Aux deux Synodes sur la famille, il s’était niché après coup dans une note de bas de page de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia« . Cette fois, se cacherait-il dans le remake du « pacte des catacombes » signé presque en douce en ce dimanche 20 octobre (mais avec l’aval du Pape puisque signalé sur le portail officiel du Vatican)? C’est le moment de relire à ce sujet l’extraordinaire article qu’avait écrit le P Scalese en 2016

Je partage sans réserve le commentaire de Jeanne Smits (qui a traduit le texte du nouveau pacte, curieusement diffusé dès hier sur une vieille connaissance, le site hyperprogressiste espagnol « Religion Digital » ):

Le voici donc, là où on ne l’attendait pas forcément, le moment crucial, le point névralgique du synode sur l’Amazonie, en un événement qui a certainement été préparé bien avant l’arrivée des pères synodaux à Rome. Une quarantaine d’évêques se sont réunis ce dimanche matin 20 octobre dans les Catacombes de Sainte Domitille, pour signer ensemble un nouveau serment pour un nouveau « Pacte des Catacombes ». Il y avait deux cardinaux : le cardinal Claudio Hummes et le cardinal Pedro Barreto, le premier ayant présidé la messe concélébrée et prononcé l’homélie.
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L’importance symbolique de cet événement est immense, et elle est multiforme. Le plus spectaculaire réside dans la présence d’évêques et de nombreux pères synodaux, mais aussi d’auditeurs et auditrices, experts au synode, ainsi que de représentants d’« Amazonia Casa Comun », l’organisme et qui organise des cérémonies païennes depuis les jardins du Vatican jusqu’à Santa Maria in Traspontina et ailleurs en promenant des statuettes de femmes indigènes nues et enceintes vénérées comme des idoles puisque les célébrants se prosternent devant elles, face contre terre.
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Mais le plus inquiétant est le texte du pacte, qui reprend de nombreux éléments de l’Instrumentum Laboris du synode dont plusieurs cardinaux ont relevé le caractère hérétique et apostat, réclamant non seulement une attention préférentielle pour les pauvres, désormais représentés par les peuples autochtones d’Amazonie, mais leur droit à leur spiritualité traditionnelle et leur implication dans toutes les décisions ecclésiales de leur région.
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Le blog de Jeanne Smits

Au sujet du Pacte des catacombes version 1965, dans un article véritablement prophétique (que je qualifiais à l’époque de « formidable », mais en le relisant, je ne change pas d’avis) écrit en 2016, le Père Scalese avait bien pressenti qu’il s’agissait de l’acte fondateur du pontificat bergoglien (plus que le Concile).

Il est à relire absolument. Pour plus de commodité, j’en reproduis ici ma traduction de l’époque:

Père Scalese

Le pacte des catacombes

20/7/2016

Hier, je suis tombé par hasard dans un article sur le « Pacte des Catacombes ». Je me suis frotté les yeux et je me suis dit: qu’est-ce que c’est que ça? Je commence à lire l’article et, au fur et à mesure que j’avance dans la lecture, je me sens de plus en plus troublé. Je découvre que le 16 Novembre 1965, quelques jours avant la clôture du Concile Vatican II, quarante Pères du Concile, dans les catacombes de Domitille, ont signé le « Pacte des Catacombes ». Je tombe des nues, en cinquante ans, je n’avais jamais entendu parler d’un tel pacte.

Une fois le lecture terminée, je fais une recherche rapide sur Google, et je trouve qu’il y a une multitude de liens, datant généralement de l’an dernier (Novembre 2015), alors qu’on célébrait le cinquantième anniversaire du pacte. A cette occasion se tint également un séminaire à l’Urbanienne, en présence de Mgr Luigi Bettazzi (peut-être le seul survivant des signataires), du jésuite Jon Sobrino [l’un des principaux représentants de la théologie de la libération…] et le professeur Alberto Melloni (et nous qui pensions qu’en 2015, on devait célébrer le cinquantième anniversaire de Vatican II …).
Plusieurs articles furent même écrits. Je rapporte seulement quelques titres: «Avec le Pape François, le « Pacte des Catacombes » revit 50 ans après» (Agence SIR ); «Catacombes: le Pacte pour une église pauvre» ( Avvenire ); «Dans le pacte des catacombes, la semence de l’Eglise de François» ( Aleteia ); «A 50 ans du « Pacte des Catacombes ». Pour une Eglise « servante et pauvre »» (Zenit).
Et même, à la date anniversaire, à Naples, dans les catacombes de San Gennaro, ils étaient trois cents (la crème de l' »Église des pauvres » italienne) à renouveler le pacte.

