FSSPX: signé Tucho, mais l’échec est celui de Léon XIV

7 Juil 2026 | Actualités

Avec la décision d’excommunication, Léon XIV et son cardinal ont réussi l’impossible : transformer le gardien de la Foi en épouvantail grotesque et le Droit Canon en caricature de foire!!
Montrer la force du pouvoir est facile, mais cela ne semble pas être la meilleure façon de retrouver son autorité… perdue (c’est que que Benoît XVI avait bien compris, cf. Le cardinal Ratzinger et la question lefebvriste).
L’analyse très littéraire, imprégnée de sarcasme, d’un intellectuel catholique conservateur espagnol Pedro Gómez Carrizo (né en 1966, il intervient régulièrement entre autres sur Infovaticana – qui publie cette tribune- et InfoCatólica).

En voulant apparaître comme le garant de la communion, Prevost s’est retrouvé dépeint comme l’héritier d’une autorité gaspillée. Il a hérité d’une Rome habituée à tolérer l’intolérable et, après avoir confié cette délicate tâche à l’homme qui symbolise la pire dérive doctrinale, il a choisi de répondre à Écône par le geste le plus sévère alors que sa propre parole avait déjà été publiquement ignorée. Sans rétablir l’ordre, il a constaté qu’il n’avait pas réussi à l’imposer.

Complicité? L’image qui tue

L’échec de Léon XIV

https://infovaticana.com/2026/07/06/tribuna-el-fracaso-de-leon-xiv

 Pedro Gómez Carrizo

Il fut un temps où l’excommunication pouvait mettre un empereur à genoux ou provoquer l’apostasie de toute une nation. Mais l’excommunication n’est plus ce qu’elle était, et cela à cause de cette même Église qui la brandit aujourd’hui contre la FSSPX.

L’histoire connaît ces échos affaiblis, ces tragédies qui se répètent comme des farces dont parlait Marx en qualifiant Napoléon III de ridicule imitation de son oncle. Léon XIV n’est pas non plus Grégoire VII [pape de 1073 à 1085, il s’opposa à l’Empereur du Saint-Empire Henri IV, excommunié lors de ce qui est connu comme la « querelle des investitures », ndt]

Mais si le terme de farce est déjà tout à fait approprié pour décrire ce cas, avec Tucho Fernández, et tout son passé d’insanités à son actif, à la tête de l’excommunication, nous disposons d’un terme encore plus approprié pour le décrire. C’est le grand Valle-Inclán qui nous l’a fourni, et comme vous l’aurez sans doute deviné, ce terme est esperpento. Avec le cardinal en question, et le tout nouveau pontife qui le soutient, le droit canonique est parti se promener dans le Callejón del Gato [ndt: voir note] . Oui, voilà le gardien (sic) de la Doctrine de la Foi transformé en une déformation grotesque de sa propre fonction. L’image du censeur d’Écône apparaît, complètement bourré [en el fondo del vaso], le Code brandi, après avoir transformé la doctrine en une matière visqueuse, malléable, sentimentale, contextuelle, liquide… Un épouvantail ainsi revêtu de pourpre aurait ravi Valle-Inclán, qui saurait tirer le meilleur parti de l’effet théâtral de cette excommunication.

Se prendre aussi tragiquement au sérieux alors qu’on a depuis longtemps perdu tout sang-froid suscite une émotion composée de plusieurs ingrédients, parmi lesquels figurent l’étonnement et le rire, voire la honte par procuration, mais certainement pas la crainte révérencielle. Qu’un tel personnage prône une excommunication au nom de la pureté de la communion ecclésiale, c’est tout simplement le comble. C’est le comble car l’un des aspects qui éloignent le plus les excommuniés de ceux qui les excommunient est que les premiers dénoncent précisément à quel point les seconds ont vidé leurs actes de tout sens.

La doctrine n’est guère plus que le rapport d’un groupe de travail, toujours tributaire du contexte ; la morale s’est peu à peu dissoute dans cette miséricorde sans jugement qui accompagne le pécheur en veillant à ne pas le mettre mal à l’aise ; la liturgie souffre depuis des décennies de la créativité paroissiale ; l’Allemagne s’essaie depuis des années au schisme par petites étapes et le Parti communiste chinois ordonne des évêques ; la Curie place des cardinaux au service de religieuses préfètes, tandis que les couples homosexuels sont bénis à condition qu’ils ne prient pas en latin ; la pastorale ne consiste plus à conduire les âmes vers la vérité, mais à enrober cette pilule, jusqu’à la dissimuler complètement, et la synodalité a permis à de vieilles hérésies de renaître, resplendissantes, tout droit sorties d’une séance de brainstorming. Il n’est pas étonnant qu’avec un tel appauvrissement, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi se soit retrouvée entre les mains d’un cardinal qui conteste Ratzinger sans vergogne, en flirtant avec la théologie contextuelle.

Oui, pour ce préfet, soutenu par le nouveau pape, les actes ecclésiaux ne sont que du bruit. Il en va de même pour l’excommunication, bien qu’elle soit la peine maximale de l’Église, car même les armes les plus redoutables deviennent ridicules lorsqu’elles sont brandies par celui qui a transformé son propre autorité en une question sujette à débat. Comment Rome peut-elle espérer que son excommunication soit prise au sérieux après s’être attachée à démontrer que tout, ou presque, pouvait être nuancé, contextualisé, négocié, toléré, réinterprété ou béni par une note de bas de page ? C’est Rome elle-même qui, pendant des décennies, a dévalorisé le langage avec lequel elle prétend aujourd’hui juger. Elle ne devrait pas s’étonner que sa théologie « liquide » ne fasse pas impression. Ou bien tout le monde n’est-il pas bon, excommunié ou non ?

