Et maintenant, ils voudraient le canoniser

23 Avr 2026 | Actualités

Au secours, ils sont vraiment devenus fous. Ce mardi dernier 21 avril, on commémorait le premier anniversaire de la mort de François. Les médias y ont été de leur petit couplet obligé (mais l’écho me semble modeste), et certains ont eu le courage (relatif) de souligner à quel point ce pape venu « du bout du monde » avait fracturé l’Eglise, laissant à ses successeurs (pas forcément celui actuel, qui marche résolument dans ses pas) le soin de redresser la barre ou du moins de gérer un héritage catastrophique. D’autres, poussés par les médias, vont jusqu’à suggérer l’ouverture d’une cause en béatification.
Indécent, sans doute. Mais si l’on pousse le cynisme jusqu’au bout, pourquoi pas? Une Eglise qui a renoncé à témoigner, se camoufle sous les oripeaux d’une ONG caritative, nie le péché et offre à ses fidèles non pas son propre catéchisme mais celui de l’ONU, a les saints qu’elle mérite.
Voici, reproduite chez AM Valli, une réflexion tonifiante sur la vraie sainteté.

Il est temps de lever le voile sur ce populisme religieux et de nous demander à nouveau ce que signifie réellement être « saint » et ce que signifie réellement être « pape ».
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Le pape François, bienheureux ?

    Pietro Pasciguei

    Le débat sur la sainteté dans l’Église contemporaine a désormais pris les traits d’une farce idéologique à laquelle il n’est plus possible d’assister en silence. Les canonisations des papes postconciliaires posent déjà de nombreux problèmes d’ordre théologique et doctrinal. Comme le soulignent à juste titre depuis des décennies les voix les plus claires de la Tradition — en premier lieu la FSSPX —, on a assisté à une mutation inquiétante du concept même de sainteté : il ne s’agit plus de la reconnaissance de l’héroïsme des vertus et de la défense de l’intégrité de la Foi, mais d’une sorte d’« auto-béatification » d’une époque ecclésiale. En canonisant les papes du Concile, on a tenté de rendre infaillible et intouchable une expérience pastorale qui n’a produit que des séminaires vides, une apostasie silencieuse et un chaos liturgique.

    Mais si les doutes concernant Paul VI ou Jean-Paul II reposent déjà sur une rupture manifeste avec le Magistère précédent, la rumeur qui circule ces derniers jours et qui voudrait lancer la cause de béatification du pape François (aujourd’hui, 21 avril, premier anniversaire de sa mort) dépasse les limites de la décence. Nous ne sommes plus ici dans le domaine des « difficultés d’interprétation » : nous sommes face à l’affront ultime.

    C’est une chose que de faire preuve de la charité qui s’impose envers autrui, c’en est une autre que de faire preuve d’hypocrisie en voulant présenter comme modèle de sainteté quelqu’un qui a fait de l’ambiguïté son étendard et de la critique des fidèles son mode de gouvernement. Il est temps de lever le voile sur ce populisme religieux et de nous demander à nouveau ce que signifie réellement être « saint » et ce que signifie réellement être « pape ».

    Nous vivons à l’ère de l’ignorance triomphante, où le catholicisme a été réduit à un vague sentimentalisme et la sainteté à une forme de courtoisie institutionnelle. La foule, désormais privée de catéchisme et grisée par les médias, attribue des auréoles à quiconque se montre « accessible », « aimable » ou « spontané ». Mais la sainteté canonisable n’est pas une récompense pour la sympathie, ni la reconnaissance d’une prétendue « humanité ». La sainteté d’un pape est le reflet de sa fidélité absolue au mandat du Christ, et non sa capacité à récolter les likes des élites laïcistes.

    Aujourd’hui, on commet l’erreur fatale de juger un Souverain Pontife non pas à l’aune de l’exercice de sa fonction divine, mais à celle de vertus humaines que même un philanthrope honnête pourrait posséder. Être « accessible », refuser les honneurs liés au rang ou parler un langage familier ne sont pas des signes de sainteté : ce sont des choix de (mauvais !) style, teintés d’un populisme qui détruit la majesté du Vicaire du Christ.

