Après la catastrophe ferroviaire en Espagne une nouvelle occasion se présente de dénoncer la partialité dans l’analyse et l’indigence dans le contenu, de l’information moulinée par les grands médias: chaque jour amène son lot, je pourrais ouvrir une rubrique numérotée sur le sujet, il ne me faudrait pas une semaine pour atteindre les 2 chiffres.
Cette semaine, l’ensemble des médias français, audio-visuels et autres, dans TOUS les bulletins d’informations, rapportait que Flávio Bolsonaro, le vaincu-surprise des récentes élections présidentielles au Brésil qui l’opposaient àLula était « en fuite », voire « en cavale », qu’il s’était « caché » aux Etats-Unis (de Trump!!! horresco referens!) pour échapper à la justice de son pays, poursuivi comme coupable de malversations diverses, blanchiment, corruption, détournement d’argent public, etc. – bref, un escroc et un voleur dont le peuple attendait de voir la tête au bout d’une pique, voire rouler dans le panier du bourreau, comme juste punition de ses multiples crimes. Le Monde, évidemment, avait donné le ton – avec le concours de l’AFP, elle-même recopiant Reuters – , les autres enchaînaient avec les moyens du bord, c’est-à-dire en offrant une version simplifiée « pour les nuls », mais surtout PAR des nuls.
J’exagère à peine, comme en témoigne ce commentaire d’un « journaliste » de BFM TV.
Quand Louis XVI tentait de fuir la France comme Flavio Bolsonaro l’a fait pour le Brésil
Après sa défaite à la présidentielle brésilienne, Flavio Bolsonaro a quitté le pays pour rejoindre la Floride. Une fuite qui n’est pas sans rappeler celle de l’un des rois de France, à l’aube [enfin, pas exactement] de la Révolution française.
Après avoir été battu par Luiz Inácio Lula da Silva lors de l’élection présidentielle au Brésil le 25 octobre, Flávio Bolsonaro a fui le pays. Plus précisément la justice.
Le sénateur faisait l’objet de plusieurs enquêtes judiciaires pour des faits de corruption. Juste après sa défaite à la présidentielle, la justice avait annulé ses passeports pour l’empêcher de quitter le pays. Ce qui ne l’a pas arrêté, puisqu’il a réussi à partir en traversant la frontière entre l’Argentine et le Brésil à pied avec sa famille.
C’est depuis l’Argentine qu’il a pris un vol privé en direction de l’Equateur, avant de rallier la ville de Miami en Floride, où il a atterri hier.
Ce genre d’aventure est déjà arrivée en France: un de nos rois, Louis XVI, qui régnait durant la Révolution française, avait même pris la fuite.
En 1791, le monarque souffre d’une vive impopularité. L’Assemblée nationale a restreint ses déplacements, et il envisage de prendre la fuite. Ses conseillers lui proposent plusieurs plans farfelus, notamment une évasion avec une montgolfière [ndr: l’auteur a dû fumer…].
Finalement, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, le roi, la reine et leurs enfants se déguisent en monsieur et madame tout le monde. Ils empruntent une fausse identité et montent dans une berline tirée par des chevaux qui quitte leur Palais de Paris. Le but était de rallier une forteresse et de se mettre sous la protection d’un régiment de soldats encore fidèles à la monarchie.
Mais rien ne s’est passé comme prévu… Le roi n’est pas discret. Dès que le cortège s’arrête, il parle à tout le monde. S’ajoute un problème technique: une roue de la berline se casse et il faut s’arrêter pour réparer. Le roi finit par être reconnu par le chef d’un relais de poste qui compare son visage avec celui du roi sur un billet de banque.
Il prévient les autorités, et la folle aventure du roi s’arrête dans la ville de Varennes-en-Argonne. Il est arrêté, puis renvoyé à Paris.
Cette épopée a été très mauvaise pour sa réputation. À tel point qu’un an plus tard, on abolissait la monarchie et la République était proclamée.
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L’implication de Louis XVI couronne (si l’on peut dire!) l’infamie. Il faudrait peut-être rappeler (ou apprendre) à l’auteur de ce ramassis d’âneries que l’abolition de la monarchie et la proclamation de la République avaient été suivies par un détail, oh, pas grand chose, juste la mort du ROI, pas la tête au bout d’une pique, mais tranchée sous le couperet de la guillotine. Faut-il comprendre que c’est le sort qu’il souhaite à Flavio Bolsonaro?
