La voie anglicane

20 Oct 2025 | Actualités

Le blogueur argentin « El Wanderer » commente la nomination récente d’une « évêquesse » de Canterbury, et conséquemment « cheffe » de l’Eglise d’Angleterre. On serait tenté de rire (jaune, quand même), si ce n’était si tristement significatif. Et même d’y voir une relative bonne nouvelle pour l’Eglise Catholique, car à chaque fois que l’église anglicane a été trop loin sur le chemin de la provocation moderniste, cela a provoqué des départs massifs d’anglicans vers Rome (voir le cas de JH Newman), ce que le blogueur argentin documente méticuleusement à travers l’histoire récente .
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Sauf que cette nomination-farce a été accueillie très favorablement par de hauts membres de la hiérarchie catholique (du cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, cf. AM Valli, jusqu’au cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, qui ont adressé des félicitations chaleureuses à l’impétrante). Laissant craindre qu’à plus ou moins long terme, un sort analogue attende les catholiques… 

Les anglicans qui ont été témoins des cas relatés [ci-dessous] avaient un endroit où se réfugier : Rome. Et beaucoup d’entre eux l’ont fait.

Nous, catholiques du XXIe siècle, nous n’avons pas cette possibilité, car nous affirmons que l’Église fondée par Notre Seigneur est l’Église romaine.

Et à ceux qui proposent une échappatoire à l’orthodoxie, je crains fort que les orthodoxes ne soient eux aussi sur la même voie.

La voie anglicane, une fois de plus

Carnaval

Il y a près d’un mois, l’Église anglicane a nommé Sarah Mullally « archevêquesse » de Canterbury et « cheffe » de l’Église d’Angleterre. En réalité, bien que ce soit formellement le roi qui l’ait nommée, c’est le Premier ministre qui l’a choisie, en l’occurrence Keir Starmer, un socialiste athée de la pire espèce.

Depuis longtemps, l’Église anglicane n’est plus qu’un simple décor de brocarts, de chœurs et d’orchestres, complètement vide à l’intérieur. C’est une farce, et avec la nomination d’une archevêquesse à sa tête, elle est définitivement devenue grotesque, digne d’une pièce d’Eugène Ionesco ou de Luigi Pirandello.

Pour nous, c’est une bonne nouvelle, car cette décision provoquera sans aucun doute un grand nombre de conversions à l’Église catholique, en plus du schisme interne qui vient de se produire : 80 % des anglicans pratiquants, pour la plupart africains, se sont séparés de la communion avec le siège de Canterbury, et l’ont fait savoir. L’Église d’Angleterre se retrouve vide, sans fidèles.

Le problème, cependant, est que notre Église suit depuis des décennies la voie anglicane, et il ne serait donc pas étonnant que, d’ici quelque temps, nous ayons une papesse intronisée à Saint-Pierre. Cela peut sembler exagéré, mais il suffit de se référer à l’histoire.

Il y a trois ans, j’ai publié sur ce blog un article intitulé précisément La voie anglicane, qui a eu un grand retentissement et que je reproduis ci-dessous, car il est opportun et alarmant.

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1. En 1841, le gouvernement anglais et l’archevêque de Canterbury ont convenu avec le roi de Prusse et les autorités des Églises luthérienne et calviniste d’établir un évêché à Jérusalem qui aurait juridiction sur les fidèles des trois communions, avec une alternance d’évêques anglicans et luthériens. Cela a provoqué un grand scandale et a été l’une des causes qui ont finalement poussé John Henry Newman à se convertir au catholicisme. Il écrivait à ce sujet :

« Il semble que nous soyons sur une voie où nous devons fraterniser avec toutes sortes de protestants, de monophysites, de juifs à moitié convertis, de druzes. Si un tel événement venait à se produire, je ne pourrais empêcher aucun homme de partir pour Rome. Tous commenceront à partir, tôt ou tard ».

(Lettre à J.W. Bowden, du 10 octobre 1841).

2. Quelques années plus tard, en 1847, survint « l’affaire Gorham ». L’évêque Phillpotts, d’Exeter, décida de ne pas accorder au révérend Gorham la paroisse de Brampford Speke, bien qu’il eût été nommé à ce poste par la Couronne, car le révérend soutenait que l’administration du baptême n’impliquait ni la régénération spirituelle ni la grâce sanctifiante.

La situation créa un conflit qui dut être résolu par le Conseil privé de la reine qui, deux ans et demi plus tard, ordonna à l’évêque d’installer Gorham dans le poste qu’il lui refusait, au motif que les candidats ne devaient pas être contraints de se prononcer sur des points doctrinaux sur lesquels l’Église anglicane n’avait pas de doctrine claire.

Cette situation, comme on peut s’y attendre, a suscité un grand malaise, car selon de nombreux évêques et clercs anglicans, leur Église avait une doctrine bien définie concernant la grâce baptismale. Une protestation officielle fut déposée, dans laquelle les signataires affirmaient que l’Église d’Angleterre, avec l’affaire Gorham, « se séparait officiellement du corps catholique et ne pouvait plus garantir à ses membres la grâce des sacrements et la rémission des péchés ». Quelque temps plus tard, les archevêques de Canterbury et d’York déclarèrent leur soutien à la décision du jugement. C’est ce qui poussa les archidiacres Henry Manning et Robert Wilberforce, ainsi que James Hope, membre éminent de la Chambre des lords, à suivre la voie de Newman et à être admis dans l’Église de Rome.

