Après le déménagement au Palais Apostolique, ce sont les prochains jalons du nouveau pontificat, suivant une exhortation apostolique sur les pauvres, reprise de François – comme ce dernier avait lui-même repris de Benoît XVI Spe Salvi, dernier volet de la trilogie sur les vertus théologales, sans que cela ait impacté en rien la suite de son pontificat.
La question centrale est: Léon va-t-il reprendre telle quelle la rhétorique bergoglienne sur l’immigration? Ou va-t-il la « corriger » pour en extraire ce qu’il y a de conforme à l’évangile, selon la techniques que lui prêtent les observateurs bienveillants?
IA, question sociale et Lampedusa : les orientations du nouveau pontificat
L’héritage omniprésent de Bergoglio
Giuseppe Nardi
Katolische. info
16 septembre 2025
Après quatre mois de pontificat et un 70e anniversaire célébré dimanche, le déménagement du palais du Saint-Office vers le palais apostolique est imminent. Mais ce n’est pas tout : la publication de la première encyclique du pape Léon XIV s’annonce également.
Dans le diocèse de Rome, le nouveau pape veut suivre ses propres voies, différentes de celles de son prédécesseur. Sur la question de la migration, il semble toutefois vouloir suivre les traces de ce dernier : Il a ainsi exprimé le souhait de se rendre « bientôt » sur l’île de Lampedusa. Mais dans l’ordre :
1. Les séquelles bergogliennes
Sa première exhortation apostolique, dédiée aux pauvres, devrait être publiée début octobre. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit d’un texte entièrement repris de son prédécesseur, le pape Bergoglio – comme Léon XIV le révèle lui-même dans l’introduction du document. Le texte a certes été repris, mais, comme il est dit, « retravaillé » – apparemment pour l’adapter davantage aux priorités pastorales du nouveau pontificat.
Léon XIV suit ainsi une procédure choisie par François lui-même au début de son pontificat : il a publié sous son propre nom l’encyclique Lumen Fidei, qui traite de la foi, mais qui avait encore été rédigée par Benoît XVI. Elle constituait la conclusion d’une trilogie sur les vertus théologales que le pape allemand avait commencée avec Deus Caritas Est et Spe Salvi.
Il convient toutefois de noter que cette « publication de courtoisie » n’eut plus aucune importance dans la suite du pontificat bergoglien. L’attention du chef de l’Église argentine se porta dès lors sur de tout autres textes, les uns plus controversés que les autres.
Ceci mis à part, il convient d’ouvrir ici une petite parenthèse : si Benoît XVI accordait une telle importance à l’achèvement de sa trilogie et que le texte de la dernière encyclique était déjà prêt, une question s’impose inévitablement : Pourquoi n’est-il pas resté en fonction au moins aussi longtemps pour la publier lui-même ? La renonciation surprenante de Benoît à sa fonction en février 2013 reste une énigme qui n’a absolument pas été déchiffrée à ce jour.
(…)
François a expliqué sa décision, jusqu’alors inhabituelle, concernant Lumen Fidei:
« Mon prédécesseur avait déjà pratiquement achevé un premier projet de cette encyclique sur la foi. Je le remercie de tout cœur et, dans la communion fraternelle dans le Christ, j’assume son précieux travail, en ajoutant au texte quelques contributions personnelles. Le successeur de Pierre est appelé – hier, aujourd’hui et toujours – à confirmer ses frères dans l’immense trésor de la foi que Dieu offre comme lumière sur le chemin de chaque homme ».
Léon XIV a fait siennes ces paroles, pour ainsi dire comme un bâton de relais symbolique de son prédécesseur direct – une nouvelle pratique fait manifestement son entrée au Vatican.
L’exhortation apostolique sur les pauvres, dont la publication est prévue prochainement, s’inscrit donc dans la continuité immédiate, en termes de contenu, des deux grandes encycliques sociales de François: Laudato si’ et Fratelli tutti.
2. Le premier véritable document de Léon XIV : une encyclique sur l’intelligence artificielle
Pour lire le premier document fondamental de Léon XIV lui-même, il faudra en revanche attendre début 2026. Le premier Américain sur le siège de Pierre signera alors effectivement sa première encyclique, consacrée à l’intelligence artificielle ;
On parle d’une nouvelle « Rerum novarum » – la fameuse encyclique par laquelle Léon XIII a fondé la doctrine sociale de l’Eglise catholique en 1891.
L’intelligence artificielle est un sujet qui tient beaucoup à cœur au nouveau pape. Il l’a lui-même déclaré juste après son élection et l’a confirmé quelques jours plus tard aux cardinaux. Ce faisant, il a expliqué pourquoi il avait choisi le même nom que Léon XIII:
« Il y a plusieurs raisons, mais la plus importante est que le pape Léon XIII, avec son encyclique historique Rerum novarum, a traité la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle – et aujourd’hui, l’Eglise offre à tous son trésor de doctrine sociale pour répondre à une nouvelle révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail ».
Samedi, Léon XIV a réitéré cette affirmation dans son discours aux participants d’un symposium soutenu par l’Institut pontifical de théologie:
« Un témoignage significatif de la connaissance de la foi au service de l’homme – dans toutes ses dimensions, personnelle, sociale et politique – est la doctrine sociale de l’Eglise, appelée aujourd’hui à donner des réponses intelligentes également aux défis numériques. La théologie est directement interpellée, car une approche purement éthique du monde complexe de l’intelligence artificielle ne suffit pas ; il est par contre nécessaire de se référer à une vision anthropologique qui fonde l’action éthique, et de revenir ainsi à la question éternelle : Qui est l’homme ? Quelle est son infinie dignité, qui ne peut être réduite à aucun androïde numérique ? »
3. Léon XIV veut aller à Lampedusa : le discours sur l’immigration va-t-il être relancé?
Plus explosif politiquement, Léon XIV a exprimé le souhait de se rendre « bientôt » sur l’île de Lampedusa, destination choisie par le pape François pour son premier voyage, définissant ainsi un programme de fond sur la question migratoire.
François a fait de l’île – à la grande joie d’un establishment intéressé – un symbole iconoclaste de l’immigration de masse sans restriction. L’historien progressiste du Concile Alberto Melloni a placé le discours de Lampedusa du pape sur la même ligne que le discours d’ouverture de Jean XXIII au Concile Vatican II, célébré dans ces milieux – une comparaison qui doit être comprise comme un programme .
Avec son voyage à Lampedusa, François a préparé le terrain pour l’année 2015, quand ce même establishment politique a ouvert les vannes de l’Europe à une vague migratoire sans précédent jusqu’alors. Le pape a soutenu sans réserve cette orientation – et a lancé en septembre de la même année un appel sans équivoque :
« Accueillez tout le monde, les bons comme les mauvais ».
Le pontife argentin a carrément mis en scène un culte de la migration : il suffit de penser au bateau qui aurait amené des migrants à Lampedusa, qui a ensuite servi d’autel lors des célébrations pontificales et dont les pièces ont été transportées comme des reliques dans les diocèses du monde entier – pour y être utilisées comme une sorte de symbole liturgique. L’objectif de tout cela était manifestement de rendre tabou tout débat critique sur le thème de la migration.
Il est troublant que Léon XIV veuille également suivre les traces de son prédécesseur sur ce point .

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