Le 6 mars, dans une interview accordée au Catholic Herald, le cardinal Roche, préfet du Dicastère du culte divin et ennemi acharné de la liturgie traditionnelle, a déclaré qu’il n’y avait « rien de mal à participer à la messe célébrée selon le missel de 1962 ». Une déclaration qui contredit frontalement ses précédentes prises de position. De là à voir dans ses propos une tentative de « dédiabolisation » auprès de la frange la plus conservatrice du Sacré collège dans la perspective du prochain conclave…
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Mais plus que cet étonnant retournement de veste, c’est la fausseté des affirmations du préfet sur l’insignifiance numérique des amoureux de « la messe en latin » qui retient l’attention du Wanderer. En réalité, ce qui est peut-être en train de se profiler, à l’insu des survivants du modernisme post-conciliaire (qui regardent ailleurs et ne comprennent rien), c’est un changement total du paysage ecclésial.
L’universitaire français Vincent Herbinet soutient la thèse que dans les communautés traditionalistes et charismatiques, il existe une sorte de porosité entre les catholiques [des rites] « ordinaires » et « extraordinaires » qui pourrait être un élément possible de la réorganisation du tissu ecclésial et territorial.
Déclarations du Cardinal Arthur Roche

Le cardinal Roche, préfet du Dicastère du culte divin et persécuteur acharné de la liturgie traditionnelle, humant le conclave, essaie de changer de bateau. Il a donc donné une longue interview à un média anglais (The Catholic Herald) dans laquelle il laisse entendre que désormais la liturgie qu’il a bannie n’a rien de répréhensible… bref, de nombreux médias se sont fait l’écho de ce changement. Mais il a également affirmé que « en termes numériques, ceux qui assistent à la messe traditionnelle sont une minorité dans l’Église, même si ses défenseurs sont particulièrement bruyants ».
C’est le discours habituel, mais il est important d’en démontrer la fausseté.
Le cardinal Roche a raison si l’on compare le nombre de catholiques fidèles à la messe traditionnelle à la population mondiale ; il est négligeable aussi si on le compare au nombre de baptisés et encore négligeable si l’on prend en compte les baptisés qui se perçoivent et se proclament catholiques. Mais si on les compare à ceux qui se donnent la peine de se former sérieusement à la foi et qui ne se contentent pas de lire à la hâte les banalités dont les évêques et les curés essaient de les gaver, la proportion change nettement. Je ne dirai pas qu’ils sont majoritaires, bien sûr, nous en sommes loin, mais ce groupe des catholiques « sérieusement engagés » n’est pas opposé à la messe traditionnelle ; ils n’y assistent pas et ne sont peut-être même pas intéressés à y assister, mais ils ne la combattent pas.
C’est là le sophisme du cardinal Roche : en termes numériques, il s’agit certainement d’une minorité insignifiante, mais elle n’est pas insignifiante si on la compare aux catholiques sérieusement pratiquants.
Et s’il n’en était pas ainsi, on ne comprend pas pourquoi le dicastère qu’il préside s’est donné la peine de rédiger un motu proprio, intitulé par dérision Traditiones custodes, visant précisément à anéantir ces « minorités bruyantes ». Aucune personne sensée ne se donnerait autant de mal pour eux si ces minorités étaient si minoritaires.
Mais allons plus loin. Le pèlerinage de Paris-Chartres devrait être cette année le plus important de son histoire : plus de vingt mille personnes marcheront pendant trois jours et la messe, contrairement à ce qui a été dit, sera célébrée à l’intérieur de la cathédrale millénaire.
Ce fait, qui se reproduit dans plusieurs pays du monde, montre que le paysage diocésain est en train de changer plus ou moins fortement dans tous les diocèses, en mutation par rapport à ce qui était le modèle standard depuis les années 1970. D’une part, parce que le catholicisme est devenu minoritaire dans la société. D’autre part, les fidèles qui fréquentent encore régulièrement les offices religieux attendent une nourriture beaucoup plus solide et vigoureuse que la génération précédente, qui se contentait d’un « Prends ma main, mon frère ». Peu à peu, ils se sont rendu compte du manque de substance du discours horizontaliste et sociologique de la période post-conciliaire (ceux qui ne s’en rendent pas encore compte, hélas ! ce sont les évêques).

Les jeunes générations de catholiques pratiquants sont clairement engagées dans une position beaucoup plus testimonial de l’être catholique, et les quelques jeunes qui frappent encore aux portes des séminaires sont, pour la plupart, des catholiques classiques.
L’universitaire français Vincent Herbinet [cf. Les espaces du catholicisme français contemporain, ndt] soutient la thèse que dans les communautés traditionalistes et charismatiques, il existe une sorte de porosité entre les catholiques [des rites] « ordinaires » et « extraordinaires » qui pourrait être un élément possible de la réorganisation du tissu ecclésial et territorial. Globalement, la génération des jeunes prêtres, en revalorisant l’adoration du Saint Sacrement, la confession, la liturgie soignée, la prédication sur les thèmes classiques de la foi, l’enseignement doctrinal dans la catéchèse, pourrait en effet conduire à une itinérance des catholiques les plus jeunes (les moins de 45 ans), entre les voies du rite conciliaire et celles du rite traditionnel.

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