3. En 1913 eut lieu la « controverse de Kikuyo ». Tout avait commencé lorsque deux diocèses anglicans d’Afrique — Mombasa et Ouganda — avaient participé à un congrès des Églises protestantes qui s’était tenu à Kikuyo (Kenya) et qui avait abordé le thème de la collaboration entre les différentes confessions chrétiennes. La réunion s’était terminée par une célébration liturgique œcuménique, présidée par un évêque anglican et « concélébrée » par des pasteurs protestants. Cet événement provoqua un grand scandale et une division en Angleterre. Les évêques participants furent dénoncés comme hérétiques, mais leur geste fut finalement réhabilité. Cette position d’ouverture de certains secteurs de l’Église établie était-elle juste ? Ronald Knox, prêtre anglican, était en profond désaccord et, pour exposer sa position, il écrivit en quatre jours un petit livre dont l’argument était une simple raisonnement par l’absurde. Il l’intitula Reunion All Round et vous pouvez le lire, en anglais, ici. Ce fut l’un des événements déterminants qui conduisirent Knox à se convertir au catholicisme en 1917.

4. En 1947, l’évêque anglican de Birmingham, Ernest Barnes, publia un livre intitulé The Rise of Christianity (L’essor du christianisme) dans lequel il mettait en doute la virginité de Marie et la résurrection physique de Jésus. Il défendait en outre publiquement la nécessité et l’opportunité du contrôle des naissances. Ces faits provoquèrent une vive protestation dans de nombreux milieux britanniques, et des pressions furent exercées pour que Barnes soit démis de ses fonctions, ce qui ne s’est jamais produit. Cependant, de nombreux anglicans – clercs et fidèles – ont vu dans cette situation une dérive inacceptable de leur Église et ont décidé de se convertir au catholicisme. Parmi eux se trouvait le prêtre écossais Onich MacFarlene-Barrow, qui écrivait :

« Je me posais sans cesse cette question : est-il possible de rester en communion avec un évêque qui, malgré ses discours blasphématoires, n’est pas démis de ses fonctions ? Il est vrai que les erreurs soutenues par l’évêque Barnes ne pouvaient pas être considérées comme quelque chose d’inhabituel, car depuis la fondation de l’Église, il y avait toujours eu des dignitaires ecclésiastiques qui disaient et faisaient des choses qui scandalisaient les fidèles ; cependant, rien ne m’avait jamais autant préoccupé que les déclarations de l’évêque de Birmingham et j’étais convaincu qu’il ne me serait pas possible de rester dans l’Église anglicane. »

On pourrait certainement citer d’autres cas similaires, comme la conversion de Graham Leonard, évêque de Londres en 1989, en raison de la décision de l’Église d’Angleterre de conférer l’ordre presbytéral aux femmes.

Et dans tous ces cas, on observe un schéma commun : un fait concret de tendance moderniste pris par l’Église d’Angleterre dans son ensemble ou par des évêques individuels, mais avec le soutien de la hiérarchie, provoque une ou plusieurs conversions à l’Église romaine.

Tirons maintenant quelques conclusions :

1. Une grande partie des affirmations ou des faits qui ont provoqué les crises pourraient aujourd’hui être le fait de prêtres ou d’évêques catholiques, et bénéficieraient du soutien de la hiérarchie vaticane. Prenons un cas récent : le cardinal Hollerich, S.J., a défendu la semaine dernière l’« amour » homosexuel, une attitude bien plus audacieuse que le contrôle des naissances préconisé par l’évêque Barnes.

Dans tous les séminaires ou universités catholiques, on enseigne ouvertement la non-virginité de Marie et la résurrection symbolique de Notre Seigneur (faut-il rappeler, par exemple, le défunt bibliste argentin Luis Rivas ?). En Allemagne, les cérémonies d’intercommunion entre catholiques et luthériens sont monnaie courante, et le pape François lui-même a publiquement donné la communion à une protestante. Aucun évêque catholique n’ songerait à suspendre l’un de ses prêtres s’il remettait en question la doctrine sur la justification des eaux baptismales, et les fraternisations avec les protestants, les juifs et les bouddhistes sont monnaie courante depuis le regrettable épisode d’Assise.

L’Église catholique se trouve manifestement dans la même situation que l’Église d’Angleterre il y a un siècle.

2. L’Église anglicane a aujourd’hui disparu. Il ne reste qu’une structure officielle, maintenue par l’État, qui remplit une fonction sociale et décorative, mais dans laquelle chacun croit ce qu’il veut, dont les temples sont vides et fermés, et où très peu de gens trouvent encore un vestige de vie spirituelle proprement dite. En d’autres termes, elle a cessé d’être une religion.

Cette situation annonce-t-elle l’avenir proche de l’Église catholique, compte tenu de la similitude de leurs trajectoires ?

3. Les anglicans qui ont été témoins des cas relatés avaient un endroit où se réfugier : Rome. Et beaucoup d’entre eux l’ont fait. Nous, catholiques du XXIe siècle, nous n’avons pas cette possibilité, car nous affirmons que l’Église fondée par Notre Seigneur est l’Église romaine. Et ceux qui proposent une échappatoire à l’orthodoxie, je crains fort que les orthodoxes ne soient eux aussi sur la même voie. Il suffit de voir cette nouvelle très récente [ndt: selon laquelle « un archevêque orthodoxe américain baptise pour la première fois les enfants (nés d’une mère porteuse, d’un couple homosexuel].

Si l’Église catholique poursuit alors la voie de la défection qu’elle a empruntée à partir des années 60 et qui s’est accélérée avec le pape François, je crains fort que pour rester fidèles à la foi des apôtres, nous devions envisager, à un moment ou à un autre, des solutions qui ne seront pas faciles à prendre.

« Quand le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

(Lc 18, 8)

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