Par petites touches, avec de « petits gestes » qui sont autant de signaux envoyés aux initiés, Léon XIV va peut-être réussir à changer pas mal de choses, celles qui, sous le pontificat précédent, avaient pris une direction pour le moins biaisée. C’est l’inverse de la « méthode Bergoglio », qui avait annoncé d’emblée, y compris à travers des signes lisibles par tous, son intention de TOUT casser.
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Ainsi en est-il du discours prononcé par Léon XIV devant les employés de l’Etat de la Cité du Vatican. Le Pape canoniste a subtilement fait comprendre que c’en était fini de la « vaticanisation du Saint-Siège », c’est-à-dire de la confusion entre le pouvoir temporel d’un Etat (le Vatican), et celui, spirituel, d’une institution divine (le Saint-Siège), dont l’affaire Becciu a été l’un des symptômes les plus évidents – mais pas le seul.
Le pape canoniste
Entre les lignes de Léon XIV, le tournant de la loi vaticane
Lors de la rencontre du Pontife avec les employés de la Curie une phrase a semblé sonner la fin de la « vaticanisation » qui, ces dernières années, a occulté la dimension canonique et la mission du petit État. Avec de graves conséquences et injustices.
Nico Spuntoni
lanuovabq.it (extraits)
26 mai 2025

Le discours de Léon XIV aux employés de la Curie a été accueilli par des applaudissements nourris, et pas seulement en raison du rétablissement de la prime – la prime accordée à l’occasion de l’élection du nouveau pape – que François avait annulée à l’occasion de son élection.
« Les papes passent, la Curie reste » : six mots qui sont aussi un manifeste programmatique et un signe indéniable de discontinuité.
Malgré la tentative forcée de présenter Prévost comme le « dauphin » choisi par Bergoglio, sur la base de rencontres de routine à Sainte Marthe [cf. Les bergogliens font le forcing pour enrôler Léon XIV], le nouveau pape entend être un pape à sa manière, sans être une photocopie de qui que ce soit. Au contraire.
Pendant douze ans, la Curie a été la victime désignée des récriminations papales, mais aujourd’hui, elle est exaltée comme un organisme destiné à « survivre » à toute autoréférence de la part de ceux qui sont momentanément au pouvoir. Ceux qui s’obstinent à nier que quelque chose a changé ne disent tout simplement pas la vérité.
Mais le passage le plus important du discours de samedi de Léon XIV est autre et vous le trouverez [en lisant] entre les lignes, comme jeté là sans le vouloir. Ce n’est évidemment pas le cas, car Prévost ne parle ni n’agit jamais par hasard. Expliquant que « travailler à la Curie romaine signifie contribuer à maintenir vivante la mémoire du Siège apostolique », Léon a ajouté une note:
« par analogie, cela peut également être dit des services de l’État de la Cité du Vatican ».
D’un point de vue juridique, cette affirmation revient à réaffirmer une vérité sacrée souvent oubliée dans les dernières années du pontificat bergoglien : la loi vaticane ne peut se détacher du droit canonique, qui est sa source principale. Le droit du Vatican est un ordre étatique et donc distinct du droit canonique, mais il lui est en quelque sorte subordonné. De plus, l’ordre canonique est immunisé contre l’insertion de tout élément juridique en opposition à la loi divine, et par conséquent, l’ordre du Vatican est également immunisé.
Ce fait a été sérieusement menacé au cours des douze dernières années par les nombreuses interventions normatives qui ont affecté le système juridique de l’État du Vatican. [On a assisté à] une « italianisation de la structure judiciaire du Vatican » qui a donné lieu au procès bâclé du cardinal Angelo Becciu et qui, parmi ses implications, a également donné un rôle croissant à la composante médiatique.
Par ce simple « par analogie », le canoniste Prévost semble rétablir avec nonchalance [en français dans le texte] l’état des choses : la fonction de la Cité du Vatican est exclusivement de garantir l’indépendance et la liberté du Saint-Siège.
Aujourd’hui, Léon XIV semble vouloir tourner une page et s’appuyer sur les certitudes de cette « mémoire historique » gardée par la Curie et sans laquelle, dit-il, on « perd le sens du chemin ».
Face à de telles prémisses, il n’est pas irréaliste d’attendre un frein au processus de « vaticanisation » du Saint-Siège engagé ces dernières années par la progression d’homines novi laïcs à des postes clés.
D’autre part, les plaintes formulées par les cardinaux lors des congrégations générales et surtout les suites peu édifiantes de l’affaire Becciu sont encore présentes dans l’esprit de Léon XIV. Les cardinaux étrangers, peu au fait de l’affaire et arrivés à Rome avec quelques préjugés, ont finalement été scandalisés par la manière dont leur frère sarde a été « liquidé ». Il n’y a pas de logique d’appartenance derrière cette intolérance si l’on pense que l’un des plus indignés par le traitement réservé à Becciu était un jeune cardinal ultra-bergoglien, auteur de l’intervention la plus progressiste du pré-conclave. La réponse de la Sixtine montre que la question n’est pas sans importance.
L’affaire Becciu est la pointe de l’iceberg de la tendance autonomiste que certaines strates de l’État ont manifestée à l’égard de la Curie, avec la bienveillance de François. Dans cette « vaticanisation » dont la Curie avait précisément identifié la cible principale et aussi la plus facile, la machine de communication du Vatican a apporté une contribution significative.
(…)
Un autre court-circuit de la « vaticanisation » et du soutien que lui apporte la machine de communication aux mains des laïcs a été constaté, toujours à propos de l’affaire Becciu, à propos de la liste des cardinaux publiée et mise à jour par le Bureau de presse du Saint-Siège. Les deux documents attribués à François, qui ont mis l’ancien Substitut hors-jeu et qui ont été montrés pour la première fois à la Congrégation générale, datent de septembre 2023 et de mars 2025. Cependant, le Bureau de presse a inclus Becciu dans la liste des « non-électeurs » dès le lendemain de l’audience avec François le 24 septembre 2020 et l’a laissé dans le bulletin officiel. Sur quelle base Matteo Bruni [le directeur du Burau de presse] a-t-il fait ce choix si le premier acte d’exclusion de Becciu de la Sixtine n’a été signé que trois ans plus tard ?
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Le discours de Léon XIV à la Curie réitère son intention d’« accorder les différents instruments de musique » à la suite de ce que l’Esprit Saint a fait dans la Chapelle Sixtine, mais il le fera en respectant et non en renversant les hiérarchies qui ont toujours existé dans les Palais sacrés.

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