Dans ma recherche sur Google, je découvre aussi qu’il y a un article de Wikipedia. Je demande à des personnes de ma connaissance, généralement bien informées, si elles en savent quelque chose, et elles me répondent: «Oui, bien sûr, le professeur De Mattei en parle même dans son histoire du Concile». Un livre que j’avais lu à l’époque, mais apparemment je ne m’étais pas focalisé sur l’événement. Nous étions encore sous le pontificat de Benoît XVI: certains faits semblaient désormais remis à l’histoire. Il est clair que la perception de ces événements varie en fonction de la situation dans laquelle on se trouve vivre.

Je vous laisse imaginer mon état d’esprit hier soir. J’ai senti le monde s’écrouler sur moi: mais où donc ai-je vécu durant ces cinquante ans? Je pensais que le grand événement de l’Église du XXe siècle était Vatican II; et maintenant je découvre que non, c’était le « Pacte des Catacombes ».
On m’avait toujours dit que le renouveau de l’Eglise avait été initié par le Concile; et au contraire non, aujourd’hui je m’entends dire que la semence de l' »Eglise de François » se trouve dans le « Pacte des Catacombes ». Mais alors, j’ai eu tout faux? Dites-moi ce que doit faire quelqu’un qui, depuis sa jeunesse, a choisi comme programme de vie celui d' »incarner le Concile »et qui, à cause de ce choix, a été contredit et marginalisé, et a dû supporter les épithètes de « lefebvriste » (à gauche) et de « prêtre moderniste » (à droite), mais qui a tout accepté parce qu’il était convaincu que c’était le bon choix, parce qu’il était persuadé que «dans Vatican II s’exprime ce que Dieu veut de nous aujourd’hui» (voir lien précédent). Et maintenant, arrivé à soixante ans, on lui dit: non, regardez, il doit y avoir eu un malentendu; la semence de la véritable Église, celle évangélique, celle qui est «pauvres pour les pauvres», n’est pas dans le Concile, mais dans le « Pacte des Catacombes ». Vous allez dire que j’exagère. Non, je peux vous assurer que j’étais vraiment retourné.
Quoi qu’il en soit, procédons dans l’ordre. Commençons par la lecture du Pacte:

[Ici, le Père Scalese reproduit le texte du Pacte]

Et alors? pourrait-on objecter. Qu’y a-t-il de mal dans cette déclaration? C’est un texte qui respire l’évangile (il suffit de voir les références citées); un texte auquel seuls de saints prélats pouvaient souscrire.
Je suis désolé, mais pour moi, cela, ce n’est pas l’évangile; c’est seulement une interprétation idéologique de l’évangile. Ce qui n’est pas la même chose. Voyons pourquoi.

• Je reconnais qu’à une lecture superficielle, on peut être fasciné par un tel amour pour la pauvreté, un tel détachement, une telle simplcité, une telle générosité. Effectivement, seuls les saints seraient en mesure de réaliser un tel programme. Et je n’exclus pas que certains des signataires l’étaient. Mais cela n’enlève pas au texte toute sa charge idéologique.
• L’humilité et la modestie qui transpirent sont appréciables: «une initiative dans laquelle chacun de nous voudrait éviter la singularité et la présomption»; « dans l’humilité et la conscience de notre faiblesse»; «Aide-nous, Dieu, à être fidèle». Mais on ne peut pas ignorer, dans le même temps, une pointe de présomption: «en union avec tous nos frères dans l’épiscopat». L’union avec les frères dans l’épiscopat, en ces jours, se manifestait dans la Salle du Concile, et pas dans les Catacombes de Domitilla.
• Je reconnais aussi que plusieurs points seraient pleinement acceptables, s’ils n’étaient pas infectés par l’idéologie. Voir, par exemple, les §§ 1 et 3: faut-il longtemps pour se rendre compte qu’il s’agit de simples utopies? Parfois, les vertus traditionnelles (le détachement, la simplicité, l’honnêteté, l’équité, etc.) seraient suffisantes pour ne pas tomber dans les abus auxquels on s’illusionne de porter remède avec quelques vaines propositions. Un peu de sain réalisme ne serait pas de trop!
• Ne parlons pas des pseudo-problèmes: vêtements, titres, etc. (§§ 2 et 5). Depuis quand les «couleurs voyantes» sont-elles anti-évangéliques? «Nous refusons d’être appelés … Eminence, Excellence, Monseigneur. Nous préférons être appelés avec le nom évangélique de Père». Mais, vraiment, dans l’Evangile, il est écrit: «N’appelez ‘père’ aucun d’entre vous sur la terre: car un seul est votre Père, le Père célestes» (Mt 23, 9). Et ce serait cela, la fidèlité à l’Évangile?
• L’influence du marxisme, tellement à la mode dans ces années, est très évidente : «Nous soutiendrons les laïcs, les religieux, les diacres et les prêtres que le Seigneur appelle à évangéliser les pauvres et les ouvriers partageant la vie ouvrière et le travail» (§ 8); «la mise en place de structures économiques et culturelles qui ne fabriquent plus de nations prolétaires dans un monde de plus en plus riche, mais qui permettent aux masses pauvres de sortir de leur misère» (§ 11).
• Une mentalité soumise aux institutions publiques, considérées comme les seules légitimes, émerge: «nous essayerons de transformer les œuvres de ‘bienfaisance’ en œuvres sociales basées sur la charité et la justice qui tiennent compte de tous et de toutes les exigences, comme un humble service des organismes publics compétents» (§ 9). Pourquoi ce rejet a priori de la bienfaisance? Quel mal a-t-elle fait? La priorité, toute idéologique, du moment social et politique sur celui purement « assistentiel » est évidente.
• Des propositions sont jetées là, sentant fort la franc-maçonnerie: «l’avènement d’un autre ordre social, nouveau» (§ 10). Peut-être, un « nouvel ordre mondial »?
• Des affirmations justes, mais qui risquent de rester simple slogan: «moins d’administrateurs et plus de pasteurs et d’apôtres» § 4); «plus d’animateurs selon l’Esprit que de chefs selon le monde» (n 12).
• Certains passages peu clairs: «La collégialité des évêques trouvant sa plus évangélique réalisation dans la prise en charge commune des masses humaines en état de misère physique, culturelle et morale»; «investissements urgents des épiscopats des nations pauvres» (§ 11). Qu’est-ce que cela signifie?


