Le jeu du « toto papa » fait fureur dans toutes les salles de rédaction, surtout en Italie. C’est un exercice assez vain, souvent ridicule après coup, pour ceux qui se sont trompés, et je ne m’y risquerai pas personnellement, car j’ai horreur de perdre.
Le Wanderer ne s’y lance pas lui non plus, il nous dit plutôt QUI ne sera PAS pape. Ce qui est certain, d’après lui, c’est que nous n’aurons pas un François II, et il ne se base pas sur des rumeurs, mais sur de simples déductions logiques.

Qui sera le prochain Pape?

Il était prévisible que la semaine dernière, les médias du monde entier, en particulier dans certains pays comme l’Italie et l’Argentine, se soient occupés presque exclusivement de la mort de Bergoglio et du conclave à venir. Ce qui a été surprenant, c’est le nombre de vaticanologues inconnus qui ont apporté leur sagesse à tous les programmes de télévision ou de streaming qui se disent sérieux. En passant, la plupart d’entre eux ont fini par se discréditer.

(…)

Mais ce qu’ils disent, ou ce que nous disons, sur l’identité du prochain pape, reste dans le domaine de la conjecture, même si, à cause d’une question de temps (près de vingt ans d’écriture sur les questions ecclésiastiques), je pense avoir quelques critères en plus.

Une première observation s’impose : le pape François a eu le bon goût de mourir quand il est mort, et pas avant. En l’espace d’un an, les choses ont changé, et beaucoup changé, dans l’environnement mondial. On hume un air plus conservateur que celui qui soufflait il y a quelques mois ; des signes des temps qui, bien sûr, ont une corrélation politique : le triomphe de Trump, la croissance exponentielle de l’AFD en Allemagne et de Marine Le Pen en France ; le renforcement de Melloni et Milei, la montée de Johannes Kaiser au Chili sont des signes évidents que le monde, après des décennies de progressisme, revient à des positions plus conservatrices, et l’Église, tout au long de son histoire, a su comment manœuvrer dans les temps qui changent.

Disons les choses autrement. Autant il y a un an encore, il était plausible qu’un candidat résolument progressiste soit élu pape, autant aujourd’hui, je crois que c’est impossible. Les temps ne sont pas mûrs pour le changement, ni dans le monde ni, encore moins, dans l’Église elle-même. Il n’y aura pas de François II; les cardinaux – qu’ils soient plus à droite ou plus à gauche – savent qu’un autre pontificat comme celui de Bergoglio serait synonyme de suicide ; tôt ou tard, il y aurait un schisme, ou deux, ou trois.

Mais il y a un autre élément. Au cours de la dernière année et demie de son pontificat, Bergoglio a commis des erreurs.

La nomination d’un personnage insignifiant comme le cardinal Fernandez au poste qu’occupait Ratzinger a été ressentie par beaucoup, et pas nécessairement par les conservateurs, comme un affront. Et cette opinion s’est renforcée après le scandale mondial déclenché par la révélation de sa paternité de livres pornographiques. Enfin, la promulgation de Fiducia supplicans, avec ses notes explicatives et les explications des notes explicatives, a été une pilule amère à avaler pour de nombreux évêques. Aucun d’entre eux ne prendrait le risque d’élire, par exemple, le cardinal Tagle, de peur que, dans quelques mois, il ne fasse venir un petit prêtre philippin pittoresque pour veiller sur la doctrine de l’Église.

Une autre erreur commise par Bergoglio, que les cardinaux n’ont pas oubliée, est la décapitation impitoyable de tous les évêques, prêtres et instituts religieux qui se sont opposés à lui ou qui, pour une raison ou une autre, ne lui plaisait pas. Même si, par exemple, une grande partie de l’épiscopat américain n’était pas d’accord avec Mgr Strickland, ils ont tous été très mécontents qu’il ait été démis de son siège simplement parce que le tyran de Rome ne l’aimait pas. Un geste que beaucoup ont jugé trop indietriste. Il est vrai qu’il fut un temps où les papes jetaient leurs ennemis par la fenêtre du Château Saint-Ange, mais de tels gestes ne sont plus considérés comme bienvenus.

C’est une réalité que nous pouvons non seulement appréhender par l’exercice de l’intelligence mais, comme je l’ai dit, nous pouvons la humer. Et je dois dire avec un certain sentiment de culpabilité qu’elle est savourée. Les commentaires et les visages des journalistes progressistes en poste au Vatican sont très éloquents : ils savent qu’il n’y aura pas de François II. Et les « vaticanologues » qui savent vraiment, savent que l’ère Bergoglio est terminée.

