Normalisation, tel est le mot d’ordre qui, presque immédiatement après l’annonce de la parution du livre (désormais qualifié de) bombe cosigné par Benoît XVI et le cardinal Sarah, est venu de la cellule communicative de François, Tornielli en tête. Il n’y a aucune opposition sur ce sujet entre « les deux papes », la preuve par neuf, les propos rabâchés de François sur sa volonté de « conserver le célibat MAIS… ». Alors pourquoi tout ce bruit? Luisella Scrosatti démonte un mensonge institutionnel.

Courtisans (pour la définition, on pourra relire cet article réjouissant et très d’actualité:
benoit-et-moi.fr/2016/actualite/papolatres-et-courtisans…

Obéissance au Pape et vérité, ce qu’ignorent les courtisans

Luisella Scrosati
La NBQ
15 janvier 2020
Ma traduction

Après la nouvelle de la publication du livre de Sarah et Ratzinger sur le célibat, les responsables de la communication du Vatican ont essayé de « normaliser », présentant les visions de François et du Pape émérite comme presque égales. Mais c’est faux et même la course aux abris de Tornielli & Co le confirme. Exprimer une obéissance filiale au Pape ne signifie pas fermer les yeux sur les problèmes, mais recourir à la correction fraternelle par amour du Pape lui-même, de Jésus et de toute l’Eglise.

« Normaliser »: c’est le mot d’ordre qui est parti du sommet de la communication du Vatican, qui s’est trouvé submergé par la nouvelle de la publication du livre de Benoît XVI et du cardinal Robert Sarah sur le sacerdoce et le célibat. Quand on ne peut pas empêcher quelqu’un de rebattre les cartes, alors on nie qu’il les ait rebattues.

Et donc, pour normaliser, nous voici devant de nombreux articles qui nous disent essentiellement une chose: le livre ne dit rien de nouveau, car au fond le Pape François et Benoît XVI/Sarah ont la même vision des choses. Le célibat? François n’a jamais pensé à l’abolir; au contraire, il le qualifie de grand don pour l’Église, un don très précieux. Donc nous sommes tous d’accord.

Il ne s’agit pas de dresser le pape régnant contre le pape émérite, mais simplement de respecter les deux, de reconnaître ce qu’ils ont vraiment dit, plutôt que de les aplatir dans un  » doux sentiment  » d’apparente concorde.

Exprimer une obéissance filiale au Pape, l’aimer sincèrement comme Pape, ne signifie pas fermer les yeux sur les problèmes; car l’amour pour le Pape est lié à l’amour pour l’Eglise et à l’amour pour Jésus-Christ, le commencement de tout. Et quand le Pape fait des déclarations qui risquent de désorienter les fidèles, de perturber l’unité, qui ne peut exister que dans la vérité, comme l’ont rappelé Ratzinger et Sarah, alors l’amour doit se traduire par une correction fraternelle et, si nécessaire, par une opposition humble, sincère et forte à toute mauvaise décision. Le reste n’est que paroles, nées de la peur des conséquences ou de l’esprit courtisan. Quand ce n’est pas le résultat d’une désormais irrécupérable et coupable cécité.

Aucune idée extravagante de se détacher de l’Église, de fonder des « communautés de parfaits », de tourner en dérision ou d’offenser François; mais cela ne signifie pas non plus accepter d’entrer dans cette nuit de l’intelligence où, pour reprendre Hegel, toutes les vaches sont noires. C’est cette uniformité de pensée qu’on veut imposer: celle de la nuit qui ne distingue plus les formes et les couleurs.

Alors, que pense vraiment le pape François du célibat? Que c’est un don précieux pour l’Église et qu’il n’a pas l’intention de le rendre facultatif, comme il l’a dit dans l’avion, au retour des JMJ de Panama et comme l’a rappelé Tornielli dans son intervention sur Vatican News. Mais à cette occasion, François dit aussi autre chose: il s’ouvre à la possibilité de penser à l’ordination d’hommes mariés « dans des lieux très éloignés, je pense aux îles du Pacifique… quand il y a une nécessité pastorale, le pasteur doit penser aux fidèles ». Ce qui est plus que suffisant pour détruire le célibat obligatoire, même si ensuite on dit ne pas vouloir le faire ; quelqu’un aurait-il la bonté d’expliquer pourquoi le besoin pastoral des fidèles des îles du Pacifique ne peut être partagé par celui des fidèles qui vivent dans une vallée reculée des Apennins, ou au milieu d’une ville européenne très peuplée, où les prêtres ont disparu?

