Un grand souvenir de Benoît XVI

6 Juil 2026 | Benoît XVI, En évidence

J’ai depuis quelque temps négligé ce blog par manque de motivation (mais je compte le reprendre… très bientôt). Je vois comme une sorte de signe que m’envoie la providence à travers son inspirateur (pardon si cela a l’air prétentieux !!) la découverte de cette pépite, la magnifique et très émouvante homélie prononcée par un prélat de ses amis, Mgr Franco Camaldo – qui célébrait par la même occasion le 50e anniversaire de son ordination sacerdotale -, à l’occasion de la messe mensuelle en sa mémoire célébrée le 27 juin dernier dans les grottes du Vatican.

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HOMÉLIE POUR LE PAPE BENOÎT XVI – 27 JUIN 2026

Chers Frères et Sœurs,

Ce n’est pas une homélie au sens strict du terme, mais plutôt un immense action de grâce au Seigneur pour tous les bienfaits reçus !

Le grand poète Dante Alighieri, dans le premier chant du Paradis de sa Divine Comédie, met sur les lèvres de Béatrice ces paroles : « La providence qui règle tout avec tant d’ordre », c’est-à-dire « la providence qui règle tout ».

Et comment ne pas voir dans un plan précis de la Providence divine ce que nous célébrons aujourd’hui, ma présence ici…

Hier, j’ai célébré le cinquantième anniversaire de mon ordination sacerdotale dans l’Archibasilique papale de Saint-Jean-de-Latran – certains d’entre vous étaient présents et je les remercie encore – en rendant grâce à Dieu pour cet immense et extraordinaire don !

De ces 50 années de sacerdoce, j’ai eu la joie – que je considère comme une ineffable grâce de Dieu et une caresse spéciale de la Sainte Vierge – d’en vivre 45 en entrelacant ma pauvre vie avec l’existence magnifique et extraordinaire d’abord du Cardinal Joseph Ratzinger, puis du Pape Benoît XVI.

Notre première rencontre avait eu lieu à l’occasion de sa création cardinalice qui tombe précisément aujourd’hui, il y a exactement 49 ans, le 27 juin 1977 (n’est-ce pas aussi un don de la Providence ?), dans l’ancienne Aula Nervi, pour lui présenter, avec le curé Don Ennio Appignanesi, les vœux de la Paroisse Sainte-Marie-Consolatrice, dont Son Éminence était devenu Cardinal Titulaire. J’étais très ému : pouvoir saluer le nouveau Cardinal Titulaire mais surtout le Professeur que j’avais connu en étudiant ses textes et en particulier la célèbre Introduction au Christianisme, que notre professeur de dogmatique nous avait mise entre les mains en première année de théologie et qui m’avait ouvert le cœur et l’esprit.

Depuis lors, je peux vraiment dire avec joie et conviction : nous ne nous sommes plus jamais quittés !

Et comment ne pas se souvenir et rendre grâce au Seigneur en pensant à il y a dix ans, le dimanche 26 juin 2016, à l’occasion de mon quarantième anniversaire de sacerdoce, quand dans le Monastère Mater Ecclesiae, le Saint-Père m’accueillit moi et ma maman Irma, me faisant l’immense don de concélébrer avec lui la Sainte Messe d’action de grâce, et nous retint ensuite dans la sérénité et l’amitié pour le petit-déjeuner.

Au cours de toutes ces années, j’ai vécu des moments vraiment inoubliables et j’ai reçu d’innombrables signes de bienveillance paternelle et d’attention délicate de la part du Saint-Père à mon égard !

Il n’est pas possible de tous les énumérer, mais j’en citerai quelques-uns qui peuvent rendre compte de combien notre relation a été sereine et fidèle, des deux côtés !

Ses visites à la paroisse ont été nombreuses et toujours affectueuses : fête de la Madone Consolatrice, fête d’adhésion à l’Action Catholique, fête de l’Immaculée…

À une occasion, nous sommes allés inviter le Cardinal pour la célébration d’une Messe pour la Confirmation de nos jeunes et nous avons proposé à Son Éminence de choisir l’une des deux dates prévues.

Il nous regarda avec son sourire chaleureux et serein et nous dit : « Je n’en célébrerai qu’une, et l’autre ? » Nous répondîmes que nous chercherions un autre prélat, mais il dit : « Ce n’est pas juste ! Parce qu’avec les jeunes on ne peut pas faire de différences : Je viendrai moi les deux fois ! » Et ainsi fut-il. Lui, le Préfet du Saint-Office, avec tous les engagements qu’il avait, trouva le temps de venir deux fois.

Ce que je raconte maintenant fait un peu sourire.

J’avais terminé mon doctorat en Sainte Liturgie au Sant’Anselmo et j’avais eu l’honneur de porter les deux volumes de ma thèse à Son Éminence, qui resta positivement impressionné par l’étude faite et me fit – dans sa grande bonté ! – de nombreux compliments.

Juste en ces jours avait été publié un volumineux ouvrage sur la Liturgie, dont le contenu n’était pas vraiment en harmonie avec ce que pensait le Cardinal Ratzinger.

