Une interviewe de Mgr Gänswein

29 Juil 2026 | Actualités

A la veille de son 70e anniversaire, le secrétaire de Benoît XVI a accordé une interview au portail d’information officiel de l’Église catholique en Allemagne, katholisch.de, qui opère pour le compte de la Conférence épiscopale allemande (ce détail donne un certain éclairage à la retenue de ses propos). Don Georg y aborde la première année de pontificat de Léon XIV, son rejet sans nuances du tristement célèbre « Chemin synodal » en Allemagne, la situation dans les pays baltes créée par le conflit ukrainien (qu’on aime ou pas…), où la vendetta de François l’a mené comme nonce apostolique, son avenir au sein de l’Eglise à 5 ans du couperet du 75e anniversaire. Mais le plus personnel (et pour moi le plus intéressant) ce sont ses confidences sur sa relation de presque 20 ans avec Benoît XVI.

C’est évident : le visage qui a fait le tour du monde aux côtés du pape Benoît, c’était le mien. Ce n’est pas un fardeau, mais cela fait partie de ma vie. C’est une expérience qui m’a profondément marqué.  
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Je me sens tenu de [préserver sa mémoire] – non pas parce qu’on l’attend de moi, mais parce que c’est mon souhait. Je suis témoin de l’importance et de l’influence que cette personnalité a eues pour l’Église, mais aussi pour le monde. C’est pourquoi il me tient particulièrement à cœur de perpétuer sa mémoire. Mais surtout, je souhaite contribuer à ce que le riche héritage de son pontificat et de son œuvre théologique soit préservé et mis en valeur. C’est important pour moi, et je m’y engage pleinement.

27 juillet 2026

https://katholisch.de/artikel/69548-erzbischof-gaenswein-der-glaube-bleibt-der-leitstern-fuer-mein-leben

Question : Monsieur l’archevêque, vous ferez vos 70 ans jeudi. Cet anniversaire marque-t-il pour vous un tournant ou s’agit-il plutôt d’un chiffre que vous envisagez avec sérénité ?

Gänswein : Ce n’est pas un tournant. Je vis cet anniversaire comme les précédents. J’aborde cette journée en toute sérénité.

Q: À l’occasion de votre anniversaire, lorsque vous jetez un regard rétrospectif sur votre vie jusqu’à présent, y a-t-il des décisions ou des moments décisifs pour lesquels vous êtes particulièrement reconnaissant aujourd’hui ?

G: Ma nomination à la Curie romaine, que je n’avais pas sollicitée, a sans aucun doute marqué un tournant décisif. C’est là qu’un autre changement profond s’est produit : ma rencontre avec le cardinal Joseph Ratzinger. Depuis lors, sa présence a profondément transformé ma vie, tant par les responsabilités qui en ont découlé que par l’influence qu’il a exercée sur moi pendant de nombreuses années. Rétrospectivement, c’est là l’élément le plus important. Bien sûr, il y a eu auparavant d’autres étapes marquantes : mes études, ma décision d’entrer dans les ordres, mon ordination sacerdotale, mes missions pastorales et mon passage à l’université de Munich.

Q: Y a-t-il quelque chose pour lequel vous diriez aujourd’hui : « Je ferais ça différemment » ?

Gänswein : Je referais exactement les mêmes choix concernant les grandes lignes de ma vie. Il y a toutefois, au sein de ces grandes lignes, des décisions mineures que je considère rétrospectivement comme erronées ou infructueuses.

Q : Si vous vous projetez dans les années à venir : en tant qu’évêque et nonce, vous êtes tenu de présenter votre démission au pape au plus tard à l’occasion de votre 75e anniversaire. Comment envisagez-vous cette période qui s’annonce ?

G: Avec le même sérénité qu’aujourd’hui, à l’occasion de mon 70e anniversaire. Je regarde vers l’avenir avec confiance et une foi inébranlable en Dieu. Je m’acquitte de ma mission et je laisse les choses venir d’elles-mêmes.

Q : Y a-t-il une mission qui vous tenterait encore ? Ou attendez-vous de voir ce que le pape pourrait encore vous réserver ?

G: J’attends de voir. Bien sûr, il y aurait des missions qui m’intéresseraient. Mais je dois tenir compte de la réalité : je vais avoir 70 ans et je suis nonce dans les pays baltes depuis deux ans. La Providence décidera ce qu’il convient au moment opportun.