    La sainteté héroïque, c’est autre chose. C’est la force de ceux qui défendent le dogme contre le monde, c’est la tempérance de ceux qui ne cèdent pas aux flatteries des puissants, c’est la justice de ceux qui appellent le péché par son nom. Élever la « gentillesse » au rang de sainteté, c’est vider le Paradis de son sens et le transformer en un salon bourgeois où la seule règle est de ne déranger personne.

    Il faut avoir le courage de se demander : qui ont été – et qui sont – les plus fervents partisans de ce pontificat? La réponse est effrayante : les athées, les non-croyants, les divorcés remariés obstinés, les militants LGBTQ+.

    Et pourquoi l’aiment-ils ? Non pas parce qu’ils ont trouvé en lui le chemin de la conversion, mais parce qu’ils ont trouvé en lui la confirmation de leur propre condition.

    C’est là que s’opère la plus tragique des tromperies. On utilise l’image de Jésus mangeant avec les publicains et les prostituées pour justifier une indulgence qui ne rachète pas, mais condamne.

    Jésus n’est pas devenu publicain. Il cherchait les pécheurs pour les arracher à la boue, et non pour leur dire que la boue était un lieu béni. Les pécheurs ne restaient pas tels quels. Marie-Madeleine a cessé de pécher, Matthieu a quitté le poste de percepteur.

    Aujourd’hui, en revanche, le message qui nous vient du Siège de Pierre semble être : « Restez tels que vous êtes, vous êtes déjà bénis ». Mais un berger qui laisse le mouton errer vers le loup n’est pas un berger saint ; c’est un berger qui a renoncé à son devoir.

    « Merci », disent ceux qui sont loin, « de nous avoir libérés du poids de la culpabilité sans nous demander le sacrifice du changement » !

    Mais ce n’est pas de l’amour, c’est une euthanasie spirituelle déguisée en miséricorde.

    Le dernier – ou peut-être le nouvel – acte de ce théâtre de l’absurde s’est joué hier soir, dans l’émission Cinque Minuti.

    Bruno Vespa interviewe Massimiliano Strappetti, l’aide-soignant qui a assisté le Pape dans ses derniers instants. Il en ressort un dialogue qui devrait faire trembler les mains de quiconque possède encore une once de sensus fidei. Strappetti raconte avoir immédiatement confessé son malaise face à son statut de divorcé ; la réponse du Souverain Pontife ? Pas un appel à la conversion, pas un mot sur la croix et la fidélité aux sacrements, mais une question qui sonne comme une capitulation inconditionnelle : « Mais est-ce qu’on te donne la communion à l’église ? ».

    Et face à la réponse sereine de Strappetti — « Oui, mon curé ne se pose pas ce genre de problèmes » — le Vicaire du Christ n’a pas cillé. Voilà l’image frappante de l’Église d’aujourd’hui : un lieu où le péché n’existe plus parce que le curé « ne s’en fait pas » et que le Pape l’approuve par un silence qui est une complicité doctrinale.

    Nous sommes passés de « Va, et ne pèche plus » à « Va donc, de toute façon le curé est d’accord ».

    Si tel est le modèle de sainteté que l’on veut proposer, alors nous disons au monde que l’Évangile était un fardeau inutile et que deux mille ans de confesseurs, de martyrs de la chasteté et de défenseurs de l’indissolubilité du mariage n’étaient que des fanatiques « rigides ».

    Face à un tel scénario, où le Vicaire du Christ non seulement reste silencieux face à l’erreur, mais l’encourage par un signe de complicité télévisé, comment peut-on encore nier l’existence d’un état de nécessité dans l’Église ?

