Après avoir lu Sandro Magister, il va devenir compliqué de dire que le successeur de François est encore une énigme. Bien au contraire, son chemin devient de plus en plus clair.
Le grand vaticaniste italien, désormais à la retraite, mais toujours aussi perspicace (et bien informé), sans porter de jugement, mais avec une distance subliminalement ironique, décrypte les récents propos à bâtons rompus du pape sur la peine de mort et l’avortement et les met en parallèle avec le discours prononcé en 2023 au Pérou par le cardinal Prevost. Aucun doute n’est plus permis, Léon XIV est un progressiste, modéré mais convaincu, dont les références sont plus à rechercher chez le cardinal Bernardin (et son successeur à Chicago, Cupich) et chez El Papa, que chez Benoît XVI.
Nous voilà prévenus.
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Une analyse du discours prononcé en 2023 par le cardinal Prevost à Chiclaya (Pérou) lors de la remise d’un doctorat honoris causa
Extrait:
Sandro Magister
www.diakonos.be/come-unire-la-chiesa-in-difesa-della-vita/
14 octobre 2025

à l’Université Catholique Santo Toribio de Mongrovejo, à Chiclayo (Pérou)
(…)
Dès l’exorde, Prevost dit « partager », en ce qui concerne « une éthique cohérente de la vie », les réflexions de deux cardinaux archevêques de Chicago, sa ville natale : Joseph Bernardin (1928-1996) et Blase Cupich.
De Bernardin, qui fut pendant plus d’une décennie le phare du courant progressiste de l’épiscopat américain, Prevost rappelle le discours prononcé en 1983 à la Fordham University de New York, qui « marqua une orientation très importante dans son [de Robert Prevost?] ministère et présenta une nouvelle manière » pour l’Église de répondre aux « questions relatives à la valeur de la vie humaine ».
Selon Prevost, la vision que Bernardin a formulée dans ce discours « trace une voie pour la réalité ecclésiale qui peut nous être utile aujourd’hui » et peut-être « aujourd’hui plus que jamais ».
Cette vision exige une « cohérence » totale dans l’éthique de la vie, symbolisée par la « seamless garment », la tunique sans coutures, d’un seul tenant, que portait Jésus. Ceci parce que « l’avortement, la guerre, la pauvreté, l’euthanasie, la peine capitale partagent une identité commune : ils sont tous fondés sur la négation du droit à la vie », qui doit au contraire être protégé non seulement à la naissance, mais à tous les moments de la vie. Et à cela « nous pourrions ajouter d’autres questions, telles que les effets de l’intelligence artificielle, la traite des êtres humains, les droits des migrants ».
« En même temps, a poursuivi Prevost, le cardinal Bernardin a clairement souligné la spécificité de chaque problème. Toute tentative de confondre les questions, sans en comprendre correctement l’importance morale relative, s’éloigne de l’enseignement catholique. En d’autres termes, le cardinal n’affirmait pas que tous les problèmes concernant la vie sont moralement équivalents. Au contraire, il soulignait le caractère distinctif de chaque défi ou dilemme, chacun nécessitant ses propres critères d’analyse, tout en mettant l’accent sur l’interconnexion de toutes les menaces à la dignité de la vie humaine ».
La leçon de Bernardin n’a pas disparu avec lui, a dit Prevost. Et il a cité comme preuve un discours prononcé quelques jours auparavant par l’actuel archevêque de Chicago, le cardinal Blase Cupich, à nouveau à la Fordham University de New York, dans lequel il « a développé certaines des mêmes idées » que son prédécesseur.
Cupich, installé à Chicago par le pape François en 2014, est lui aussi un champion du catholicisme « libéral » aux États-Unis.
Il est curieux que Prevost, dans son discours à Chiclayo, n’ait pas mentionné l’autre cardinal qui a dirigé l’archidiocèse de Chicago après Bernardin et avant Cupich, Francis George (1937-2015), qui était à la tête du courant conservateur bien plus important, ainsi que président de la conférence épiscopale de 2007 à 2010.
À la « tunique sans couture » de Bernardin, George aimait donner la préférence, dans l’éthique de la vie, aux « principes non négociables » de Jean-Paul II et Benoît XVI. Mais sans intransigeance rigide, comme le prouve le « jugement prudentiel » avec lequel il n’excluait pas « a priori » de la communion eucharistique les politiciens catholiques pro-avortement.
Le fait est que Prevost n’a jamais fait mention des « principes non négociables », ni dans son discours à Chiclayo, ni après son élection au pontificat. Ceci parce que son objectif désormais évident est de guider l’Église sur une voie aussi harmonieuse que possible [??], faite d’écoute et de compréhension mutuelles, qui atténue et rapproche les intransigeances opposées.
En conclusion de son discours à Chiclayo, Prevost a décrit ce cheminement en ces termes :
« L’un des principaux défis qui nous attendent est de trouver la meilleure façon d’enseigner et de promouvoir une façon de penser qui cherche à unir les efforts au sein de l’Église, de la politique et de tous les secteurs de la société, en travaillant en harmonie pour construire une société où la valeur de chaque vie humaine est respectée et protégée ».
Là encore, ses propos sont très similaires à ceux qu’il a tenus devant les journalistes le 30 septembre dernier, à Castel Gandolfo :
« Ce sont des questions très complexes. Je ne sais pas si quelqu’un détient toute la vérité à leur sujet, mais je demanderais avant tout qu’il y ait un plus grand respect mutuel et que nous cherchions ensemble, tant en tant qu’êtres humains – dans ce cas en tant que citoyens américains ou citoyens de l’État de l’Illinois – qu’en tant que catholiques, à dire : « Nous devons vraiment examiner de près toutes ces questions éthiques et trouver la voie à suivre en tant qu’Église ». L’enseignement de l’Église sur chacune de ces questions est très clair ».
Mais toujours « avec le courage de dire parfois « Non, je ne peux pas ! », lorsque la vérité est en jeu », en particulier « dans certaines sociétés occidentales où le Christ et son Église sont marginalisés, souvent ignorés, parfois ridiculisés » et où les hommes politiques chrétiens sont soumis à des « pressions », à des « directives de parti », à des « colonisations idéologiques ».

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