Synode sur la synodalité: un évêque écrit à Léon XIV: stop à l’Eglise « auto-référentielle » (*)

14 Août 2026 | Actualités

(*) C’était pourtant le slogan favori de Bergoglio

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Il s’agit de Mgr Robert Mutsaerts, néerlandais, évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc, que nous avons croisé à plusieurs reprises dans ces pages (cf. www.benoit-et-moi.fr..mutsaerts).

En 2012, après avoir décidé de quitter l’assemblée synodale, il déclarait : « Dieu est hors de ce processus synodal ignoble ».

Aujourd’hui, il redoute que la synodalité, initialement présentée comme un processus, ne devienne une forme permanente de gouvernement de l’Église. Et il écrit une lettre ouverte au Pape lui-même, pour lui rappeler qu’« une Église qui passe son temps à réfléchir à son propre fonctionnement risque d’oublier pourquoi elle existe : annoncer le Christ et conduire les hommes au Salut. »

La lettre s’achève sur un passage magnifique, où il propose l’épisode des disciples d’Emmaüs comme modèle d’une véritable synodalité: le Christ écoute les disciples, mais ne se contente pas de valider leur interprétation : il leur explique les Écritures, les conduit à la vérité et finit par se révéler à eux quand il rompt le pain. Puis ils repartent immédiatement vers Jérusalem pour annoncer ce qu’ils ont découvert. C’est-à dire en mission.

La lettre est publiée sur son blog personnel (en néerlandais) « Paarse Pepers«  (Piments violets) et a été traduite en italien par Sabino Piacciolla chez qui je l’ai trouvée.

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A noter: elle est très longue, et Mgr Mutsaerts a pris soin d’en rythmer la lecture en insérant lui-même les sous-titres. Il faut évidemment la lire en entier, mais on peut aussi l’utiliser à la manière d’une sorte de mémo, un florilège d’arguments à opposer à ceux qui persistent à ignorer l’authentique révolution que représente cette nouvelle forme de gouvernement de l’Eglise à laquelle Léon XIV semble (malheureusement), par son implication personnelle, donner une impulsion définitive.

Le monde n’attend pas une Église synodale
Et c’est peut-être là que réside la plus grande tragédie. Le monde moderne traverse une crise spirituelle sans précédent. Les gens cherchent un sens à leur vie. Les jeunes cherchent une identité. La solitude ne cesse de s’accentuer. Les familles se désagrègent. La technologie s’immisce de plus en plus profondément dans l’existence humaine. La pornographie déforme la sexualité. Le matérialisme ne comble pas. Le changement climatique devient pour beaucoup une religion de substitution. Les gens ont peur de la mort, mais ne savent presque plus pourquoi ils vivent.
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Et au cœur de ce monde, l’Église possède quelque chose d’extraordinaire. Elle possède l’Évangile. Les sacrements. L’Eucharistie. La confession. Deux mille ans de sagesse. Les Écritures. Les Pères de l’Église. Thomas d’Aquin. Augustin. Les mystiques. Les saints. Une tradition sans pareille en matière d’art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité.

Et surtout : Jésus-Christ.
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Le monde n’attend pas une énième organisation qui l’écoute. Il y en a déjà assez comme ça. Le monde attend quelqu’un qui lui dise pourquoi il a été créé.

Saint-Père,

C’est avec tout le respect dû au ministère qui vous a été confié en tant que successeur de saint Pierre, et en solidarité avec l’Église que le Christ a édifiée sur les apôtres, que je m’adresse à vous par cette lettre ouverte. Je ne le fais pas à la légère. Ce qui me pousse à prononcer publiquement ces mots, c’est une préoccupation qui, en dernière analyse, prime sur toute autre considération ecclésiale : le salut des âmes. Salus animarum suprema lex — le salut des âmes est la loi suprême. Ma question est simple et sérieuse : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? Telle est pour moi la question décisive.

