Le prince et la messe traditionnelle en latin

5 Juin 2026 | Actualités

L’archiduc Edouard de Habsbourg-Lorraine (né en 1967) est un représentant de la branche dite « palatine » de la Maison des Habsbourg, la dynastie qui a façonné le cœur de l’Europe de 1273 à 1918, descendant direct de l’Empereur Léopold II. Diplomate (il a été de 2015 à 2025 ambassadeur d’Autriche près le Saint-Siège) et écrivain, profondément catholique, il vient de publier (en anglais) un petit livre de « vulgarisation », sorte de guide à l’intention de ceux qui ne connaissent pas la messe traditionnelle. Il est ici interviewé par Edward Pentin, pour le National Catholic Register, et il n’a pas honte de témoigner sa foi catholique.

Petite note en marge; on ne peut que saluer la dignité du prince, et la fidélité aux valeurs que ses ancêtres ont incarnées. Bien loin de certaines familles princières ou royales qui occupent la chronique des faits divers et les pages people de la presse trash et qui oublient les devoirs que leur naissance leur imposent

Ce qui m’a le plus marqué dans la messe en latin, c’est ce qu’elle a apporté à mes enfants. Nous étions tous catholiques de naissance, nous allions régulièrement à la messe, nous faisions nos prières, nous partions en pèlerinage, etc. Mais lorsque nous avons découvert la messe en latin il y a environ cinq ou six ans, toute la famille — même ceux qui ne nous rendaient visite qu’occasionnellement à Rome — a entamé un tout nouveau cheminement pour approfondir notre foi, approfondir notre relation avec le Christ et acquérir une appréciation plus profonde de la liturgie.
Par-dessus tout, j’ai pu constater que la vie de la liturgie déteignait sur notre vie quotidienne. Par exemple, je constate aujourd’hui une bien plus grande fidélité dans la prière quotidienne, dans la récitation du Rosaire, dans les neuvaines et dans toutes ces pratiques, et cela transforme votre vie. J’ai trouvé quelque chose qui a véritablement donné à toute notre famille un nouveau départ dans la foi.

Généalogie (Gemini)

Edouard de Habsbourg (Photo Edward Pentin)

« La messe traditionnelle en latin est l’antithèse absolue du monde d’aujourd’hui », affirme Edouard Habsburg

Edward Pentin
www.ncregister.com
30 mai 2026

L’ancien ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège, auteur d’un petit livre qui vient de sortir, se souvient de sa première rencontre déconcertante avec l’ancien rite et explique comment, à travers cet ouvrage, il souhaite aider les autres à l’aborder avec compréhension et sérénité.

La messe traditionnelle en latin est devenue ces dernières années un sujet à la fois de dévotion et de controverse, attirant un nombre croissant de jeunes fidèles malgré les restrictions imposées par Rome.

Mais pour certains, la première rencontre avec l’ancien rite est marquée par la confusion avant de devenir une porte d’entrée vers une vie de prière plus profonde et un sens renouvelé du sacré. Contribuer à combler ce fossé de compréhension est l’un des objectifs d’un petit livre qui vient de sortir, Discovering the Latin Mass: A Travel Guide for the Curious, rédigé comme un guide simple et pratique pour ceux qui découvrent la liturgie.

Son auteur est l’archiduc Édouard de Habsbourg-Lorraine, un descendant de la dynastie des Habsbourg, qui a été ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège de 2015 à 2025.

Dans l’interview qui suit, accordée au Register [donc à Ed Pentin, ndt] le 27 mai, il explique plus en détail les motivations qui l’ont poussé à écrire ce livre, comment le Vetus Ordo (« Ancien Rite ») a eu un impact significatif et positif sur sa vie et sa foi ainsi que sur celles de sa famille, et pourquoi il pense que ce rite gagne en popularité auprès des jeunes. Il partage également son opinion sur les raisons pour lesquelles la liturgie traditionnelle suscite un soutien et une opposition aussi passionnés.

Monsieur l’ambassadeur Habsbourg, qu’espérez-vous que Discovering the Latin Mass apporte, et qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ?

J’ai écrit ce petit livre parce que je ne disposais pas d’une brochure explicative concise et pratique lorsque je me suis retrouvé par hasard à ma première messe traditionnelle en latin et que j’étais complètement désorienté — voire irrité. Personne ne m’avait préparé aux différences présentes dans presque tous les aspects de la liturgie, si bien que je n’ai pas pu l’apprécier au début. J’espère donc qu’avec ce petit livret en main, les gens aborderont leurs premières messes en latin mieux préparés et ne se fermeront pas immédiatement.