Q: On peut sans doute dire que la fonction de nonce dans les pays baltes n’était pas, au départ, le poste de vos rêves. Comment considérez-vous aujourd’hui cette mission ? S’agit-il plutôt d’un devoir ou diriez-vous que vous vous êtes désormais pleinement intégré dans les pays baltes ?

G: Le sacerdoce est le métier de mes rêves. Je n’aurais jamais pu imaginer aujourd’hui ce que je fais, il y a quelques années. Je n’ai choisi aucune de mes missions moi-même. Quand elles se sont présentées à moi, je les ai saisies. Au début, cette mission à Vilnius était effectivement une obligation. Mais entre-temps, cela a radicalement changé. Je suis heureux d’être ici, je donne le meilleur de moi-même et je considère cette mission comme mon apostolat. Je ne l’ai certes pas choisie, mais les pays baltes sont désormais le lieu où j’œuvre en tant que laboureur dans la vigne du Seigneur.

Q: Depuis l’attaque russe contre l’Ukraine, les pays baltes sont confrontés à une menace très concrète. Comment percevez-vous l’ambiance et la vie quotidienne dans ces trois États ?

G: En effet, la menace venue de l’Est constitue une source de tension permanente qui préoccupe les gens et, pour certains, les accable même fortement. En tant que croyant, prêtre, évêque et nonce, j’essaie d’apporter de l’espoir. Le danger est réel, il ne faut pas l’édulcorer. Il est d’autant plus important d’aider les gens à voir au-delà de ce danger et de leur montrer qu’au final, ce n’est pas la menace qui aura le dernier mot, mais l’espoir.

(…)

Question : Quel rôle l’Église et la diplomatie peuvent-elles jouer aujourd’hui, à une époque où la dissuasion militaire est redevenue un élément central de la sécurité européenne ?

Gänswein : La diplomatie, c’est le dialogue. Ce qui est essentiel, c’est que ce ne soient pas les bombes ou la violence qui s’expriment, mais que les gens entament un dialogue entre eux. La diplomatie doit contribuer à prévenir les conflits armés. Et si ceux-ci éclatent malgré tout, la diplomatie doit tout mettre en œuvre pour y mettre fin. C’est une tâche aussi ardue qu’indispensable. Mais plus la violence se fait entendre, plus le travail de la diplomatie devient nécessaire.

Q: Vous avez passé de nombreuses années de votre vie sacerdotale aux côtés du pape Benoît XVI. Est-ce que cela vous pèse parfois d’être encore perçu par beaucoup de gens avant tout comme son secrétaire particulier ?

G: Non, pas du tout – bien au contraire. C’est évident : le visage qui a fait le tour du monde aux côtés du pape Benoît, c’était le mien. Ce n’est pas un fardeau, mais cela fait partie de ma vie. C’est une expérience qui m’a profondément marqué. Beaucoup de gens, y compris dans les pays baltes, me connaissent comme l’ancien secrétaire de Benoît XVI. Et ce, bien que 13 ans se soient écoulés depuis sa renonciation au pontificat et que cela fasse bientôt quatre ans qu’il est décédé. Ce qui a été reste. Et j’espère que la plupart des gens gardent un bon souvenir de cette période.

Q: En tant que plus proche confident de Benoît XVI, vous sentez-vous particulièrement tenu de préserver sa mémoire ? Ou faut-il, à un moment donné, laisser un pape à l’histoire ?

G: Je me sens tenu de le faire – non pas parce qu’on l’attend de moi, mais parce que c’est mon souhait. Je suis témoin de l’importance et de l’influence que cette personnalité a eues pour l’Église, mais aussi pour le monde. C’est pourquoi il me tient particulièrement à cœur de perpétuer sa mémoire. Mais surtout, je souhaite contribuer à ce que le riche héritage de son pontificat et de son œuvre théologique soit préservé et mis en valeur. C’est important pour moi, et je m’y engage pleinement.

Q: Votre regard sur Benoît XVI a-t-il changé depuis son décès ? Avez-vous découvert depuis lors des facettes de sa personnalité dont vous n’aviez pas conscience auparavant ?