Saint-Père, je suis pleinement conscient que le ministère pétrinien comporte une responsabilité dont ceux qui n’exercent pas ce ministère ne peuvent avoir qu’une vague idée. C’est précisément pour cette raison que j’écris ces mots, non par manque de respect envers le ministère papal, mais par amour pour ce même ministère. En effet, Pierre a reçu du Christ non seulement la mission d’unir les frères, mais aussi de les affermir dans la foi : « Et toi, une fois revenu à toi-même, affermis tes frères. » En fin de compte, le monde n’a guère besoin d’une Église qui se contente de répéter ce que le monde lui-même pense déjà. Il a besoin d’une Église qui, avec amour mais sans crainte, lui montre le Christ.

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre mon inquiétude concernant le Synode sur la synodalité. Et surtout, je me demande ce que tout cela signifie pour le simple fidèle qui n’attend pas de son Église un processus permanent, mais une clarté sur le chemin qui mène à Dieu.

Cette lettre n’est donc pas un acte d’accusation contre des personnes. Je n’ai pas non plus l’intention de nier les bonnes intentions des nombreuses personnes qui se sont sincèrement engagées dans le processus synodal. Les bonnes intentions méritent d’être reconnues. Mais les bonnes intentions ne nous dispensent pas du devoir d’en examiner les fruits. Le Christ lui-même nous a fourni un critère simple à cette fin : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ». C’est pourquoi j’estime qu’après des années de consultations synodales, de rencontres, de rapports et de documents, le moment est venu de s’interroger en toute franchise sur ces fruits. Non par cynisme, mais par amour pour l’Église. Non par nostalgie d’un passé idéalisé, mais par souci de son avenir. Et non pas pour mener une lutte politico-ecclésiale, mais parce que derrière toutes ces discussions se cache une réalité infiniment plus importante : le salut éternel des âmes que le Christ a confiées à son Église. Poussé par ce souci, Saint-Père, je vous soumets la réflexion suivante.

Permettez-moi de poser la question qui dérange : Qu’est-ce que tout cela a réellement apporté ? Pas : combien de réunions ont été organisées ? Pas : combien de rapports ont été rédigés ? Pas : combien de personnes y ont participé ?
Mais : la foi s’est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé plus clairement ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu davantage de conversions ? La participation à la messe dominicale a-t-elle augmenté ? Y a-t-il davantage de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus percutante ? Un plus grand respect pour l’Eucharistie s’est-il manifesté ? La doctrine morale de l’Église est-elle devenue plus claire ? Le courage missionnaire s’est-il accru ?

Le Synode sur la synodalité

Quiconque évalue le Synode sur la synodalité exclusivement à la lumière de ses propres objectifs peut sans peine en dresser un bilan positif. On s’est écouté. On a discuté. Des milliers de personnes ont été consultées. Évêques, prêtres, religieux et laïcs se sont réunis. On a parlé de communion, de participation et de mission. Un nouveau vocabulaire ecclésial a même vu le jour : synodalitéécoutediscernementparticipationdialogue dans l’Espritlancer des processus.

Mais on peut aussi envisager cette même histoire sous un angle complètement différent. Permettez-moi de poser la question qui dérange : Qu’est-ce que tout cela a réellement apporté ? Pas : combien de réunions ont été organisées ? Pas : combien de rapports ont été rédigés ? Pas : combien de personnes y ont participé ?

Mais : la foi s’est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé plus clairement ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu davantage de conversions ? La participation à la messe dominicale a-t-elle augmenté ? Y a-t-il davantage de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus percutante ? Un plus grand respect pour l’Eucharistie s’est-il manifesté ? La doctrine morale de l’Église est-elle devenue plus claire ? Le courage missionnaire s’est-il accru ?

Lorsque l’on se pose ce genre de questions, il est impossible de considérer le Synode comme un succès. À cela s’ajoute désormais un autre aspect. L’initiative synodale n’est pas réellement terminée. La phase officielle de mise en œuvre se poursuit et, à travers des rencontres diocésaines, nationales et continentales, elle devra aboutir à une assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a de nouveau publié un calendrier détaillé à cet effet. Cela rend la critique d’autant plus pertinente. Ce qui avait initialement été conçu comme un synode se déroulant de 2021 à 2024 risque de devenir une forme de gouvernance permanente.