À qui s’adresse-t-il principalement, et peut-on emporter le livret à la messe pour mieux la suivre et y participer ?

Ce n’est pas, en premier lieu, un livre destiné aux personnes qui assistent déjà à la messe traditionnelle en latin. Il s’adresse vraiment à ceux qui aimeraient l’essayer parce qu’ils en ont entendu parler, ou qui sont simplement curieux de découvrir cette forme du rite romain. Il s’adresse également aux personnes qui sont très irritées par la messe en latin et qui aimeraient peut-être voir certains de leurs préjugés dissipés.

Oui, vous pouvez emporter ce livre lors de vos deux ou trois premières messes en latin. Il comporte une section au milieu où j’explique les différentes parties de la liturgie, avec quelques dessins montrant, par exemple, que lorsque l’enfant de chœur se tient à droite et que le prêtre est au milieu, on peut savoir à quelle partie de la messe on se trouve. Donc, oui, c’est tout à fait idéal pour cela.

Quel impact la messe en latin a-t-elle eu sur votre propre vie, et quelle importance a-t-elle eue pour vous en tant que parent, notamment pour aider à former vos enfants à la foi catholique ?

Merci beaucoup pour cette question. Ce qui m’a le plus marqué dans la messe en latin, c’est ce qu’elle a apporté à mes enfants. Nous étions tous catholiques de naissance, nous allions régulièrement à la messe, nous faisions nos prières, nous partions en pèlerinage, etc. Mais lorsque nous avons découvert la messe en latin il y a environ cinq ou six ans, toute la famille — même ceux qui ne nous rendaient visite qu’occasionnellement à Rome — a entamé un tout nouveau cheminement pour approfondir notre foi, approfondir notre relation avec le Christ et acquérir une appréciation plus profonde de la liturgie.

Par-dessus tout, j’ai pu constater que la vie de la liturgie déteignait sur notre vie quotidienne. Par exemple, je constate aujourd’hui une bien plus grande fidélité dans la prière quotidienne, dans la récitation du Rosaire, dans les neuvaines et dans toutes ces pratiques, et cela transforme votre vie. J’ai trouvé quelque chose qui a véritablement donné à toute notre famille un nouveau départ dans la foi.

Pendant des siècles, la famille des Habsbourg a joué un rôle clé dans la préservation de l’ancienne liturgie, ce qui a eu à son tour un impact majeur sur la culture et la politique au sein de ses royaumes. Considérez-vous que votre rôle est similaire — aider les fidèles à connaître et à aimer la messe traditionnelle en latin et contribuer ainsi à préserver la civilisation catholique européenne, d’autant plus qu’elle est aujourd’hui fortement attaquée par le sécularisme, l’islam et d’autres forces ?

Je pense qu’il est bien trop tôt pour prédire quel rôle la redécouverte de la messe traditionnelle en latin jouera en Europe. Les chiffres sont encore très faibles, et l’écrasante majorité des catholiques assiste toujours à ce que nous appelons le Novus Ordo — la messe d’aujourd’hui. Mais je vois mon rôle, peut-être, comme celui d’un ambassadeur de la messe traditionnelle en latin auprès de personnes qui n’en ont pas entendu parler, qui aimeraient la découvrir, ou qui souhaiteraient surmonter leurs préjugés à l’égard de cette forme du rite.

J’ai commencé à rédiger ce livret presque immédiatement après avoir terminé mon mandat de diplomate auprès du Saint-Siège. En tant que diplomate, il faut faire preuve d’une certaine discrétion quant à ses préférences personnelles, surtout en matière liturgique. Aujourd’hui, je suis bien plus libre de parler de ce qui me tient à cœur.

On observe un regain d’intérêt pour la messe traditionnelle en latin, en particulier chez les jeunes. Comment expliquez-vous cette popularité croissante, d’autant plus qu’elle s’oppose aux efforts récents du Vatican pour la restreindre ?

Vous avez tout à fait raison : les jeunes sont très attirés par la messe traditionnelle en latin. C’est un phénomène que l’on observe partout en Europe et dans le monde, notamment aux États-Unis, en Angleterre, en France, mais aussi en Autriche, en Allemagne et en Hongrie — partout. Vous me demandez pourquoi il en est ainsi. Bien sûr, je n’en suis pas certain, mais mon hypothèse personnelle est que c’est l’antithèse absolue du monde d’aujourd’hui.

