J’ai repris hier l’article de Silere non possum (cf. Comment éradiquer la présence chrétienne en Terre Sainte à coups de brimades financières), qui dénonçait – non sans couragedans le contexte actuel – les mesures des autorités israéliennes pour chasser les chrétiens de la Terre Sainte, au mépris de tous les accords internationaux, et surtout dans le silence assourdissant des gouvernements et des médias du monde entier.
« La seule voix qui continue de s’élever est celle du pape Léon XIV », dit Nicola Scopelliti dans la NBQ.
Oui, mais ses accusations sont seulement indirectes (cette fois, le contexte était le conflit qui oppose l’Archipel des Chagos au gouvernement britannique autour du rattachement à la République Maurice). La diplomatie lui impose évidemment de ne pas en dire plus, et en particulier de ne pas prononcer le mot « Gaza ».
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Et pendant ce temps, dans la bande de Gaza, on continue de mourir, notamment de faim.
Israël, les comptes du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem bloqués
Nicola Scopelliti
lanuovabq.it
25 août 2025
Les chrétiens de plus en plus dans le collimateur des autorités israéliennes, tentatives d’étendre une colonie en occupant les terres d’un monastère orthodoxe près de Jéricho. Pendant ce temps, l’occupation de Gaza City se poursuit. Protestations contre le feu vert donné à la colonie qui divisera la Cisjordanie en deux.
Après Gaza, Israël s’en prend désormais aux chrétiens de Jérusalem.
Pour l’instant, seulement les chrétiens orthodoxes. Une décision surprise a bloqué les comptes bancaires du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Une mesure adoptée par les autorités, qui viole de manière flagrante le status quo, un pacte séculaire datant de 1852 qui régit la gestion des lieux saints et établit les droits et devoirs des différentes confessions religieuses, notamment les grecs orthodoxes, les latins, les arméniens, les franciscains, les coptes, les éthiopiens et d’autres petites confessions chrétiennes, afin que chacun puisse exercer ses fonctions liturgiques et administratives dans un contexte de respect mutuel.
Ce n’est toutefois pas la première fois que les autorités israéliennes tentent d’entraver la présence des groupes chrétiens. Parmi les derniers épisodes, il faut mentionner la prétention d’étendre une colonie, érigée comme toujours en violation du droit international, en occupant les terres du monastère orthodoxe de Saint-Gérasime (Deir Hijla), près de Jéricho, l’une des plus anciennes implantations chrétiennes de toute la Terre Sainte.
Comme d’habitude, l’occupation suit un certain rituel : d’abord, le drapeau israélien est hissé sur le terrain, puis des palettes en bois, quelques chaises et autres bric-à-brac sont abandonnés, et ce terrain devient dès lors la propriété des colons.
C’est ce qu’a fait, en 2001, un groupe de juifs ultra-orthodoxes qui s’y sont installés et ont baptisé ce nouveau village illégal Machana Nevo, juste aux portes du monastère aujourd’hui pris pour cible par les colons. Il y a maintenant une quarantaine d’habitations, pour la plupart des maisons préfabriquées.
« Ces actions s’inscrivent dans une politique systématique visant à éliminer la présence chrétienne réelle en Palestine et à priver ces territoires de leurs institutions religieuses historiques », affirme le Comité supérieur pour les affaires ecclésiastiques de Palestine. Un appel a également été lancé aux Églises et aux institutions chrétiennes du monde entier afin qu’elles entreprennent « des actions politiques, juridiques et médiatiques immédiates pour mettre fin à ces violations et défendre la liberté des Églises d’accomplir leur mission spirituelle et humanitaire. Protéger les Églises en Palestine – peut-on lire dans la déclaration du Comité – est une responsabilité commune et un héritage historique ».
Ces dernières années, les Églises de Jérusalem-Est occupée ont dû faire face à une demande massive de taxes de la part d’Israël, tandis que les autorités sont accusées de permettre à des groupes de colons de s’emparer de biens ecclésiastiques, notamment dans le quartier de la porte de Jaffa, dans la vieille ville.
