Entre « chiacchieri » vaticans (copyright Francisco!) plus ou moins hermétiques aux non-initiés mais utiles pour comprendre l’environnement, et analyses plutôt fines, encore un article sur les fameux « 100 premiers jours » issus d’un quotidien romain à tirage modeste (classé par Wikipedia comme « conservateur de droite », sic!), « Il Tempo ». Pour résumer: la continuité avec François est un fantasme des progressistes, et c’est le pape qui a le dernier mot.

« Avec ce pape, il faut rappeler ce que Churchill a dit à propos de la Russie de Staline : c’est une énigme enveloppée d’un mystère à l’intérieur d’une énigme ».

Pape Léon, la révolution silencieuse marque (maintenant) le début de l’ère Prevost

www.iltempo.it
Francesco Capozza
25 août 2025

Affable, souriant, polyglotte, réfléchi, mais dans la ligne de son prédécesseur direct. C’est ainsi que de nombreux journaux continuent de décrire Léon XIV, 267e successeur de Pierre depuis le 8 mai dernier. Un aspect est obstinément souligné : jusqu’à présent, il n’a rien fait qui puisse aller à l’encontre de Bergoglio, il y a donc une continuité absolue.

Rien n’est plus faux.

Il est vrai que Léon a un caractère plus doux et introverti que la personnalité débordante de François, mais ses silences, dont témoignent de nombreux cardinaux et chefs de département reçus en audience au cours de ces cent premiers jours, en disent long. Prevost écoute tout le monde, tant les bergogliens les plus fidèles qui, en présence du nouveau souverain, tentent de sauver leur position, que ceux qui ont été évincés lors du pontificat précédent et qui espèrent aujourd’hui pouvoir à nouveau compter pour quelque chose.

Pour tous, cependant, Léon est impénétrable et imprévisible. Pour reprendre les mots d’un eminentissimo [cardinal] de la vieille garde qui a rencontré le pape ces derniers jours :

« Avec ce pape, il faut rappeler ce que Churchill a dit à propos de la Russie de Staline : c’est une énigme enveloppée d’un mystère à l’intérieur d’une énigme ».

En réalité, après avoir reçu tous les dirigeants de l’Église au cours de ces premiers mois, le pape a des idées très claires, voire très précises, sur ceux en qui il peut avoir confiance et ceux qu’il doit gentiment accompagner à la porte. Le premier en ordre d’importance qui ne verra pas son mandat confirmé est Matteo Maria Zuppi, archevêque de Bologne et président de la CEI.

Le prélat romain naturalisé felsineo [bolognais – du nom d’une célèbre marque de charcuterie italienne basée à Bologne, ndt] a commis plusieurs erreurs ces derniers temps, dont certaines extrêmement prurigineuses pour le pape. Si le long entretien avec Francesco Merlo lors de la fête de La Repubblica, au cours duquel le cardinal s’était laissé aller à des rires extravagants et à un maladroit « François nous manque beaucoup à tous », a été déclassé par Léon comme un simple hommage à la mort de Bergoglio, d’autres épisodes plus récents mettant en scène le cardinal de Bologne n’ont pas du tout plu au pape.

Cette interminable lecture des noms des enfants tués à Gaza, par exemple, a déplu au pape qui cherche par tous les moyens à instaurer la paix au Moyen-Orient, allant jusqu’à mettre à disposition le territoire du Vatican.

«La politique étrangère du Saint-Siège est dirigée par Léon et, dans un second temps, par Parolin. Il n’y a plus de place pour des délégués extérieurs au Secrétariat », confie à Il Tempo un très haut prélat très proche du pape américain.

Il est donc désormais clair pour tout le monde que Léon XIV attendra la fin naturelle du mandat de Zuppi, prévue en mai 2027, pour le remplacer à la tête de la Conférence épiscopale italienne.

Il y a ensuite une question purement interne aux murs sacrés, celle relative à la communauté franciscaine nombreuse qui s’est développée et multipliée sous le règne de Bergoglio.

Léon, deuxième pape depuis des siècles à appartenir à un ordre monastique, a l’intention de révolutionner le schéma imposé par son prédécesseur direct, qui avait amené au Vatican une foule de jésuites et de franciscains, à commencer par l’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, Mauro Gambetti, appelé à Rome directement depuis Assise et passé très rapidement de la robe de bure à la pourpre à seulement 53 ans.

Déjà largement critiqué pour sa gestion démissionnaire de la plus importante église de la catholicité, le franciscain Gambetti a immédiatement attiré l’attention du nouveau pontife dès les premières cérémonies tenues à Saint-Pierre. Une certaine désinvolture dans sa tenue vestimentaire (il a accueilli le pape en clergyman alors que tous les autres cardinaux portaient diligemment leur soutane écarlate en présence du nouveau pontife) mais surtout dans ses actions en dehors du Vatican ont incité Léon XIV à poser son regard impénétrable sur l’archiprêtre. Il semble même que le pape ait pleinement connaissance des véritables raisons qui ont conduit à l’hospitalisation d’urgence du cardinal à la polyclinique Gemelli en juin dernier [???].

Des calomnies ? Peut-être. Il est toutefois certain que Léon, après avoir remis à sa place le père Enzo Fortunato, épigone de Gambetti qu’il avait amené au Vatican et auquel le pape a retiré la présidence du Comité pontifical pour la Journée mondiale de l’enfance – organisme spécialement créé par Bergoglio et désormais rattaché au dicastère pour les laïcs –, souhaite désormais donner plus d’espace à ses fidèles confrères augustins et remplacer rapidement l’archiprêtre lui-même, peut-être en l’envoyant diriger un diocèse italien.

Depuis Assise, où l’on attend avec beaucoup d’enthousiasme la canonisation de Carlo Acutis le 7 septembre, un avertissement est toutefois lancé : « Ici, nous ne voulons plus de Gambetti ».

Comme toujours, c’est le Souverain Pontife qui décidera.

Share This