitia, lorsque j’ai dû prendre acte du fait que le pape s’était ouvert au relativisme moral. D’où mes critiques, que j’ai toujours essayé d’exprimer de manière respectueuse, mais qui ont peut-être été exacerbée justement par le découragement ressenti par ceux qui vivent une sorte de trahison.
Découragement
Voir le pape s’aplatir devant la pensée dominante et, au lieu de proposer la voie étroite du salut, s’engager dans une voie large qui lui a valu les applaudissements du monde, a nourri en moi de la perplexité, mais surtout une profonde tristesse.
Pierre ne remplissait pas sa tâche. Pierre ne me confirmait pas dans la foi, mais il semblait désireux de confirmer les lointains dans leur éloignement. Son hostilité à l’égard de la tradition me semblait railleuse. Pourquoi se comportait-il ainsi ? Pourquoi était-il accueillant envers les ennemis de l’Église et implacable envers les catholiques soucieux de sauvegarder la tradition ? À qui répondait-il ? Pourquoi semblait-il désireux d’aligner l’Église sur un humanitarisme vague et certainement pas catholique ? Et pourquoi l’a-t-il fait au moment même où les nouvelles générations (laïcs et clercs) réclamaient du sérieux et de la rigueur dans la doctrine ?
Autres source de découragement, voir la parole du pape réduite à un discours de bistrot. Le voir prendre le parti des maîtres de la pensée lors de l’expérience sociale qui a pris le nom de pandémie. Voir son mépris de la justice et du droit dans la gestion des affaires du Vatican. Toucher de la main sa vanité déguisée en bonté.
« Gratitude » .
Paradoxalement, j’ai fini, d’une certaine manière, par lui être reconnaissant. Son contre-témoignage m’a ouvert les yeux. J’ai vu qu’il n’était que le dernier maillon d’une longue chaîne dont les origines se trouvent dans un modernisme aux racines profondes. Ce fut comme une révélation. Le pape Bergoglio m’a éclairé. Les problèmes avaient commencé bien avant son avènement. La trahison était bien plus ancienne.
De temps en temps (comme une horloge cassée qui sonne la bonne heure deux fois par jour), le pape disait encore quelque chose de catholique, mais c’était un Pierre déformé.
J’ai commencé à avoir pitié de lui.
Les historiens de l’Église pourront en dire plus. Il est temps de prier pour l’âme d’un pape vieux et malade qui, au lieu d’être un roc et un signe de contradiction, a préféré courir après le monde. Ce qui, pour l’Église, est toujours une source de ruine certaine.
________________________________

0 commentaires