Un synode sur un synode

Le premier aspect digne d’intérêt réside déjà dans le nom même : Synode sur la synodalité. Traditionnellement, un synode était convoqué parce que l’Église devait débattre d’un sujet précis : l’évangélisation, le mariage et la famille, le sacerdoce, l’Eucharistie, les Écritures, une hérésie, une crise pastorale ou un problème concret. Dans le Synode sur la synodalité, en revanche, c’est le processus lui-même qui devient le sujet. On pourrait le comparer à une réunion qui s’éternise pour discuter de la manière dont il faudrait se réunir à l’avenir.

L’Église connaît les conciles et les synodes depuis l’Antiquité. Les apôtres se réunissaient à Jérusalem. Les évêques délibéraient entre eux. Les papes consultaient les évêques. Les grands conciles œcuméniques sont inconcevables sans une consultation ecclésiale conjointe. Mais cela est bien différent de la synodalité entendue comme un paradigme ecclésial permanent. Le synode classique était un instrument. Dans le discours synodal actuel, la synodalité risque de devenir une fin en soi. Et c’est précisément là que, d’un point de vue catholique traditionnel, le problème commence.

L’Église n’est pas un dialogue, mais une réalité reçue

En effet, l’Église ne trouve pas son origine dans notre dialogue. Elle trouve son origine dans le Christ. Cela semble évident, mais cela a des conséquences de grande portée. Le Christ n’a pas fondé un groupe de discussion. Il a appelé les apôtres. Il leur a conféré l’autorité. Il les a envoyés prêcher, baptiser et enseigner : « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples ». L’orientation est fondamentale dans ce contexte. La foi ne naît pas du fait que l’Église dresse d’abord un inventaire de ce en quoi les gens croient, puis distille de toutes ces expériences une conviction commune. La foi se reçoit.

Paul utilise constamment des mots tels que recevoirtransmettreconserver. L’Église ne possède pas la Révélation parce qu’elle l’a conçue, mais parce qu’elle l’a reçue. Cela signifie que le christianisme, de par sa nature, ne peut pas être démocratique. Non pas parce que la démocratie, en tant que forme de gouvernement, soit négative, mais parce que la vérité ne naît pas de la majorité des voix. Si demain 90 % des catholiques ne croyaient plus à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, le Christ n’en serait pas pour autant moins réellement présent. Si 80 % rejetaient une doctrine morale donnée, cette doctrine ne deviendrait pas automatiquement fausse. La vérité ne résulte pas du consensus. C’est là le premier grand point de tension autour du projet synodal.

Écouter : qui ?

Tout au long de ce processus, un mot-clé a été l’écoute (comme si nous ne l’avions jamais pratiquée). En soi, il n’y a rien à redire. Un évêque doit écouter. Un prêtre doit écouter. Les chrétiens doivent s’écouter les uns les autres. Un pasteur qui n’écoute jamais son troupeau n’est pas un bon pasteur. Mais la question se pose aussitôt : qui l’Église doit-elle écouter avant tout ? La réponse traditionnelle est : le Christ, l’Écriture, la Tradition apostolique, les saints, le témoignage de vingt siècles de christianisme, le magistère. Et bien sûr, les fidèles également.

Dans certains textes synodaux, cependant, l’ordre semble facilement s’inverser. On part des expériences, des désirs, des frustrations et des attentes des personnes d’aujourd’hui, puis on se demande comment l’Église doit réagir à tout cela. Cela semble séduisant sur le plan pastoral, mais recèle un danger. Car que se passe-t-il lorsque les désirs de l’homme moderne se heurtent à l’Évangile ? Ce n’est alors pas l’Évangile qui doit changer ; c’est l’homme qui doit changer. Dans le christianisme, cela s’appelle la conversion. Et c’est précisément ce mot qui résonne étonnamment peu dans de nombreux débats ecclésiaux modernes.

Le grand absent : la conversion

C’est là que réside la faiblesse la plus profonde de tout le projet. L’Église n’existe pas en premier lieu pour confirmer les gens dans ce qu’ils sont déjà. Elle existe pour les conduire vers le Christ. Les premiers mots de la prédication publique de Jésus ne sont pas : « Dites-moi d’abord ce que vous pensez des structures ecclésiales actuelles ». Mais : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». C’est nettement moins bureaucratique. Et nettement plus radical.