Quelque temps après, il vint à la Paroisse et avant le dîner il m’appela et me offrit une copie de cet ouvrage en me disant :

« Après vos études si précises, vous saurez certainement bien discerner ce qu’il y a de vrai et ce qu’il y a de faux dans ce livre. »

Et puis avec un sourire lumineux il ajouta :

« Savez-vous quelle est la différence entre un liturgiste et un terroriste ? Avec un terroriste on peut toujours s’entendre… avec un liturgiste jamais !!! »

En septembre 2010 mon frère Biagio mourut très jeune : le Pape l’avait connu et voulut voir ma maman et moi. Nous allâmes à Castel Gandolfo le dimanche 26 septembre : après la récitation de l’Angelus, le Pape nous accueillit et consola ma mère affligée avec des paroles de grande participation à sa douleur et puis lui dit textuellement :

« Maman, ne pleurez plus : votre fils est au Paradis ! »

Ma mère, à partir de ce moment – malgré l’immense douleur d’une maman qui voit mourir son fils dans ses bras – fut remplie de sérénité.

Et ce triste jour de la renonciation au Pontificat, après l’annonce dans la Salle du Consistoire, dans l’ascenseur nous nous sommes congédiés de Lui, et moi – très ému – je m’agenouillai pour lui baiser la main sans réussir à dire un mot, et Lui me dit en me regardant dans les yeux :

« Monseigneur, vous m’avez accompagné du premier jour de mon cardinalat au dernier jour de mon pontificat : que le Seigneur vous en rende mérite ! »

Un dernier souvenir précisément parce qu’il concerne la dernière rencontre avec lui.

Mgr Georg lui avait dit avec un jour de retard que j’avais accompli 70 ans et Lui dicta – il me semble à la très chère Sœur Birgitta – cette lettre datée du 25 octobre :

« Cher Monseigneur,

j’ai été informé de votre 70e anniversaire. C’est pourquoi je ne peux qu’aujourd’hui exprimer mes vœux fervents à cette occasion et vous assurer de mon amitié. Je suis reconnaissant au bon Dieu pour ce don.

Malheureusement le don de la parole m’a été enlevé en grande partie. C’est pourquoi normalement je n’invite pas de personnes à une rencontre personnelle. Connaissant cependant votre compréhension, je peux penser à une rencontre personnelle dans laquelle ma part serait celle de l’auditeur qui est reconnaissant d’être ensemble. Son Excellence Mgr Gänswein prendra contact avec vous.

Salutations et vœux.

Votre
Benoît XVI »

Avec signature autographe.

Mgr Georg m’appela et enfin la rencontre fut fixée au 24 novembre 2022, exactement un mois après mon anniversaire : je restai en audience plus d’une heure, beaucoup de temps passé à genoux devant Lui pour essayer de capter la voix faible du Saint-Père.

Ce fut la dernière fois que je Le vis et que je pus Lui baiser la main.

Chers frères et sœurs,

vous pouvez bien comprendre alors combien a influé et marqué ma vie sacerdotale – et aussi humaine – la présence vivante du Pape Benoît.

J’ai toujours eu comme point de référence Sa Personne, Ses gestes, Ses paroles, Ses homélies, Ses écrits, même Ses décisions qui étaient toujours pesées, authentiques, vraies : prises toutes pour le bien suprême de la Sainte Église Catholique à la lumière de la foi.

Dans une de ses interventions orales qui, malheureusement, ne fut pas transcrite littéralement, encore en tant que Cardinal, il eut l’occasion de dire :

« le problème de l’Église d’aujourd’hui est le manque de foi ! Seule la foi peut nous sauver ! »

Et dans l’Évangile de Matthieu que nous avons écouté aujourd’hui nous trouvons dans les paroles du centurion et dans les paroles du Seigneur une confirmation :

Chers amis, nous devons renouveler notre foi, nous devons dire avec force et détermination au Seigneur : « Je crois, Seigneur ; aide mon incrédulité » (Mc 9:24) « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 23).

Et je termine en vous proposant un passage pour moi très significatif du discours du Saint-Père Léon XIV aux participants à la session plénière du Dicastère pour l’évangélisation, jeudi 28 mai dernier, et qui unit le Pape Benoît et le Pape Léon :

« Comme l’affirmait le Pape Benoît XVI :

La sainteté de la vie, par conséquent, reste toujours la forme la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne qui dépasse les temps et se propose à chaque culture.

Implorons du Seigneur Jésus, Pasteur des Pasteurs, cette grâce : être des hommes de foi vraie et authentique, des hommes qui s’en remettent au Seigneur et qui cherchent la vraie vie.

Demandons au Seigneur la grâce d’une foi grande, adulte, lumineuse.

Une foi comme celle de Benoît XVI : humble, coopérateur de la vérité, amoureux du Christ !

Amen.

Loués soient Jésus et Marie .

Mgr Franco Camaldo

INTRODUCTION À LA SAINTE MESSE EN SUFFRAGE DU PAPE BENOÎT XVI


Grottes Vaticanes
27 juin 2026

Avant de commencer la célébration, je désire remercier affectueusement les très chers Pères Federico [Lombardi] et Don Roberto [Regoli] pour m’avoir adressé l’invitation – au nom de la Fondation Ratzinger-Benoît XVI – à célébrer cette Sainte Messe en mémoire du Saint-Père le Pape Benoît XVI et en suffrage de son âme élue et bénie !

Je salue tous vous ici présents : les concélébrants et les admirateurs de Son Éminence – je vois tant de visages connus – et en particulier les chères Memores, qui ont servi avec amour et dévouement le Pape et maintenant en conservent et perpétuent le souvenir.

Je vous confie une chose : cette chasuble que je porte appartenait au Pape Benoît ! Après sa disparition, Mgr Gänswein me l’a donnée en don en souvenir du Saint-Père et que naturellement je conserve jalousement : même cela est un petit signe de Sa présence parmi nous !

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