    Le droit canonique n’est pas un code de procédures froid, mais il est animé par le principe suprême de la Salus animarum : le salut des âmes. Lorsque l’autorité, qui devrait être le rempart de la Vérité, devient complice de la confusion, le fidèle se trouve dans une situation d’urgence spirituelle. Si le Pape approuve la pratique d’un curé qui « n’hésite pas » à bafouer les commandements de Dieu et les paroles mêmes du Christ sur l’adultère, l’ordre hiérarchique est, de fait, bouleversé. On ne peut obéir à celui qui ordonne — ou suggère — d’offenser Dieu. Dans ce désert doctrinal, la « désobéissance » aux nouveautés modernistes devient la seule véritable obéissance à l’Église de toujours.

    Nier l’état de nécessité aujourd’hui, c’est se rendre complice de la dispersion du troupeau. Si un homme peut recevoir l’Eucharistie en état de péché public avec la bénédiction distrait du Souverain Pontife, cela signifie que ceux qui occupent des postes de direction au sein de la structure visible ont cessé de paître et ont commencé (ou, plutôt, continué) à disperser. Est-ce là la « sainteté » que nous voulons élever aux autels ? La sainteté de ceux qui ont rendu la Loi de Dieu facultative ?

    Un pape saint doit « affermir ses frères » dans la seule foi catholique véritable et intégrale. François, au contraire, a choisi d’affermir le monde contre ses frères qui s’efforcent de rester fidèles. Il a souvent traité avec des gants de velours les ennemis de la foi et parfois avec la massue les prêtres et les fidèles attachés à la Tradition, les qualifiant de « rigides » ou de « malades ».

    Un pape qui agit comme un «dictateur idéologique», qui démolit la liturgie millénaire de l’Église et qui introduit l’ambiguïté au cœur du sacrement du mariage, n’exerce pas de vertus héroïques. Il exerce un pouvoir mondain à des fins mondaines, en totale contradiction avec les paroles du Seigneur Jésus : «Malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous» (Lc. VI, 26).

    Nous ne pouvons pas laisser la sainteté être réduite à une extension du politiquement correct. Si le critère pour être saint consiste à être accepté par ceux qui haïssent l’Église, alors les martyrs du passé ont versé leur sang en vain.

    L’Église n’a pas besoin d’un « pape du peuple », elle a besoin d’un pape de Dieu. La sainteté que nous demandons pour le successeur de Pierre est celle de celui qui sait se faire haïr du monde par amour de la Vérité, et non celle de celui qui se fait aimer du monde au détriment de la Vérité. Avant de parler de béatification, il faudrait parler de réparation pour l’égarement dans lequel ont été précipitées des millions d’âmes.

    La sainteté n’est pas une distinction démocratique, et aucun service de presse ne peut fabriquer une auréole sur mesure pour répondre aux exigences du siècle. La Vérité ne se vote pas à la majorité et Dieu ne se laisse pas railler : Deus non irridetur. On peut certes forcer la main de l’histoire et des processus canoniques, mais un fait demeure immuable : un Pape qui ne confirme pas ses frères dans la foi bimillénaire, mais les abandonne au doute et à l’erreur, pourra peut-être recevoir les applaudissements des foules et les nécrologies des puissants, mais il ne pourra jamais être un modèle pour ceux qui cherchent le salut de leur âme.

    La sainteté est un sommet inaccessible, et non un toboggan qui mène vers le bas. Et le ciel, contrairement aux chroniques du Vatican, ne connaît pas le « politiquement correct ». Avant d’invoquer les auréoles, tremblons à l’idée du Jugement : car à celui à qui beaucoup a été donné — et à celui qui siège sur le Trône suprême — beaucoup, infiniment beaucoup, sera demandé. Et celui qui n’a recherché que le « Je te connais » des gens finit toujours par s’entendre dire le « Je ne te connais pas » de Notre Seigneur Jésus-Christ ! En espérant bien sûr, pour tous, un repentir final, qui ne change toutefois rien au fait public dont nous parlons.

    Nous n’avons pas besoin d’un pape qui fasse la une des journaux, nous avons besoin d’un pape qui nous conduise vers Dieu.

    Tout le reste n’est que fumée, et c’est la fumée de Satan !

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