L’Église des martyrs n’a pas changé le monde romain en organisant des réunions d’écoute sur la manière dont les Romains pourraient percevoir la communauté chrétienne de façon plus inclusive. Elle a annoncé le Christ. Pierre a annoncé le Christ. Paul a annoncé le Christ. François a annoncé le Christ. Dominique a annoncé le Christ. François Xavier a annoncé le Christ. Jean-Marie Vianney a annoncé le Christ. Mère Teresa a annoncé le Christ. Jean-Paul II a annoncé le Christ. Sans aucun doute, ils ont écouté les gens. Mais l’écoute n’a jamais été le but ultime. Le but ultime était la conversion au Christ.

L’éléphant dans la salle du synode

Mais l’attention se concentre en grande partie sur les structures, la participation, les processus décisionnels, la responsabilité des femmes, l’inclusivité, les rapports d’autorité et le fonctionnement des instances ecclésiastiques. Ce sont là des sujets légitimes.

Mais une maison en feu a d’autres priorités que les questions d’ordre administratif.

Une sorte de « loi de Parkinson » ecclésiastique

Les institutions qui perdent de vue leur objectif initial ont souvent tendance à parler de plus en plus de leur propre organisation. Les entreprises parlent alors sans fin de processus. Les universités, de gouvernance. Les administrations publiques, de modèles de participation. Et les organisations ecclésiastiques, de structures. Moins il y a d’évangélisation, plus on crée de commissions sur l’évangélisation. Moins il y a de vocations, plus on rédige de documents sur les vocations. Moins il y a de fidèles qui fréquentent l’église, plus les réunions sur ce qu’est l’Église s’éternisent. Cela peut paraître cynique, mais derrière cela se cache une réflexion sérieuse : la bureaucratie peut créer l’illusion d’une activité alors que la réalité montre le contraire. On navigue sans boussole.

Les attentes qui ne peuvent être satisfaites

Le processus synodal a suscité des attentes. Cela s’explique surtout par le fait que, au cours des différentes phases de consultation, ont été abordés des thèmes touchant à des questions sur lesquelles l’Église dispose déjà d’une doctrine claire. Le diaconat féminin. Le sacerdoce. La morale sexuelle. Les relations homosexuelles. Les relations entre laïcs et clergé. L’autorité ecclésiastique. La décentralisation. La place des femmes. Lorsque de tels sujets sont « débattus » pendant des années, on a spontanément l’impression qu’ils pourraient finalement être modifiés. Sinon, en effet, on n’en parlerait pas sans fin.

Il en résulte un paradoxe pastoral. On demande aux fidèles d’exprimer leurs attentes. Par la suite, certaines de ces attentes s’avèrent impossibles à satisfaire sans compromettre la cohérence avec la doctrine catholique. Que se passe-t-il alors ? Une déception générale. L’Église a donc elle-même suscité des attentes qu’elle ne peut finalement pas satisfaire. Ce n’est pas un résultat pastoral positif. C’est la recette idéale pour la frustration.

La protestantisation de la conception catholique de l’Église

D’un point de vue traditionaliste, on peut également y voir une ironie historique. Certains éléments de la culture synodale moderne présentent en effet des similitudes avec des évolutions observées depuis déjà plusieurs décennies dans les Églises protestantes. Une plus grande importance accordée à la participation. Une plus grande prise de parole au niveau administratif. Davantage de structures de consultation. Un poids accru accordé aux communautés locales. Une plus grande importance accordée à l’expérience individuelle. Un débat plus intense sur l’évolution des conceptions sociales. Une autorité hiérarchique moins acquise d’avance. Tout cela, en soi, n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Mais la question historique s’impose inévitablement : ce modèle a-t-il conduit, dans le monde protestant, à un renouveau chrétien spectaculaire ? Dans une grande partie de l’Europe occidentale, la réponse est claire : non. Pourquoi alors l’Église catholique devrait-elle précisément adopter les modèles administratifs et pastoraux de communautés ecclésiales qui ont souvent subi la même sécularisation encore plus tôt et de manière plus marquée ? Un malade guérit rarement en prenant le médicament du malade alité à côté de lui, qui va encore plus mal.

