Cette année encore, les lauréats (ils sont deux) du Prix Nobel de littérature n’échappent pas à la caricature politiquement correcte, féminisme et/ou tiersmondisme, qui est sa marque de fabrique. Réflexion « virile » (gros mots d’origine!) de Marcello Veneziani, entre sarcasme et provocation. Il a relu la liste des primés depuis 1901, pour y relever non pas ceux qui y figurent, mais ceux qui n’y sont pas. Et sa conclusion (adressée au jury suédois) est sans appel: décernez un prix Ikea, au moins, là, vous êtes compétents.


Assez avec le Nobel, faites le prix Ikea

Marcello Veneziani
La Verità, 11 octobre 2019
Ma traduction

Après l’incident sexiste de l’année dernière, aviez-vous des doutes quant à l’attribution du prix Nobel de littérature à une femme? Peut-être même verte, fan de Greta…. C’est ce qui s’est passé, avec Olga Tokarczuk, polonaise, verte, « de gauche », qui écrit « pour dépasser les frontières », récompensée en tandem avec Peter Handke. On va par gender et non par valeur, par message idéologique et non par qualité. L’année dernière, la plus haute distinction littéraire au monde n’a pas été décernée à cause d’une main aux fesses sexiste faite douze ans auparavant. Peut-on bloquer un événement littéraire planétaire pour un épisode de harcèlement sexuel, soumettre le génie au couperet du MeToo? Ils ne l’ont même pas fait à Hollywood, où ils sont plus maniaques sur le correct, après l’affaire Weinstein, beaucoup plus dévastatrice parce qu’elle touchait même les Oscars alors qu’ici il n’y a pas d’agresseurs ou d’agressés sexuels récompensés. Dans cette affaire, le lien entre la Grande Littérature et la petite libido d’un photographe, époux d’une membre du jury reste un mystère. Dans le passé, la non-attribution du prix Nobel était pour des raisons comme une guerre mondiale; là, c’est arrivé à cause d’une petite tape sur le cul. Sigmund Freud dirait que nous sommes dans la phase anale de la littérature….

Mais sur le Nobel, je reviens à mon idée fixe, bien plus grave que la censure des molesteurs. Si l’on regarde la liste des primés de 1901 à nos jours, on découvre des dizaines de lauréats ignorés par la postérité, oubliés par la Littérature, insignifiants ou marginaux. Mais ce qui est pire, c’est que le prix le plus prestigieux au monde a oublié ou écarté presque toute la grande Littérature du XXe siècle. Je vais vous donner quelques noms. Est-ce que quelqu’un comme Marcel Proust ou Franz Kafka, James Joyce ou Oscar Wilde vous dit quelque chose? Le Nobel les a ignorés. Le même sort, le même silence, ont frappé des géants comme Eugéne Ionesco et Aldous Huxley, Paul Valéry et G.K. Chesterton, George Orwell et Ezra Pound, Ernst Junger et Louis-Ferdinande Céline. Pas de Nobel. Sans oublier Leon Bloy et Henri de Monterlhant, Fernando Pessoa et Yukio Mishima, Emil Cioran et Gottried Benn, George Bernanos et Stefan Zweig, Karl Kraus et Hugo von Hofmannsthal, et Lev Tolstoj jusqu’à J.R.Tolkien?

La liste pourrait continuer ainsi parmi les sommets de la littérature mondiale refusée à Stockholm. La littérature italienne n’a pas non plus été épargnée, où le Nobel a oublié les deux poètes italiens les plus aimés et imités au monde, Gabriele D’Annunzio et F.T. Marinetti. Avant eux, le prix Nobel a négligé Giovanni Pascoli puis Giuseppe Ungaretti; allant au hasard, il n’y a aucune trace de Curzio Malaparte et de Cesare Pavese, de Giovanni Papini et de Giuseppe Prezzolini, de Giovannino Guareschi et de Dino Buzzati et beaucoup d’autres. En revanche, les primés sont plutôt surprenants: de Grazia Deledda à Dario Fo, puis un peu mieux avec Salvatore Quasimodo et surtout avec Eugenio Montale et heureusement ou par erreur il y a aussi nos Giosuè Carducci et Luigi Pirandello. Mais les quatre cinquièmes de notre grande littérature ont été ignorés par les Suédois.

Les philosophes lauréats du prix Nobel sont tout aussi curieux: un triptyque, Bertrand Russell, Henri Bergson et Jean-Paul Sartre (qui a refusé le prix), mais parlant de littérature philosophique, pourquoi exclure les grands écrivains de philosophie comme Benedetto Croce, José Ortega y Gasset, Miguel de Unamuno, George Bataille, Roger Callois, Gabriel Marcel?

Bref, le prix Nobel est un massacre de la littérature, un prix ignare. Dans de nombreux cas d’assignation ou de non-assignation, c’est le politiquement correct qui a compté si l’on considère que presque aucun grand auteur dérangeant n’a été récompensé, sinon avant le moment où il s’est rendu impardonnable (je pense à Knut Hamsun ou W.B.Yeats et Alexandre Soljenitsine, avant son attaque au matérialisme occidental) et la grande majorité des grands non-primés que je viens de mentionner ne sont certes pas progressistes, libéraux, démocrates ou marxistes. En compensation, on a donné des prix de genre ou ethniques (comme cette année, on récompense une femme, peut-être une féministe, ou bien on donne un prix tiersmondiste à un auteur d’un pays pauvre). Bref, le foutage de gueule du Nobel a commencé bien avant le peloteur Jean-Claude Arnault . Mais la Suède est le pays du politiquement correct, plus que les États-Unis, comme en témoigne dans son livre « Politiquement correct » un intellectuel suédois, Jonathan Friedman [américain, mais il enseigne ou a enseigné à Lund], dont l’épouse, chercheuse, a été accusée de racisme uniquement parce qu’elle a démontré qu’en Suède la politique multiculturelle d’accueil des migrants était un échec. Le racisme présumé est ex aequo avec la main aux fesses du Nobel parmi les péchés capitaux.

Les verdicts, rendus par dix-huit Suédois, décrètent depuis plus d’un siècle les fausses destinées de la littérature et proclament les prétendus Grands, mais sont ensuite désavoués par les lecteurs, par le temps et par les critiques. En réalité, le prix Nobel est important non pas pour la littérature mais pour l’entité économique et donc pour ceux qui sont directement concernés, pour qui la vie change: beaucoup d’argent, de la célébrité, des conférences et des traductions…

Avec tout le respect que je dois à l’intelligence suédoise, étant donné que vous ne comprenez pas grand’chose aux chefs-d’œuvre et à l’excellence littéraire, laissez la littérature tranquille, consacrez-vous à Ikea, où vous êtes leader. Appliquez-vous aux meubles fabriqués en série à faible coût, aux vis, aux boulons, et aux montages à faire soi-même. A la place du prix Nobel, le prix Ikea fonctionnerait mieux, avec des vers démontables et des textes recomposables directement chez vous.