Cette Rome qui sème le désordre dans ses propres signes de gouvernement et prétend ensuite que son ordre pénal soit redoutable a bien mérité que son geste le plus solennel puisse résonner, aux oreilles de trop nombreux catholiques, comme le coup de sifflet du veilleur de nuit. Elle n’a pas le droit de se plaindre.

Max Weber aurait compris la situation en un instant : aucune autorité ne vit uniquement de l’ordre. Rome conserve toute la puissance, mais elle a gaspillé une grande partie du crédit de son autorité. Et cela ne se regagne pas facilement. On le gagne par la cohérence, la mesure, la justice et la fidélité au dépôt de la foi… Et elle n’a même pas fait le premier pas ! Quand on est enfoncé, il faut cesser de creuser, mais le « creuseur » Fernández ne lâche jamais sa pelle. Son excommunication échoue à deux égards : juridiquement, car par une simple « Note », il prétend attribuer aux prêtres, aux fidèles et aux partisans le statut de schismatiques, qu’il ne peut déclarer que par un décret pénal ; politiquement, car il tire à partir d’une autorité qui, depuis des années, mouille sa propre poudre.

Ainsi, la sentence se dissout dans le volontarisme de celui qui prend pour réalité juridique ce qu’il parvient à peine à formuler comme une menace. Víctor Manuel Fernández a réussi l’exploit de transformer la peine maximale de l’Église en une parodie de technique canonique et en une confession publique d’impuissance.

Et par cette impuissance, elle révèle aussi sa faiblesse. Nul doute que Carl Schmitt aurait souri face à l’action de Rome, voyant à quel point elle laissait apparaître ses failles. Celui qui gère l’exception indique où il reconnaît le danger, et tandis que Rome a créé des exceptions à tout va pour les cas les plus inadmissibles, elle a dressé devant Écône une frontière infranchissable. Cette « sélectivité de l’exception » trahit les lacunes de l’autorité : avec l’Allemagne, tout est processus ; avec Écône, c’est la limite absolue.

L’Église postconciliaire a enfin découvert que l’enfer n’est pas vide, mais elle n’y voit que les partisans de Lefebvre. Ces enfants sont les seuls à qui l’on donne une pierre lorsqu’ils demandent du pain. Il n’y a pas de meilleure façon d’avouer que le problème n’est pas la désobéissance, mais la direction dans laquelle on désobéit.

L’incapacité de Léon XIV à gérer cette désobéissance m’a fait penser, par contraste, au roi du Petit Prince. Saint-Exupéry a doté ce personnage d’une prudence dont Prevost ne s’est pas montré capable. Ce monarque attendait le crépuscule pour ordonner au soleil de se coucher. Il connaissait une vérité élémentaire du gouvernement : l’ordre qui naît déjà vaincu n’ennoblit pas le souverain, il l’expose, et Léon XIV a inauguré son pontificat par cette mise à nu. La première grande scène de son règne a été l’administration solennelle d’une fracture.

En voulant apparaître comme le garant de la communion, Prevost s’est retrouvé dépeint comme l’héritier d’une autorité gaspillée. Il a hérité d’une Rome habituée à tolérer l’intolérable et, après avoir confié cette délicate tâche à l’homme qui symbolise la pire dérive doctrinale, il a choisi de répondre à Écône par le geste le plus sévère alors que sa propre parole avait déjà été publiquement ignorée. Sans rétablir l’ordre, il a constaté qu’il n’avait pas réussi à l’imposer.

Si la signature est celle de Tucho, l’échec est celui de Léon XIV.

« Nous voulons la foi de l’Église pour rester dans l’Église. Et nous voulons l’Église pour la foi et dans la foi », a déclaré Pagliarani [supérieur de la FSSPX], et c’est quelque chose que même le pape qui les excommunie ne remet pas en doute. Écône parle de conserver, de recevoir, de transmettre ; elle parle de prêtres qui célèbrent la messe, prêchent la foi et administrent les sacrements tels que l’Église les a reçus. Et à tout cela, Rome répond par son pouvoir de gouvernement.

Montrer la force du pouvoir est facile, mais cela ne semble pas être la meilleure façon de retrouver son autorité. Car ce qui n’est plus si facile à faire, c’est de convaincre que cette préoccupation de la FSSPX est née d’une indiscipline intolérable et non d’un besoin authentique et saint, satisfait pour la gloire de Dieu, pour le bien des âmes et pour la sanctification même de ses membres et de ses partisans, aujourd’hui excommuniés ou menacés maladroitement d’excommunication.

Nous sommes trop nombreux, parmi les catholiques, à avoir souffert des conséquences de cet incendie pour accepter sans autre forme de procès que les réfugiés en soient les incendiaires. Espérons, dans le Christ, que le Pape accorde sa bénédiction à ses fils de la Fraternité.

Note (GROK)

Ramón María del Valle-Inclán est un grand écrivain espagnol du début du XXe siècle.

L’esperpento est un genre littéraire qu’il a inventé : une déformation grotesque et caricaturale de la réalité pour en montrer l’absurdité tragique. C’est une vision déformée, monstrueuse, ironique du monde, souvent à travers des miroirs concaves/convexes.

Callejón del Gato est une petite ruelle à Madrid célèbre pour ses miroirs déformants (concaves et convexes). C’est l’endroit où, dans Luces de Bohemia de Valle-Inclán, on explique l’esperpento : les héros classiques, vus dans ces miroirs, deviennent ridicules et monstrueux.

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