L’alternative oubliée : tendre vers la sainteté

Les grandes réformes catholiques n’ont presque jamais été initiées par les institutions. Elles ont été lancées par les saints. Après des périodes de corruption, les réformateurs sont apparus : Benoît, Bernard, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace de Loyola, Thérèse d’Ávila, Charles Borromée, François de Sales, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Maximilien Kolbe, Jean-Paul II. Leur programme était d’une simplicité surprenante : devenir saints.

Car un saint possède une force missionnaire qu’aucun document programmatique ne peut égaler. Une paroisse dirigée par un curé saint a plus d’avenir qu’un diocèse comptant vingt groupes de travail sur la synodalité et des responsables grassement rémunérés. Un couvent comptant dix religieux fervents évangélise davantage que cent pages de jargon ecclésiastique. Un prêtre qui croit visiblement se trouver face à Dieu à l’autel peut amener davantage de personnes à la foi qu’une conférence sur la liturgie participative.

C’est peut-être précisément là que réside l’alternative que le Synode n’a pas suffisamment mise en avant : non pas moins d’écoute, mais plus de sainteté. Non pas moins de participation, mais plus de conversion. Non pas moins de dialogue, mais plus d’annonce.

La liturgie, un test décisif

D’un point de vue traditionnel, il est par ailleurs surprenant que la crise de la liturgie ait joué un rôle relativement marginal. Car si l’on veut vraiment savoir comment va une Église, il faut se tourner vers son culte. Lex orandi, lex credendi. La manière dont on prie est l’expression de la foi.

Lorsque les catholiques ne comprennent presque plus que la messe rend sacramentellement présent le sacrifice du Christ, lorsque le sens du sacré s’affaiblit, lorsque le silence disparaît, lorsque les confessionnaux sont vides et que l’adoration eucharistique devient marginale, alors l’Église n’a pas un problème de gestion. Elle a un problème de foi. Une nouvelle structure de participation ne peut pas résoudre ce problème. Pas plus qu’une nouvelle assemblée. Peut-être une redécouverte de Dieu.

Le paradoxe de la participation

Le projet synodal met l’accent sur la participation.

Mais c’est là qu’apparaît un paradoxe curieux. Les personnes qui participent activement aux processus de consultation ecclésiale ne sont pas nécessairement représentatives de l’Église dans son ensemble. Le catholique discret qui va à la messe tous les matins, récite le rosaire et dispense la catéchèse à ses petits-enfants ne rédige généralement pas de rapport synodal. Le jeune catholique qui fait trois heures de route pour assister à une liturgie traditionnelle ne fait généralement pas partie du groupe de travail diocésain. La mère de six enfants qui s’efforce d’éduquer sa famille dans la foi catholique a probablement peu de temps pour participer aux réunions d’écoute. Une religieuse contemplative ne remplit pas de questionnaire. Mais leur foi peut être plus profondément enracinée que celle des participants professionnels aux réunions ecclésiastiques. Celui qui n’écoute que ceux qui s’approchent du micro peut facilement oublier que le Peuple de Dieu est plus vaste que le cercle réuni autour de la table de réunion.

Synodalité ou collégialité ?

Peut-être qu’une partie de la confusion disparaîtrait si l’on revenait à un langage plus précis. La tradition catholique connaît un concept clair : la collégialité. Les évêques, avec Pierre et sous sa direction, forment le collège épiscopal. Il existe par ailleurs des conseils presbytéraux, des conseils pastoraux, des synodes, des chapitres, des communautés religieuses et d’innombrables autres formes de délibération. Pourquoi une nouvelle catégorie globale, la synodalité, était-elle nécessaire ?

C’est précisément parce que ce concept est si vaste – on ne peut en donner une définition – que chacun peut y voir quelque chose de différent. Pour certains, cela signifie l’écoute. Pour d’autres, la décentralisation. Pour d’autres encore, la démocratisation. Pour d’autres, le renouveau pastoral. Pour d’autres, la réforme du ministère. Pour d’autres, une morale sexuelle différente. Un concept qui peut tout signifier ne signifie finalement rien. C’est pourquoi la question de la proportionnalité est justifiée. Combien d’énergie faut-il encore y consacrer ? Combien de réunions ? Combien de groupes synodaux ? Combien de rapports ? Combien d’évaluations des évaluations ?

