Ils retracent les épisodes marquants de sa vie, depuis l’anneau épiscopal en améthyste, cadeau de Georg et Maria Ratzinger, jusqu’à celui du Pape émérite, qui rappelle le Concile, en passant bien sûr par l' »Anneau du pêcheur » dont il avait décrit en détail la symbolique lors de la messe inaugurale de son pontificat. Bel article du site « Cooperatores Veritatis« 

On trouvera sur « Benoît-et-moi » d’autres informations et des photos par exemple ici:


D’après les « Dernières Conversations« ,

les trois anneaux de Ratzinger-Benoît XVI

Cooperatores Veritatis
3 septembre 2019
Ma traduction

Sur de nombreux forums en ligne, il est question des anneaux portés par Ratzinger lorsqu’il était évêque puis cardinal, puis lorsqu’il est devenu Pape, et actuellement… Certains, cependant, affirment qu’aujourd’hui Benoît XVI continue à porter l’anneau papal dit « du pêcheur », ce qui est faux.

Le premier anneau d’évêque a été offert à Joseph Ratzinger par sa sœur Maria et son frère Georg et depuis le 11 septembre 2006, il est « porté » par la Vierge noire d’Altötting. Un autre a été annulé, pas détruit (parce que le Pape est encore vivant) et le troisième, il ne devrait même pas le posséder, en théorie. Trois anneaux et trois étapes de sa vie qui émergent aussi dans ses Dernières Conversations.

Le voyage apostolique que Benoît XVI a fait en septembre 2006 dans sa Bavière natale est entré dans l’histoire presque exclusivement à cause de l’âpre polémique qui a surgi autour de la lectio magistralis sur « Foi, raison et université » qu’il a tenue à l’Université de Ratisbonne le 12 septembre . Les réactions violentes d’une partie du monde musulman et de la grande foule d’opposants au Souverain Pontife, ainsi que la destruction qui s’en est suivie de divers lieux de culte chrétiens, ont complètement occulté un moment plus délicat, parfaitement dans le style du pape Ratzinger, qui avait eu lieu la veille.

-Votre lieu de culte préféré?
« Je dirais Altötting avec son ancien sanctuaire marial, bien sûr », confie Benoît XVI à Peter Seewald dans ses Dernières Conversations. C’est le 11 septembre 2006 que Ratzinger a visité la Gnadenkapelle d’Altötting, la chapelle des Grâces, antique lieu de dévotion mariale où la religiosité populaire vénère depuis le Moyen Age une statuette de la Vierge noire de Ötting, une version allemande de la Vierge noire de Czestochowa, en bois de tilleul, noircie par la fumée des bougies durant sept siècles de son histoire. Un lieu cher au Pape, d’autant plus que la chapelle d’Altötting n’est qu’à quelques kilomètres de Marktl, le village d’un peu plus de 2 000 âmes qui, le 16 avril 1927, fut le lieu de naissance de Joseph Aloisius Ratzinger.

« La dévotion mariale était très présente dans notre famille, elle faisait partie de ma catholicité: enfants, par exemple, au mois de mai, nous dressions dans la maison l’autel de la Vierge », poursuit Benoît XVI dans ses Dernières Conversations. « J’ai la chance d’être né tout près d’Altötting, les pèlerinages avec mes parents et mes frères font partie de mes premiers et plus beaux souvenirs », avait déjà raconté Ratzinger. Le nom du saint Konrad von Parzham, frère laïc du couvent des Capucins de Sant’Anna di Altötting, canonisé par Pie XI en 1934, est inséparablement lié à Altötting. Avec la chapelle des Grâces, le couvent constitue le Herz Bayerns, le cœur de la Bavière, centre propulsif du catholicisme allemand depuis des siècles. Selon la légende, la chapelle octogonale originelle, construite entre le VIIIe et le Xe siècle, abritait les fonts baptismaux utilisés par l’évêque Rupert de Salzbourg pour baptiser le premier duc de Bavière de foie catholique.

Donc, l’anneau épiscopal offert par Benoît XVI, en or, est fait d’une améthyste dans laquelle est gravée une colombe avec une branche d’olivier. Ce sont des références bibliques claires, l’améthyste est en fait l’une des douze pierres du pectoral qui conserve les noms des douze tribus d’Israël et l’améthyste est le douzième pilier de la Jérusalem céleste, la colombe évoque en revanche l’épisode du déluge universel et c’est un symbole bien connu de paix avec Dieu et le lien indissoluble entre Dieu et les hommes.

