Eglise et société: que reste-t-il des dix commandements?

8 Juin 2026 | Actualités

Témoignage d’un curé « de terrain », encore le père Jorge Guadalix. Il constate que dans les confessions (et c’est bien qu’il y en ait encore!), il y a des péchés qui ont carrément disparu. Ils ne sont plus dans l’air du temps. On n’ose plus parler de chasteté, d’impureté, ni même d’honnêteté, car on a peur de passer pour des bigots rétrogrades.

Et c’est ainsi que l’Eglise change, au rythme de l’évolution de la société.

Il me manque trois ou quatre commandements

Père Jorge Gonzalès Guadalix
6 juin 2026

www.infocatolica.com

Je suppose que mes confrères prêtres pourraient confirmer mes impressions. En effet, lors de la confession, aujourd’hui, il semble que la seule chose qui compte soit la qualité des relations humaines. Des pénitents qui, pour ainsi dire, ne font état que de leur caractère perfectible, d’un certain manque de sang-froid, ou encore de leur patience. Tout le reste – TOUT LE RESTE – c’est comme s’il avait disparu.

Dans la conscience du péché, sauf chez les personnes très bien formées, le sixième commandement, celui dont on disait qu’il pesait tant et causait tant d’angoisse, n’existe tout simplement pas. Même chez les personnes, disons « d’Église ». C’est peut-être une question sociale, c’est peut-être une question de cette nouvelle culture qui nous imprègne, mais les gens s’accusent rarement de questions d’impureté. Ici, on continue à communier sans difficulté. Par commodité, par ignorance, mais on continue. Ah, mais est-ce un péché ? Oups, je ne savais pas que je ne pouvais pas communier.

Le commandement, sous peine de péché grave, d’assister à la messe en entier tous les dimanches et jours fériés a également disparu de la conscience collective. Maintenant, le principe, c’est je vais à la messe quand je peux. Eh bien tant mieux.

Il y a quelques années, en confession, il y avait deux choses que personne n’oubliait de confesser : manquer la messe et les péchés d’impureté. Aujourd’hui, cette sensibilité a complètement disparu.

C’est pour cela que je dis que j’ai perdu trois ou quatre commandements.

Le troisième, celui de sanctifier les jours fériés, que l’Église précise ensuite dans son premier commandement, semble avoir disparu à cause du confort, de l’ignorance et peut-être de la lassitude des prêtres et des catéchistes qui ne veulent pas passer pour des rigides et des traditionalistes. Au final, « j’y vais si je peux », avec toute la flexibilité que cette affirmation peut recouvrir.

Les deux autres, clairement le sixième et le neuvième. La chasteté, toujours reconnue et valorisée par l’Église, a tellement perdu de son importance qu’aujourd’hui, elle est passée de vertu à affaire pour les benêts, les malades et les esprits étroits. La faute aux nouveaux formateurs qui s’expriment dans des médias et des débats aussi faux que superficiels.

La chasteté ? Je ne suis ni prude ni bigot.

Je ne continue pas. Aujourd’hui, parler d’honnêteté en matière économique ne vaut même pas la peine. La sincérité, ensuite, c’est selon. Et d’autres choses… ne sont sans doute pas si importantes non plus.

Et pourtant si. Il me manque quelques commandements.

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