Et surtout : que se passerait-il si la même quantité de temps, d’argent, d’énergie intellectuelle et d’attention épiscopale était consacrée à la catéchèse, aux séminaires, à l’enseignement catholique, à la liturgie, à la confession, à l’adoration eucharistique, à la pastorale du mariage et à l’évangélisation directe ? Cela me semble être une question rhétorique.

Le problème le plus profond : l’ecclésiologie

En définitive, donc, le débat ne porte pas réellement sur les réunions. Il porte sur la question suivante : qu’est-ce que l’Église ? Est-elle avant tout une communauté qui cherche ensemble ce qu’elle doit devenir ? Ou est-elle avant tout une réalité divine qui a reçu ce qu’elle doit être ? La réponse catholique ne peut être que la seconde. L’Église doit se convertir sans cesse, mais elle est fondée sur les apôtres. Elle garde une foi qu’elle n’a pas inventée elle-même. C’est pourquoi toute synodalité doit, en dernière analyse, être délimitée par quelque chose qui ne fait pas l’objet d’une discussion synodale : la vérité révélée par le Christ.

Le monde n’attend pas une Église synodale

Et c’est peut-être là que réside la plus grande tragédie. Le monde moderne traverse une crise spirituelle sans précédent. Les gens cherchent un sens à leur vie. Les jeunes cherchent une identité. La solitude ne cesse de s’accentuer. Les familles se désagrègent. La technologie s’immisce de plus en plus profondément dans l’existence humaine. La pornographie déforme la sexualité. Le matérialisme ne comble pas. Le changement climatique devient pour beaucoup une religion de substitution. Les gens ont peur de la mort, mais ne savent presque plus pourquoi ils vivent. Et au cœur de ce monde, l’Église possède quelque chose d’extraordinaire. Elle possède l’Évangile. Les sacrements. L’Eucharistie. La confession. Deux mille ans de sagesse. Les Écritures. Les Pères de l’Église. Thomas d’Aquin. Augustin. Les mystiques. Les saints. Une tradition sans pareille en matière d’art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité. Et surtout : Jésus-Christ.

Le monde n’attend pas une énième organisation qui l’écoute. Il y en a déjà assez comme ça. Le monde attend quelqu’un qui lui dise pourquoi il a été créé.

D’Emmaüs à Jérusalem

Peut-être l’Évangile des disciples d’Emmaüs offre-t-il, en définitive, le meilleur modèle d’une authentique synodalité catholique. Le Christ marche aux côtés des disciples. Il les écoute véritablement. Il leur demande ce qui les trouble. Il les laisse parler. Il laisse place à leur déception. Jusqu’ici, n’importe quel manuel synodal pourrait souscrire avec enthousiasme. Mais ensuite survient l’événement décisif. Le Christ ne confirme pas leur interprétation. Il la corrige. Il leur ouvre les Écritures. Il leur enseigne comment comprendre les événements. Et finalement, ils le reconnaissent lorsqu’il rompt le pain.

Telle est la synodalité catholique dans sa forme la plus pure. Et après cela, les disciples ne restent pas indéfiniment réunis à Emmaüs pour évaluer leur expérience de cheminement. Ils se lèvent. Ils retournent à Jérusalem. Ils partent annoncer l’Évangile. Le processus synodal s’est enlisé à Emmaüs et la question est de savoir s’ils parviendront encore à en sortir. Nous sommes tellement occupés à discuter de la manière dont l’Église doit cheminer ensemble que nous en oublions parfois où elle va.

L’Église catholique, en fin de compte, n’a pas besoin d’un synode permanent sur elle-même. Elle a besoin de saints. D’évêques qui enseignent. De prêtres qui prient. De religieux qui vivent radicalement pour Dieu. De parents qui transmettent la foi. De jeunes qui découvrent que la vérité est plus qu’une simple opinion. D’une liturgie où Dieu soit véritablement au centre. De confessions où les pécheurs trouvent le pardon. De séminaires où se forment des hommes prêts à donner leur vie au Christ. De catholiques qui ne se demandent pas sans cesse comment l’Église doit s’adapter au monde, mais qui ont le courage d’inviter le monde à se laisser transformer par le Christ.