Et ce n’est pas tout: toujours à cette occasion, le Pape a évoqué, certainement pas par hasard, le nom de Fritz Lobinger, qui dans un de ses livres, défini par le Pape comme « intéressant », propose deux catégories de prêtres: l’un célibataire, avec l’autorisation d’exercer les trois munera (gouvernement, enseignement, sanctification), et l’autre marié, qui n’a que la faculté de célébrer la messe et d’administrer les sacrements. Après cette ouverture, François a répété à plusieurs reprises que la décision du célibat optionnel ne sera pas sa propre décision, ce qui n’empêche pas qu’il puisse déléguer les évêques et les conférences épiscopales là où il y a des besoins pastoraux. C’est-à-dire, partout. Alors, qu’en pense François ? Il me semble évident qu’il est disposé à accorder, au cas par cas, aux évêques la faculté d’ordonner des personnes mariées; car dans sa perspective, ce cas par cas ne léserait pas au célibat obligatoire.

Cette position est toutefois erronée. Ils nous disent que nous pouvons être rassurés, car il ne s’agit pas d’abolir le célibat, presque comme si quelqu’un pensait que le Pape, demain matin, décidait d’interdire l’ordination des célibataires… Soyons sérieux. Bien sûr, il ne s’agit pas de cela, de l’abolition, par voie normative, du célibat obligatoire. Ce qui se profile, au contraire c’est le maintien de la norme – la  » lettre qui tue  » ! – du célibat obligatoire dans l’Église latine, accompagné de dispositions d’ordre pastoral qui permettraient l’ordination d’hommes mariés, qui continueraient à user du mariage, pour assurer les sacrements là où les prêtres célibataires font défaut. Pour décharger encore plus François de toute hésitation, le Synode sur l’Amazonie a conçu une proposition pour choisir ces candidats parmi les diacres permanents. François resterait donc fidèle à sa déclaration: « Célibat optionnel avant le diaconat non », car si la proposition du Synode sur l’Amazonie se matérialisait, nous aurions paradoxalement un célibat optionnel « après le diaconat » !

Mais c’est précisément ce que le cardinal Sarah et Benoît XVI viennent corriger avec leur livre, en rappelant l’origine apostolique du fait que les candidats au sacerdoce doivent promettre de garder le célibat, ou, s’ils sont mariés, de vivre en parfaite continence. Pour le Pape émérite, « l’état conjugal concerne l’homme dans sa totalité; puisque le service du Seigneur exige également le don total de l’homme, il n’est pas possible de réaliser les deux vocations simultanément ».

Par conséquent, l’affirmation qu’entre la position de Benoît XVI sur le célibat et celle de François il y a une continuité substantielle s’avère soit superficielle soit tendancieuse.

Tornielli essaie d’insinuer le mantra que « le célibat sacerdotal n’est pas et n’a jamais été un dogme », mais « une discipline ecclésiastique de l’Eglise latine qui représente un don précieux », jetant de la fumée dans les yeux pour désorienter et faisant semblant de ne pas savoir que le célibat et la continence sont des disciplines qui descendent des vérités de la foi, qui les incarnent, qui les rendent visibles; et que donc, en frappant celles-ci, c’est précisément le dogme qui disparaît de l’horizon: constater que les prêtres renoncent au mariage pour le Christ et l’Église, met la réalité de l’Église sous les yeux de tous.

Maccioni sur Avvenire suit ses traces: « Le Pape François n’a pas l’intention de changer la doctrine sur le célibat sacerdotal. Plus simplement, […] il a ouvert la possibilité que, dans certaines communautés chrétiennes isolées et difficiles à atteindre, des ‘viri probati‘ puissent recevoir l’ordination sacerdotale ». Mais qui croient-ils tromper ? Que nous importe une doctrine qui ne s’incarne nulle part? D’une doctrine enfermée sous clé et mise sous vide, pour ne pas être altérée, mais qui concrètement n’a rien à voir avec la vie de l’Église? Et qui est de fait contredit par la discipline?

Il est clair que François n’a pas encore pris position sur la requête avancée par le Synode sur l’Amazonie; mais il est tout aussi clair que toute cette course aux abris du Bureau de Presse du Vatican et des autres « sujets » fait parfaitement apparaître la tournure qu’allait prendre cette décision. Quoi qu’il arrive, Benoît XVI nous a confirmés dans la foi de l’Église: nous devons nous y tenir. Et non pas parce que c’est sa voix autoritaire qui nous le dit, mais parce que c’est l’enseignement du Christ et des Apôtres.

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