Ainsi, le 11 septembre 2006, au cours d’une étape de son voyage apostolique en Bavière, Benoît XVI se rendit en pèlerinage à Altötting et déposa son anneau épiscopal au pied de la petite statue de la Vierge Marie. Un don votif non négligeable, pour quelqu’un qui ne s’en était jamais séparé depuis 28 ans, c’est-à-dire depuis que ses frères et soeurs bien-aimés Georg et Maria le lui eussent offert à l’occasion de son ordination épiscopale, le 28 mai 1977. Aujourd’hui, la bague est insérée dans le sceptre de la Vierge Noire. Encore en 2008, à l’occasion de la solennité de l’Assomption, le Pontife envoya à la chapelle d’Altötting une rose d’or, des mains du cardinal Joachim Meisner, archevêque métropolitain de Cologne, confirmant son lien avec le sanctuaire marial.

A partir du 19 avril 2005, jour de son élection pontificale, le destin de Ratzinger est lié à un deuxième anneau qui dès lors remplace à son doigt l’anneau épiscopal: l’anneau du pêcheur. Benoît XVI apparut tout de suite particulièrement attaché à son propre anneau du pêcheur, au point de le porter, contrairement à ses prédécesseurs – et à son successeur – pendant tout le pontificat.

Également forgé en or, comme le veut la tradition, l’anneau du pêcheur de Benoît XVI présentait l’image de saint Pierre, « pêcheur d’hommes », s’apprêtant à lancer des filets. L’iconographie est complétée par le nom du Pontife en latin, « Benedictus XVI« . Claudio Franchi, l’orfèvre qui a réalisé l’anneau, a révélé d’autres symboles: la forme ellipsoïdale qui renvoie à la colonnade du Bernin de la place Saint-Pierre; les deux poissons sur la tige de l’anneau, symbole de la culture chrétienne des origines; la représentation du parvis de Saint-Pierre, dans la partie interne.
Deux fonctions, celle symbolique et celle du sceau – cette dernière tombée en désuétude depuis le milieu du XIXe siècle, ainsi que la pratique de sceller les « brefs » pontificaux avec l’anneau – que Benoît XVI avait cependant voulu séparer, comme l’expliquait au lendemain du renoncement Mgr Crispino Valenziano, consultant au Bureau des célébrations liturgiques papales. Le même qui, quelques heures après l’élection de Ratzinger révélait comment, le matin du 20 avril 2005, la bague avait été montrée au nouveau Pontife. « Elle lui a plu, et il a dit: ‘Je fais du 24 [diamètre de la bague, ndt], cela me plaît, parce que c’est le double de 12’ « .

Le 24 avril, dans l’homélie de sa cérémonie d’investiture , commentant « les deux signes par lesquels la prise en charge du ministère pétrinien est représentée liturgiquement », Benoît XVI a expressément fait référence à l’anneau piscinatoire comme symbole tangible de ce qui « est dit aujourd’hui encore à l’Église et aux successeurs des apôtres »

 » Aujourd’hui encore, l’Église et les successeurs des Apôtres sont invités à prendre le large sur l’océan de l’histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ – à Dieu, au Christ, à la vraie vie. Les Pères ont aussi dédié un commentaire très particulier à cette tâche singulière. Ils disent ceci: pour le poisson, créé pour l’eau, être sorti de l’eau entraîne la mort. Il est soustrait à son élément vital pour servir de nourriture à l’homme. Mais dans la mission du pêcheur d’hommes, c’est le contraire qui survient. Nous, les hommes, nous vivons aliénés, dans les eaux salées de la souffrance et de la mort; dans un océan d’obscurité, sans lumière. Le filet de l’Évangile nous tire hors des eaux de la mort et nous introduit dans la splendeur de la lumière de Dieu, dans la vraie vie. Il en va ainsi – dans la mission de pêcheur d’hommes, à la suite du Christ, il faut tirer les hommes hors de l’océan salé de toutes les aliénations vers la terre de la vie, vers la lumière de Dieu. Il en va ainsi: nous existons pour montrer Dieu aux hommes. Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie. Seulement lorsque nous rencontrons dans le Christ le Dieu vivant, nous connaissons ce qu’est la vie ».

Baisée par des centaines de prélats, de dirigeants mondiaux et de simples fidèles en près de 8 ans de pontificat, l’histoire de l’anneau de pêcheur de Benoît XVI s’est interrompue avec celle de son pontificat. Sans la mort de celui qui l’avait portée, cependant, dans les jours qui ont suivi le renoncement, les hypothèses et les conjectures se sont multipliées sur la façon dont l’anneau allait finir. Il a finalement été biffé, c’est-à-dire annulé avec deux rayures.

Une autre question restait cependant ireésolue: le nouveau « Pape émérite » aurait-il encore une bague? Et si oui, laquelle? Quelques mois plus tard, la réponse est venue des images très claires, mais sans aucune annonce officielle.