Alors qu’à Gaza, l’ordre a été donné d’occuper la ville et d’évacuer un million d’habitants vers le sud, en Cisjordanie, les actions punitives des colons ultra-orthodoxes se multiplient, qui détruisent d’abord, puis chassent les habitants de leurs maisons. La colère et l’inquiétude règnent parmi les habitants de Cisjordanie suite à la récente approbation par le gouvernement israélien de la construction d’environ 3 400 nouveaux logements, qui diviseront la Palestine en deux, balayant définitivement la proposition « deux États, deux peuples » et réduisant ainsi à néant les accords d’Oslo. Tout cela pour réaliser le grand rêve du Premier ministre Benjamin Netanyahu, resté jusqu’à présent dans les tiroirs, celui d’une Grande Jérusalem, en incorporant dans le territoire de Jérusalem les colonies israéliennes situées sur le sol de la Cisjordanie, en direction du sud-est. Ce projet avait déjà été bloqué par les États-Unis dans le passé, car il était considéré comme un obstacle majeur à la paix au Moyen-Orient. Aujourd’hui, l’Amérique de Donald Trump, après avoir changé d’avis, soutient indirectement cette nouvelle initiative provocatrice.
Alors que les chars israéliens sont aux portes de Gaza et encerclent la ville, les avions et l’artillerie larguent sans ménagement des bombes sur ce qui reste encore debout après près de deux ans de guerre, afin de faciliter le travail des bulldozers qui devront ouvrir la voie aux soldats, eux-mêmes précédés par des véhicules blindés.
Dans la seule journée d’hier, plus de trente personnes ont été tuées.
L’opération « Les Chars de Gédéon 2 » a commencé, une fois de plus, sans tenir compte des appels des chancelleries. L’un des ministres les plus influents et les plus écoutés du gouvernement Netanyahu, le responsable ultra-orthodoxe du ministère des Finances, Bezalel Smotrich, affirme clairement que le gouvernement israélien se moque de l’avenir des Palestiniens de Gaza : « Nous avons ordonné une opération rapide. Ils peuvent les assiéger immédiatement. Ceux qui n’évacuent pas doivent être encerclés. Sans eau, sans électricité, ils peuvent mourir de faim ou se rendre. C’est ce que nous voulons et nous sommes en mesure de le faire ».
Et dans la bande de Gaza, on continue de mourir, notamment de faim. L’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), un organisme soutenu par les Nations Unies et chargé de surveiller la sécurité alimentaire, a publié une note dans laquelle il souligne que tout retard supplémentaire, même de quelques jours, entraînerait une escalade totalement inacceptable de la mortalité liée à la famine. Mais pour le Premier ministre Netanyahu, les affirmations de l’organisme des Nations unies ne correspondent pas à la réalité : « Le rapport est faux et repose sur des données partielles et biaisées ainsi que sur des informations superficielles provenant du Hamas, une organisation terroriste ». Pourquoi alors ne pas permettre aux journalistes étrangers d’entrer dans la bande de Gaza et de vérifier qui dit la vérité ?
Samedi dernier, des milliers de personnes se sont rassemblées à Tel-Aviv et dans tout Israël pour les manifestations hebdomadaires habituelles, demandant au gouvernement israélien de trouver un accord avec le Hamas afin de garantir la libération des otages et un cessez-le-feu dans la bande de Gaza ; dans le même temps, plusieurs milliers de manifestants, arabes et juifs, se sont rassemblés pour une manifestation contre la guerre.
Il y a des interrogations, qui aujourd’hui, lundi, après 689 jours, restent sans réponse.
- Pourquoi les États arabes restent-ils silencieux, ne publiant que sporadiquement des déclarations ?
- Est-il plus important de ne pas remettre en question les « accords d’Abraham » ou de sauver la vie de millions de Palestiniens ?
- Pourquoi l’Union européenne, si attentive à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, n’impose-t-elle aucune sanction à Israël ?
La seule voix qui continue de s’élever est celle du pape Léon XIV qui, samedi 23 août, faisant référence à l’affaire de la restitution des îles Chagos à la République de Maurice, a réaffirmé un principe qui s’applique également à la situation au Moyen-Orient : « Tous les peuples, même les plus petits et les plus faibles, doivent être respectés par les puissants dans leur identité et leurs droits, en particulier le droit de vivre sur leurs terres ; et personne ne peut les contraindre à un exil forcé ».

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