Car, en fin de compte, le Christ n’a pas envoyé son Église dans le monde en disant : « Allez et organisez partout des processus synodaux. » Il a dit : « Allez dans le monde entier et annoncez l’Évangile à toute créature. » C’est ainsi que l’Église est née. Et chaque fois qu’elle a été véritablement renouvelée, c’est à partir de là qu’elle a repris son élan.

Saint-Père,

Permettez-moi de conclure cette lettre par la même pensée que celle avec laquelle je l’ai commencée : le salut des âmes. J’espère et je prie pour que, sous votre pontificat, il apparaisse à nouveau très clairement que l’Église n’est pas appelée à débattre sans fin d’elle-même, mais à annoncer le Christ ; non pas à refléter l’esprit du temps, mais à conduire le monde vers la vie éternelle.

C’est précisément du successeur de Pierre que les fidèles peuvent attendre, au milieu de la confusion de notre époque, qu’il fortifie ses frères dans la foi. Qu’il nous rappelle que la vérité que l’Église proclame n’est pas un bien dont nous pouvons disposer à notre guise, mais un trésor précieux que nous avons reçu et que nous devons transmettre intact. Qu’il insuffle du courage aux prêtres qui accomplissent fidèlement leur vocation, aux religieux qui ont consacré leur vie à Dieu, aux parents qui, à contre-courant, s’efforcent d’éduquer leurs enfants dans la foi catholique, et aux jeunes qui, précisément en cette époque de relativisme, aspirent à la vérité, à la sainteté, à la beauté et à l’aventure radicale d’une vie avec le Christ.

Ma prière pour vous est donc simple : donnez-nous la clarté. Lorsque le monde s’exprime avec incertitude, faites en sorte que Pierre s’exprime avec clarté. Lorsque l’Église est épuisée par les querelles internes, réorientez-nous vers le Christ. Lorsque nous nous perdons dans les procédures et les structures, rappelez-nous notre mission. Lorsque nous avons peur d’annoncer l’Évangile dans toute sa plénitude parce qu’il pourrait déranger l’homme moderne, rappelez-nous les paroles de Pierre lui-même : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tes paroles sont des paroles de vie éternelle. »

Saint-Père, j’écris tout cela avec un respect sincère pour votre ministère et avec amour pour l’Église. Ma critique du processus synodal ne naît pas d’un désir de semer la division, mais de la crainte que nous ne perdions un temps précieux alors que tant de personnes ne connaissent plus le Christ. La moisson est abondante. Les ouvriers sont peu nombreux. Les églises occidentales se vident, tandis que, dans le même temps, les nouvelles générations semblent rechercher à nouveau la vérité et la transcendance. En ce moment précis, nous n’avons pas besoin d’une Église hésitante, mais d’une Église missionnaire qui connaisse son trésor et qui n’ait pas peur de le montrer au monde.

C’est pourquoi je prie pour que Votre pontificat soit marqué par un regain d’attention sur ce qui, en définitive, constitue le cœur de toute véritable réforme ecclésiale : le Christ, la conversion, la sainteté, l’Eucharistie, l’évangélisation et le salut des âmes. Car, une fois que tous les synodes auront pris fin, que tous les documents auront été rédigés, que toutes les commissions auront été dissoutes et que nos noms auront été oubliés, il ne restera que la seule question qui compte vraiment : avons-nous rapproché de Jésus-Christ les personnes qui nous avaient été confiées ?

Que saint Pierre intercède en votre faveur. Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mater Ecclesiae, vous garde sous sa protection. Et que le Seigneur vous accorde la sagesse, le courage et la fermeté paternelle nécessaires pour guider son Église dans la vérité et l’amour.

Avec une sincère vénération, unis dans la prière,

Dans le Christ,

Rob Mutsaerts

Évêque auxiliaire du diocèse de ‘s-Hertogenbosch [Bois-le-Duc]

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