Elle est très solennelle et très calme — très calme. C’est le silence qui m’a le plus attiré, ainsi que ma famille. Elle est très pieuse. Je pense que si les jeunes d’aujourd’hui veulent être catholiques, ils veulent l’être d’une manière très authentique. La messe traditionnelle en latin vous donne à la fois l’impression et la réalité d’un ancrage très profond. L’« étrangeté » de la langue latine, la révérence des gestes — tout cela vous indique que ce qui se passe est très sérieux et très sacré. Je pense que c’est ce que recherchent les jeunes, s’ils veulent aujourd’hui construire leur vie sur quelque chose de solide.

Pourquoi pensez-vous que la messe traditionnelle en latin suscite des passions aussi vives — tant chez ceux qui souhaitent la préserver que chez ceux qui s’y opposent ?

En commençant par l’opposition, je crois que la résistance agressive à la messe traditionnelle en latin est en grande partie due à deux facteurs, dont le premier est probablement un préjugé remontant aux années 1950 et 1960. Plusieurs générations de prêtres — dont certains sont aujourd’hui évêques — ont grandi avec l’idée qu’il s’agit de quelque chose « d’hier », quelque chose que nous avons laissé derrière nous pour nous ouvrir à la liturgie d’aujourd’hui. On leur a enseigné qu’il ne fallait pas s’y plonger ni s’y adonner trop, que c’était quelque chose de quelque peu mécanique, de manichéen, d’un autre temps. Tout cela a peut-être conduit certaines personnes à grandir avec la forte conviction qu’il s’agit d’une chose à surmonter, poussiéreuse et obsolète. Ainsi, lorsque d’autres tentent aujourd’hui de la redécouvrir, ils réagissent avec agressivité. Je pense que c’est là une explication possible.

L’autre facteur, bien sûr — et je trouve cela très regrettable —, c’est la manière dont certains catholiques nouvellement convertis, s’exprimant souvent devant leur webcam, se présentent comme parlant au nom de la tradition et de la messe traditionnelle en latin. Parfois, ils peuvent se sentir obligés de s’exprimer de manière très agressive et bruyante pour montrer qu’ils sont « vraiment » catholiques. Cela donne une image des traditionalistes comme un groupe de personnes dures, moralisatrices et peu accueillantes.

Je suis presque certain que bon nombre des mesures prises contre la messe en latin ces dernières années résultent de cette impression. Internet peut être un excellent moyen de parler de sa foi, mais le faire avec respect, charité et une compréhension des autres formes de vie catholique est probablement bien plus utile.

Malgré un regain d’intérêt, les effectifs restent relativement faibles par rapport à l’ensemble de la population catholique. Considérez-vous ceux qui assistent à la messe en latin comme le « reste », cette minorité créative à laquelle le cardinal Ratzinger a fait référence un jour, qui préservera l’ordre catholique et la tradition apostolique alors que tout autour semble en état de déclin et d’effondrement ?

Il est vrai que la messe en latin est suivie par un nombre relativement restreint de catholiques à travers le monde. Je dis « relativement » car si l’on compare le nombre de ceux qui fréquentent la messe en latin avec celui de ceux qui vont régulièrement à la messe — et peut-être même en semaine — dans de nombreux pays d’Europe occidentale, alors soudain, le nombre des « fidèles de la messe traditionnelle » semble bien plus important qu’on ne le penserait. Cependant, comparé au nombre total de personnes baptisées dans l’Église catholique, il reste très faible.

Est-ce que je crois que ce sera là le rempart, le petit reste ? Je ne le pense pas. Je crois que ce dont parlait Benoît XVI s’applique aussi bien à ceux qui assistent à la messe traditionnelle en latin qu’à ceux qui fréquentent des paroisses où la messe d’aujourd’hui est célébrée avec dévotion et respect et où la vie catholique est vivante et florissante. Ensemble, ils forment le petit reste — et les deux groupes connaissent une croissance exponentielle.

Si l’on examine le nombre de personnes qui ont été baptisées, confirmées ou qui sont revenues à l’Église catholique au cours des quatre ou cinq dernières années, on constate qu’il se passe quelque chose dans l’Église, quelque chose se passe dans tout le monde occidental, pour autant que je puisse en juger. Je suis plein d’espoir pour l’Église, afin que nous ne devenions pas ce tout petit reste dont Benoît XVI a parlé un jour.

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