Le nouvel anneau est une copie de celui offert par Paul VI aux Pères conciliaires en décembre 1965, à l’occasion de la clôture du Concile Vatican II. Créée par Enrico Manfrini, le « sculpteur des papes » de Pie XII à Jean-Paul II, la bague présente le Christ entre saint Pierre et saint Paul, surmonté d’une croix. La forme particulière de l’anneau rappelle la mitre épiscopale. Celui choisi par Benoît XVI est une réplique de l’anneau (laiton doré), mais sans la gravure interne portant les armoiries papales des originaux. Ce qui est compréhensible, étant donné que Ratzinger, bien qu’il ait participé comme protagoniste aux travaux de Vatican II dans la suite du cardinal Josef Frings, archevêque de Cologne, ne l’a pas fait en sa qualité d’évêque et n’a donc pas reçu l’anneau conciliaire doré. En même temps, le choix de l’adopter ne semble pas un hasard, après que Vatican II ait émergé à plusieurs reprises dans les derniers discours prononcés par Benoît XVI en tant que pontife. La mémoire d’un événement fondamental de l’histoire de l’Église et de la vie de Joseph Ratzinger, dont il ne manque pas de parler dans ses Dernières Conversations.
« L’annonce du Concile posait des questions – comment les choses se présenteront-elles, comment faire pour qu’elles aillent dans la bonne direction ? – mais aussi de grands espoirs « , se souvient Benoît XVI. Une position déjà exprimée à l’occasion du discours adressé au clergé de Rome le 14 février 2013. « Une petite causerie sur le Concile Vatican II » qui restera dans l’histoire.

« Nous sommes allés au Concile non seulement avec joie, mais aussi avec enthousiasme. Il y avait une attente incroyable. Nous espérions que tout serait renouvelé, qu’une nouvelle Pentecôte viendrait vraiment, une nouvelle ère de l’Église », se souvient Benoît XVI déjà sur le départ. « Il y avait le Concile des Pères – le vrai Concile – mais il y avait aussi le Concile des Médias. C’était presque un Concile en soi, et le monde a perçu le Concile à travers eux, à travers les médias. Le Concile des journalistes, naturellement, ne s’est pas réalisé à l’intérieur de la foi, mais dans les catégories des médias d’aujourd’hui, c’est-à-dire, en dehors de la foi, avec une herméneutique différente. C’était une herméneutique politique: pour les médias, le Concile était une lutte politique, une lutte de pouvoir entre différents courants dans l’Eglise. Nous savons à quel point ce Concile des médias a été accessible à tous. C’était donc le Concile dominant, le plus efficace, et il a créé tellement de calamités, tellement de problèmes, tellement de misères, séminaires fermés, couvents fermés, liturgie banalisée… et le vrai Concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser; le Concile virtuel était plus fort que le Concile réel ».

Au Concile, Ratzinger milita sur le front progressiste.

« A l’époque, être progressiste ne signifiait pas encore rompre avec la foi, mais apprendre à mieux la comprendre et à la vivre d’une manière plus juste, à partir des origines », explique Benoît XVI dans ses Dernières Conversations. « La volonté des évêques était de renouveler la foi, de l’approfondir. Cependant, d’autres forces ont également fait sentir leur influence, notamment la presse, qui a donné une interprétation entièrement nouvelle à de nombreuses questions. A un moment donné, les gens se sont demandés: si les évêques peuvent tout changer, pourquoi ne pouvons-nous pas le faire nous aussi ? La liturgie a commencé à s’effondrer, glissant dans l’arbitraire ».

Un scénario déjà réévoqué quelques mois après le début de son pontificat, le 22 décembre 2005, dans son discours à la Curie romaine en vue de Noël.

Pourquoi la réception du Concile, dans une grande partie de l’Église, s’est-elle jusqu’à présent déroulée d’une manière si difficile? » se demandait alors Benoît XVI. « Eh bien, tout dépend de l’interprétation juste du Concile ou – comme nous le dirions aujourd’hui – de sa juste herméneutique, de la clé de lecture et d’application juste. Les problèmes de la réception sont dus au fait que deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et se sont querellées. L’une a semé la confusion, l’autre, silencieusement mais de plus en plus visiblement, a porté ses fruits ».

« D’un côté – expliqua alors Benoît XVI – il y a une interprétation que je voudrais appeler « herméneutique de la discontinuité et de la rupture »; elle a souvent pu se prévaloir de la sympathie des mass media, mais aussi d’une partie de la théologie moderne. De l’autre, il y a « l’herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise que le Seigneur nous a donné; c’est un sujet qui grandit dans le temps et se développe, mais qui reste toujours le même, unique sujet du peuple de Dieu en chemin. L’herméneutique de la discontinuité risque de se terminer par une rupture entre l’Église préconciliaire et l’Église post-conciliaire ».