Quand Trump s’en prend aux « communistes » (Veneziani)

10 Juil 2026 | Actualités

Une trumpade de plus, diront ses détracteurs. Et que Trump soit un anti-communiste « primaire » n’étonnera personne.
Le 3 juillet dernier, à l’occasion des célébrations pour le 250ème anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis, Donald Trump a lancé, depuis le cadre symbolique du Mont Rushmore, une charge frontale contre ce qu’il qualifie de « résurgence de la menace communiste dans notre pays », déclarant notamment que le communisme représentait une « menace mortelle pour la liberté américaine ». Une semaine plus tôt, il avait déjà amorcé cette charge en qualifiant l’idéologie communiste de « cancer » et de « plus sérieuse menace contre les États-Unis depuis leur fondation ».
Rhétorique agressive/grotesque (?) d’auto-promotion? Slogan électoral pour remotiver un électorat qui en aurait sans doute bien besoin? Ou bien provocation finalement pas si dénuée de bon sens?
Les médias se sont évidemment déchaînés. Mais leur réaction, tout aussi conditionnée par l’aveuglement idéologique, n’est pas moins caricaturale que celle du locataire de la Maison Blanche.
Car, et ce n’est pas la moindre ironie, « ressortir le communisme alors qu’il est mort et enterré n’est pas très différent de la dénonciation persistante du fascisme, plus de quatre-vingts ans après sa disparition, par les Antifa occidentaux.« 

[Trump] découvre involontairement une vérité et met le doigt sur un point crucial, bien que peu connu: le marxisme qui a échoué à l’Est se propage à l’Ouest. Après avoir connu un échec cuisant à Moscou, il repart de son épicentre, New York, et des États-Unis. À partir des campus, des cercles « bobos » de New York, des flux migratoires, du féminisme et de la communauté LGBTQ+.

Le communisme « made in USA »

Marcello Veneziani
La Verità
8 juillet 2026

Il y a un fond de vérité inconscient dans l’affirmation de Donald Trump selon laquelle les États-Unis sont attaqués par un communisme et un marxisme menaçants qui refont surface. Cette boutade est, comme toujours, une grossière « trumpade » et répond à des motifs grossiers de propagande politique. Pendant cinquante ans, le communisme a été un épouvantail redoutable dans l’Amérique d’après-guerre, jusqu’à la chute de l’URSS. Et Trump (à l’instar de Berlusconi) tente de déterrer le cadavre de Marx pour s’en servir contre le Parti démocrate en vue des prochaines élections. Une remise au goût du jour du maccarthysme pour se protéger contre ce monstre déjà vaincu par l’histoire.

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Mais il découvre involontairement une vérité et touche un point crucial, bien que peu connu, sur lequel j’insiste personnellement depuis longtemps : le marxisme qui a échoué à l’Est se répand à l’Ouest. Après avoir mal tourné à Moscou, il repart de son épicentre, New York, et des États-Unis.

Depuis les campus, les cercles « bobos» de New York, les flux migratoires, le féminisme et la communauté LGBTQ+. Un marxisme différent de celui que l’on a connu au XXe siècle, un marxisme dissocié du communisme et de la rhétorique ouvrière, marié à l’esprit radical, majoritairement néo-bourgeois, centré sur le conflit entre progrès et tradition, diabolisé comme une réaction, un retour du fascisme, de l’obscurantisme.

Un marxisme qui reprend, d’une autre manière et dans un autre contexte, plus global, le thème de la lutte des classes, non plus sous l’angle de l’anticapitalisme mais sous celui des droits de l’homme et des droits civils, transformant la lutte de libération des peuples opprimés en lutte de libération des individus réprimés. Le rééquilibrage social est confié au système fiscal, aux taxes « Robin des Bois » (Taxe sur les transactions financières/Robin-Tax) ; sur le plan éthico-politique, on assiste à la résurgence d’un marxisme politiquement correct, peut-être dévié par l’idéologie « woke » de la gauche radicale américaine. « Woke » contre « WASP », c’est-à-dire les Noirs, les migrants, les femmes, les homos et les transgenres contre les hommes, les hétéros, les Blancs et les chrétiens. Avec tout le fardeau d’intolérance, de censure, de « cancel culture » et de racisme inversé qu’implique cette opposition manichéenne.