On dit – à juste titre, je pense – que les cardinaux, en congrégation générale, dressent un état des lieux de l’Église, qu’ils connaissent déjà plus ou moins, déterminent ce dont elle a besoin et cherchent ensuite l’homme qui peut le lui fournir. Et bien que l’Église soit confrontée aujourd’hui à de nombreux problèmes, dont le moindre n’est pas la faillite dans laquelle le défunt a laissé le Vatican, tout le monde s’accordera à dire que le plus grave et le plus urgent est la situation de division et de confusion provoquée par le pontificat argentin. Nous nous trouvons face à un vêtement déchiré et en lambeaux, presque méconnaissable. Les cardinaux chercheront donc le profil d’un candidat capable de commencer et de poursuivre le travail très difficile, voire impossible, de recoudre le vêtement aussi longtemps qu’il en aura le temps. Et pour cela, il faut la main et l’art d’un modéré. C’est du moins ce que pensent les porporati. C’est pourquoi il n’y aura pas de François II ou de Pie XIII. Je pense plutôt que nous aurons un Jean-Paul III, quel que soit le nom qu’il choisira.

Qui correspond à ce profil ? Parce que, en plus de sa modération, il doit être un homme d’expérience, et non un frimeur comme Bergoglio, avec une fermeté et une capacité de commandement, et un niveau acceptable d’orthodoxie doctrinale. Car pour unir les parties où la tunique a été mise en lambeaux, il faut un poignet politique, de la souplesse sur certaines questions et de l’inflexibilité sur d’autres, et le jugement nécessaire pour discerner entre l’une et l’autre. Et l’un des candidats qui, en première instance, semble remplir toutes ces conditions est le cardinal Pietro Parolin, et il est présenté comme tel par les médias. Ce n’est certainement pas le candidat que je choisirais, mais ce n’est pas moi qui choisis, ce sont les cardinaux.

Cependant, Parolin a quelques points très faibles qui seront certainement discutés par les électeurs dans l’ombre des murs du Vatican. Parolin, c’est la Chine ; le géant asiatique est derrière lui, et c’est lui qui a remis l’église catholique chinoise – une église martyre – au parti communiste, au mépris du sang versé par les catholiques fidèles à la foi apostolique pendant des décennies.

Le cardinal Zen l rappellera clairement et avec force : « Parolin sait qu’il ment, il sait que je sais qu’il ment, il sait que je dirai à tout le monde qu’il ment, donc il est non seulement effronté, mais aussi audacieux ». Il l’a dit en 2020 et s’en souviendra dans les congrégations générales. Et Zen, en raison de son âge et de son histoire, inspire le respect au sein du collège des cardinaux.

L’admirable et indomptable cardinal Zen, 93 ans
Quel courage!

Et Parolin le sait, comme tous ses condisciples de l’école du cardinal Achille Silvestrini [cf. Mort à 95 ans du cardinal Silvestrini]. C’est pourquoi, en cas d’enlisement, il dispose d’une figure de secours : le cardinal Claudio Gurgerotti, un autre Silvestrinien, le célèbre stambecco [bouquetin] du livre Via col vento in Vaticano paru dans les années 1990 [ndt – voir cet article de Magister en 1999: chiesa.espresso.repubblica.it].

Dès ce premier livre [anonyme] sur la vie à l’intérieur de la Curie du Vatican, écrit par quelqu’un qui y avait vécu toute sa vie, on trouvait un compte rendu des compétences du bouc de montagne, appelé ainsi non pas à cause de sa barbe, mais en raison de sa capacité à escalader les montagnes les plus escarpées. Il se peut que le maître alpiniste atteigne finalement le plus haut sommet.

Mais la question que nous pouvons nous poser est de savoir si ce qui est arrivé à Bergoglio en 2013 n’arrivera pas à Parolin cette fois-ci : que les cardinaux achètent du poisson pourri. Car la réalité est que le cardinal Parolin n’est pas un modéré, mais plutôt qu’il joue le rôle du modéré. C’est un européiste et une figure engagée dans l’Agenda 2030 et tous les postulats du wokisme. Il diffère de François en ce qu’il a des manières. Ce qui est arrivé à l’Église, c’est ce qui est arrivé à l’Argentine en 2015 quand Mauricio Macri a été élu président : ce n’était rien d’autre qu’un kirchneriste bien élevé, aussi progressiste que les autres, à la différence que les premiers utilisaient du déodorant et le second des parfums français.

Il y a d’ailleurs d’autres modérés qui ont des possibilités. Le cardinal Péter Erdö est l’un d’entre eux, et il suffit de regarder son profil pour voir qu’il est un candidat solide. Un autre est le cardinal Pizzaballa, mais il est très jeune et je ne pense pas qu’il sera élu ; ou le cardinal Arbolerius, bien qu’à mon avis il soit une option trop exotique ; ou le cardinal Eijk, bien qu’il soit fortement contesté par les Européens. Le plus probable serait le cardinal Aveline, modérément modéré, bien qu’il soit reconnu comme étant trop proche de François et, une fois de plus, ce n’est pas un avantage.

La dernière question que nous pouvons nous poser dans ce billet déjà long est de savoir si le groupe des cardinaux traditionalistes et définitivement conservateurs a une stratégie comme celle des progressistes (proposer à Parolin de gérer Gurgerotti). Il est certain qu’ils en ont une, et je le ressens. Mais, bien sûr, je préfère suivre le Siracide (37, 10) : « Ne dis pas tes plans secrets à tes ennemis » [10 Ne consulte pas quelqu’un de sournois ; à ceux qui te jalousent cache ton projet, cf. www.aelf.org/bible/Si/37.]

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