G: Non, dans l’ensemble, mon regard n’a pas changé. Depuis sa mort, j’ai relu beaucoup de ses écrits : des textes datant de l’époque où il était professeur, cardinal et pape, notamment les homélies qu’il a prononcées en tant que pape émérite et qui ont depuis été publiées. Le recul aide à voir certaines choses de manière plus objective. Les événements qui avaient été marqués par une forte pression ou des critiques virulentes peuvent aujourd’hui être mieux replacés dans leur contexte grâce à cette distance.

Q: Avec le pape Léon XIV, l’Église a un nouveau pape depuis un peu plus d’un an. Comment décririez-vous la ligne qu’il a suivie jusqu’à présent ?

G : C’est un homme prudent et avisé. En choisissant ce nom, il a donné un premier signal. Il mise à nouveau davantage sur la collaboration directe avec la Curie romaine et lui témoigne sa confiance. Dans le même temps, il constate qu’il existe au sein de l’Église des tensions et des difficultés qu’il faut surmonter. Il prend conscience de cette réalité et s’efforce de panser les blessures existantes avec sagesse. On peut y discerner une ligne claire. Cela transparaît aussi bien dans ses décisions en matière de personnel que dans ses écrits magistériels et ses prises de position publiques.

Q: Diriez-vous qu’il s’agit là d’une différence notable par rapport à son prédécesseur François – et que cette nouvelle orientation est bénéfique pour l’Église ?

G: Je ne porte aucun jugement sur les deux papes. Il est indéniable que certaines difficultés et certaines souffrances sont apparues sous le pontificat précédent. Le pape Léon voit ces problèmes et s’y attaque. Cela montre qu’il perçoit la réalité, qu’il la prend au sérieux et qu’il agit.

Q: Qu’attendez-vous de lui pour les années à venir ?

G: La mission la plus importante d’un pape est d’être le premier témoin de Jésus-Christ. C’est cela qui est essentiel. Il doit apporter des réponses convaincantes, fondées sur la foi, aux questions de notre époque. Les critiques ne manqueront pas, même s’il n’a jusqu’à présent reçu pratiquement que des marques d’approbation. Je lui souhaite de rester ferme lorsque le vent tournera et que des vents contraires se lèveront.

Question : Penchons-nous sur l’Allemagne : vous vivez à l’étranger depuis de nombreuses années – dans quelle mesure suivez-vous néanmoins de près l’évolution de l’Église catholique dans votre pays d’origine ?

G: De très près. L’Allemagne est ma patrie, c’est là que se trouvent mes racines. Je suis de près ce qui est rapporté au sujet de l’Église et j’entretiens bien sûr aussi des contacts personnels. Je me sens toujours très attaché à l’Église en Allemagne.

Q: Qu’est-ce qui vous préoccupe concernant l’Église en Allemagne – et qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?

G : Ma préoccupation est celle qui se résume dans ce mot à rallonge : « voie synodale ». Les débats stériles sur les structures et autres questions similaires mobilisent des forces importantes là où elles ne devraient pas l’être. En revanche, les initiatives des jeunes qui s’intéressent à la foi et la pratiquent me donnent de l’espoir. Je le constate avec gratitude, cela me fait du bien au cœur.

Question : Ces dernières années, le « Synodale Weg » a suscité de nombreuses tensions entre l’Église en Allemagne et Rome. Comment décririez-vous ces relations aujourd’hui ?

G: Vous avez déjà évoqué le mot clé : tension. Les tensions liées au « Chemin synodal » et aux différents projets qui émergent du monde de la foi catholique persistent et attendent d’être définitivement clarifiées. Pour de nombreux catholiques en Allemagne, qui souhaitent simplement vivre leur foi, cela constitue un véritable boulet.

(…)

Q : Pour conclure : lorsque vous repensez à votre anniversaire, à votre mission dans les pays baltes et aux changements au sein de l’Église et dans le monde, qu’est-ce qui vous soutient personnellement dans la foi et vous donne confiance ?

G: Ce qui me porte, c’est la foi elle-même – indépendamment de mes responsabilités actuelles. Elle m’apporte espoir, confiance, soutien et surtout joie. Malgré toutes les difficultés qui m’entourent, la foi reste le phare qui guide ma vie. C’est dans cet état d’esprit que je souhaite accueillir ce que l’avenir me réserve.

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