Et en passant, quel sens cela a-t-il de présenter au téléspectateur lambda – qui n’a plus aucun repère chronologique et qui ne sait rien de Louis XVI, qui connaît encore moins la vie politique du Brésil, et qui s’en moque -, des faits présentés comme « neutres » mais en les déformant, et surtout en ne lui fournissant aucun contexte, aucune clé pour les comprendre? [à cet égard, la couverture du service public a été grandiose]
Quoi que l’on pense, ou ne pense pas, du déroulement des élections au Brésil (fraude ou pas?), et surtout de Flavio Bolsonaro (et même s’il a des choses à se reprocher, je j’ignore) , il a droit à une défense, comme tout homme, avant qu’on traîne son nom et son honneur dans la boue. Un contre-récit s’imposerait, dans le cadre d’une information honnête et équilibrée. Rappelant par exemple le lourd passé judiciaire de Lula qui l’a déjà mené en prison.
Heureusement, le Salon Beige y a pensé en publiant une traduction en français de la lettre que Flavio Bolsonaro a adressée à ses compatriotes en arrivant aux Etats-Unis.
Le quotidien espagnol de gauche El Pais a eu de son côté l’honnêteté de reproduire le fac-similé et le texte en v.o. Honneur à eux. Et honte aux Français.

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Extraits de la lettre de Flavio Bolsonaro:
Dimanche soir, j’ai vu avec consternation une fraude électorale se concrétiser sous mes yeux. L’intervention illégitime et illégale de l’ancien avocat de Lula a permis à une impossibilité mathématique de devenir réalité et à Lula de gagner plus de 10 millions de voix entre le premier et le second tour.
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La réponse du régime à ma contestation n’a pas tardé. Comme s’il s’agissait d’un plan élaboré par avance, sept minutes après cette fraude électorale, le juge — impliqué dans un énorme scandale de corruption, cité directement dans l’enquête qu’il a utilisée pour tenter de confisquer mes passeports et qui serait très probablement en prison s’ils n’avaient pas empêché ma prise de fonction — a mis en marche la machine de persécution politique du régime.
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Je n’avais pas l’intention de quitter ma patrie, mais je sais exactement où tout cela va mener. C’est le scénario classique de tout coup d’État. La persécution politique qui a commencé avec mon père, l’ancien président Jair Bolsonaro, et qui s’est étendue à des milliers d’autres patriotes brésiliens ordinaires, voire à des citoyens américains, n’a qu’un seul objectif : réduire au silence quiconque n’est pas d’accord avec le régime d’exception instauré au Brésil par une Cour suprême cooptée par l’organisation criminelle du Parti des Travailleurs.
Pour être clair, il n’existe aucun mandat d’arrêt à mon encontre, car je n’ai commis aucun délit. Ce qui existe, c’est une chasse aux sorcières à motivation politique, dont le but était de me prendre en otage et de faire de moi un objet de chantage afin de protéger les juges corrompus de la Cour suprême contre la procédure de destitution.
Voici le scénario de cette persécution : confiscation du passeport, bracelet électronique, censure, assignation à résidence, procès-spectacle et, enfin, condamnation politique.
Je ne vais pas faire subir cela à ma famille et mon pays ne mérite pas de revivre cette honte internationale.
Face à l’instrumentalisation politique de la justice au Brésil, j’ai emmené ma famille aux États-Unis, où nous sommes en sécurité. Je remercie, une fois de plus, le président Trump et le gouvernement américain de nous avoir accueillis et de nous avoir offert la sécurité juridique dont nous ne disposons plus au Brésil.
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Je tiens à être clair : je ne me suis pas enfui du Brésil, je suis parti pour le bien du Brésil, j’ai fui un régime d’exception afin de pouvoir être le dirigeant que mon peuple mérite ; car réduit au silence, emprisonné et censuré, comme l’est mon père, je ne pourrais pas assumer ce rôle de dirigeant et nous serions livrés au théâtre institutionnel d’une opposition castrée et contrôlée par une Cour suprême remplie de serviteurs du régime.
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Reste à espérer que la France ne sera pas confrontée, en mai prochain, au même scenario que le Brésil aujourd’hui. Ce qui, au train où vont les choses ici, n’est malheureusement pas tout à fait improbable…. Qui jouerait le rôle de Lula, on croit le savoir. Mais celui de Bolsonaro?

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