Il y a de bonnes raisons de penser que Marx, qui s’est enfui de Moscou, survit aujourd’hui à New York sous un faux nom. Le marxisme à New York apparaît dans le cadre approprié où Marx s’attendait à ce que sa révolution ait lieu. Comme on le sait, Marx soutenait que le communisme naîtrait là où le capitalisme est le plus développé, car c’est le capitalisme – selon lui – qui crée les conditions, les prémisses du développement du communisme, après avoir dissous la société traditionnelle. Il s’attendait à ce que le marxisme naisse en Occident : dans son Allemagne natale, dans son Angleterre d’adoption, en Europe du Nord. Mais surtout aux États-Unis, par lesquels Marx était fortement attiré et où il rêvait d’émigrer, notamment parce que c’était le « monde nouveau », le pays le plus tourné vers l’avenir, le pays le moins encombré par l’histoire, les liens sociaux et les traditions anciennes, qui s’était affranchi des royaumes et des dynasties et était une république d’hommes qui s’étaient faits eux-mêmes (self-made-man). Marx détestait la Russie ; il la considérait comme un pays archaïque et obscurantiste, figé dans le Moyen Âge paysan et le despotisme asiatique, et il n’aurait jamais souhaité voir le marxisme-communisme s’implanter dans d’autres pays prémodernes et préindustriels tels que la Chine, l’Asie du Sud-Est ou Cuba.

(…) Marx a vécu pendant des années grâce à l’argent américain, en écrivant pour le New York Tribune, qui le rémunérait décemment. Il a rédigé un demi-millier d’articles en l’espace de quelques années. Il écrivait avec le regard d’un marxiste atlantiste, pro-américain et anti-russe. Lors de la guerre de Sécession américaine, Marx a pris le parti des Nordistes contre les Sudistes, poussant l’Empire britannique à faire de même ; et celui des démocrates progressistes contre les réactionnaires agraires.

D’ailleurs, comme le rappelait Lucio Caracciolo dans « La Repubblica » de dimanche dernier, plusieurs communistes allemands sont allés combattre aux États-Unis aux côtés des Nordistes et en particulier d’Abraham Lincoln, auquel s’inspirait le journal dans lequel Marx écrivait. Et Marx lui-même a très vite adressé, au nom de l’Internationale, ses félicitations à Lincoln lors de sa réélection en 1864. Lincoln lui a répondu cordialement.

(…)

Quels seraient aujourd’hui les bastions du marxisme aux États-Unis et en Occident ?

Du point de vue de Trump, je dirais ceux-ci: les flux migratoires, l’ouverture de l’Église au Tiers-Monde et à l’accueil, la promesse de nouveaux impôts pour les riches au nom du paupérisme ; le progressisme chez les démocrates, le mouvement transgenre, féministe et l’idéologie « woke ». Le maire de New York, le radical islamiste Mamdami, est la figure de proue de ce nouveau marxisme et, pour Trump, de ce communisme de retour.

Mais pour Trump, même son compatriote Prevost, le pape Léon XIV, serait une sorte de traître à l’Amérique et à l’Occident, et donc un allié de ce nouveau communisme antipatriotique né aux États-Unis.

Inutile d’ajouter que Trump désigne l’anti-trumpisme sous l’étiquette infamante de « communisme ».

Bref, l’idée qu’une sorte de communisme, qu’il vaudrait mieux appeler simplement marxisme, refasse surface aux États-Unis et en Europe, sous les traits des radicaux américains, des immigrés et de leurs droits, du féminisme contre la société patriarcale, des catholiques communistes et des adeptes de l’idéologie « woke », n’est pas si farfelue.

Certes, Trump en fait un usage grossier pour des raisons politiques évidentes.

Mais ressortir le communisme alors qu’il est mort et enterré n’est pas très différent de la dénonciation persistante du fascisme, plus de quatre-vingts ans après sa disparition, par les Antifa occidentaux. Trump aujourd’hui, comme Berlusconi hier, ne font que renvoyer à leurs ennemis la patate chaude du passé, qui est le fascisme pour les uns et le communisme pour les autres. Ceux qui invoquent les fantômes pour gagner dans le présent ne peuvent ensuite mépriser ceux qui, animés par les mêmes visées de domination, orientent leur chasse aux fantômes dans une autre direction.

Si, lors de leurs séances de spiritisme, ils invoquent Hitler et Mussolini, ils ne peuvent ensuite protester si Trump, lors de ses séances, invoque Staline et Lénine.

Œil pour œil, mort pour mort.

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