Mais, à part le contenu du pacte, ce qui m’a le plus troublé, c’est son existence même. Notons qu’il est conclu le 16 Novembre 1965, quelques jours avant la clôture du Concile (le 8 décembre 1965, ndt). Pourquoi? Quel besoin y en avait-il? Les signataires étaient des Pères conciliaires («Nous, évêques réunis au Concile Vatican II …»); ils avaient participé à toutes les sessions conciliaires; ils avaient certainement proposé à l’attention des autres Pères les points qui font l’objet du pacte, mais manifestement l’assemblée n’avait pas jugé bon de les faire siens. Maintenant, si l’on considère que les signataires du pacte étaient 40 et les Pères conciliaires 2500, l’humilité et le bon sens auraient voulu que les 40 se rendent à la volonté de la majorité. Les Constitutions de mon Ordre, approuvées au XVIe siècle, disposaient à ce propos des décisions du Chapitre: «On évitera, quand sera décidé quelque chose de contraire à son avis, de continuer de s’y opposer ou de répéter qu’on ne partage pas cette décision; on doit en effet se persuader qu’est juste ce qui a été approuvé par la majorité». Mais apparemment les plus spirituels des Pères Conciliaires ne se résignèrent pas, ils ne virent pas dans les décisions de la majorité le résultat de «discernement» du Concile, «ce que l’Esprit dit à l’Eglise»; ce qui avait été approuvé ne leur suffisait pas; à l’évidence, ils croyaient être porteurs d’une inspiration spéciale, exclusive, et ils ressentirent le besoin de le proposer à nouveau en un geste à part, réservé à quelques élus: le « Pacte des Catacombes ».
Et le meilleur, c’est que ce pacte n’est pas resté un accord privé entre les quelques personnes qui l’avaient signé, mais qu’il a constitué la source d’inspiration de ceux qui au cours des cinquante dernières années ne se sont pas reconnus dans l’Église institutionnelle. On a l’impression qu’il y a eu deux Conciles: un «exotérique», destiné au grand public, fait des seize longs documents approuvés par les Pères, et un «ésotérique», réservé à quelques «éclairés», fait de douze petits paragraphes (par ailleurs, écrits avec une certaine approximation), mais qui devaient conditionner l’Église dans les décennies à venir. Et il semblerait presque que le Concile officiel ait seulement servi de paravent pour couvrir celui «réel», resté sous la cendre pendant cinquante ans, pour se manifester enfin de nos jours.
Qu’il y avait des lobby, on le savait; que ceux-ci, avant et pendant le Concile, se réunissaient séparément pour décider et organiser les modalités de leurs interventions, ce n’est sans doute pas très correct, mais c’est compréhensible, cela rentre dans la normalité. Mais que quarante Pères, à la veille de la conclusion du Concile, aient ressenti le besoin de hâter un « Pacte des Catacombes », en supplément au Concile, presque comme son moment suprême, cela me semble tout simplement inconcevable. Cela donne l’impression d’une sorte de Carbonari. La « Mafia de saint-Gall » ne suffisait pas; voilà que sort aujourd’hui (au moins pour moi, qui, durant ces cinquante années, ai été un peu naïf et un peu distrait) le « Pacte des Catacombes ». Cette nouvelle Église, apparemment, naît sous le signe de la conspiration. Mais les fenêtres n’avaient-elles pas été ouvertes pour laisser entrer l’air frais? Ne devait-on pas sentir le parfum du printemps? Moi, pour l’ instant, je sens seulement la puanteur du soufre.

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