Le diocèse d’Eisenstadt, capitale du land de Burgenland, en Autriche, fêtera en 2020 son soixantième anniversaire. Pour célébrer l’événement, Benoît XVI a écrit une prière qui vient d’être publiée dans l’Annuaire 2020 du Burgenland. Même s’il ne faut pas sur-interpréter, on peut y voir une allusion aux divisions qui déchirent l’Eglise en ce moment.

Benoît XVI avec Mgr Ägidius Zsifkovics , évêque d’Eisenstadt, et le porte-parole du diocèse
(la date n’est pas précisée)

Benoît XVI voit aujourd’hui la foi « menacée par des changements réducteurs auxquels les modes mondaines voudraient la soumettre pour lui soustraire sa grandeur ».

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Dans une prière écrite par le pape émérite à l’occasion du 60e anniversaire du diocèse d’Eisenstadt, dans l’est de l’Autriche, on peut lire: « Seigneur, en ces temps que nous vivons, aide-nous à être et à rester de vrais catholiques, à vivre et à mourir dans la grandeur de Ta vérité et dans Ta divinité ».
Dans le texte publié cette semaine dans l’Annuaire 2020 du Burgenland, Benoît XVI écrit aussi: « Donne-nous toujours des évêques courageux qui nous conduisent à l’unité avec la foi et avec les saints de tous les temps, et qui nous montrent comment agir de manière adéquate au service de la réconciliation… ».

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Le diocèse d’Eisenstadt, qui coïncide géographiquement avec le Burgenland, fêtera son 60e anniversaire l’année prochaine. Dans sa préface de l’Annuaire du Burgenland, l’évêque diocésain d’Eisenstadt, Ägidius Zsifkovics, décrit la prière écrite par Benoît XVI à cette occasion comme théologiquement avisée et humainement touchante.

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Die Tagespost

Le site Chiesa e Post Concilio (qui a traduit en italien le texte original en allemand ), remarquant que le Pape émérite sort une fois de plus de son silence, voit dans cette prière une sorte de Testament spirituel – ce qui est peut-être excessif!
Et il ajoute ce commentaire:

Le texte de Benoît XVI date de juin dernier; mais il contient des éléments significatifs par rapport aux événements récents, compte tenu aussi du fait que le texte discuté du Instrumentum Laboris du Synode Amazonien était déjà connu à ce moment.
Rappelons un précédent particulièrement éloquent: les Notes établies à l’occasion de la rencontre des présidents de toutes les conférences épiscopales du monde sur le thème des abus, convoquée au Vatican (24-29 février 2019). Le document a été rendu public au cours du mois d’avril suivant, montrant que ses observations n’avaient pas été prises en compte.


La prière de Benoît XVI

(Ma traduction d’après le texte en italien)

Plus de 1900 ans ont passé depuis que Toi, le Verbe éternel de Dieu, es entré dans le temps et T’es fait chair – Tu t’es fait homme. Tu n’as pas abandonné Ta nature humaine comme un vêtement après l’avoir assumée pendant une brève période. Non, jusqu’à Ta mort sur la croix Tu l’as assumée, Tu l’as traversée et Tu l’as soufferte et Tu restes, après être ressuscité, à jamais un homme. Dans la parabole, Tu t’es comparé au grain de blé qui tombe dans la terre et meurt, qui toutefois ne reste pas isolé, mais émerge à nouveau et porte constamment du fruit. Dans la sainte Eucharistie, Tu es toujours présent parmi nous, Tu te confies dans nos mains et dans nos cœurs pour qu’une nouvelle humanité puisse naître. Et donc, que Tu te sois fait homme n’est pas pour nous une expérience lointaine, mais elle nous touche tous, elle nous appelle tous. Aide-nous à le comprendre de plus en plus. Aide-nous à vivre et à mourir dans le secret du grain de blé et à contribuer à la naissance d’une humanité nouvelle.


Avant de quitter ce monde et de retourner au Père, puis de revenir parmi nous, Tu as confié à de jeunes hommes la tâche d’aller dans le monde entier et de baptiser les gens au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Et être baptisé fait de nous une nouvelle communauté, Ton Église. Comme Tu l’as annoncé, Ton nouveau corps – qui s’étend dans le monde entier – se distingue par Ta proximité, qui anime le corps lui-même. Mais il se distingue aussi par notre fragilité, qu’on ne surmonte que lentement.
En ce moment de notre histoire, nous Te remercions pour la grâce de nous avoir appelés à faire partie de Ton Église. Nous Te remercions pour les belles et grandes réalités qui sont rendues visibles dans le monde à travers Elle. Nous Te demandons aussi de nous aider à faire face à l’obscurité qui, de temps en temps, est toujours menaçante et active en Elle.
Et nous te remercions parce que depuis soixante ans, notre patrie, le Burgenland, est devenue un épiscopat et est entrée comme une famille unie dans la plus grande famille de Dieu. A la fin de la Première Guerre mondiale, l’immense territoire de la vieille Autriche, qui unissait entre eux de nombreux peuples, s’est brisé et a été divisé en plusieurs états. Mais notre patrie se trouve là où les divisions se dissolvent. Ainsi, peu à peu, notre épiscopat a évolué de la présence de réalités individuelles à une nouvelle unité. Sa tâche est ainsi également celle d’agglomérer les différentes langues et les différentes histoires de chaque partie en une nouvelle unité. Nous Te remercions donc pour le fait que – grâce à la conduite de bons pasteurs -, notre épiscopat est devenu un espace de réconciliation dans lequel la force conciliatrice de Ton amour a été d’une certaine manière rendue visible.

En ce moment, pensons d’abord aux commencements de la foi au sein de notre patrie, à l’époque où Tu nous avez envoyé la grande figure de saint Martin, évêque de Tours. Martin nacquit dans notre terre – ce qui était à l’époque la province romaine de Pannonie – et ses origines font qu’il nous appartient pour toujours d’une manière spéciale. Suivant la volonté de son père, il devint soldat romain et arriva en Gaule, à l’autre extrémité du continent. Il T’a rencontré, Seigneur Jésus-Christ, dans la figure d’un mendiant, et, partageant avec lui son manteau – sa maison, pourrait-on dire – il T’a reconnu dans son cœur. Tu lui as fait don d’un grand maître, Hilaire de Poitiers, qui a illuminé son intelligence et l’a de cette façon protégé des pièges de l’arianisme. Ainsi, il a été préservé de cette fausse forme de foi chrétienne, qui transmettait aux peuples nouvellement convertis une image diminuée de Notre Seigneur et ainsi empêchait l’accès à la grandeur de la vraie foi. Suivant les traces de saint Hilaire, saint Martin retourna une fois encore dans sa terre, pour ensuite se rendre à nouveau en Gaule, où il réalisa le grand ministère de sa vie.


Aujourd’hui encore, notre foi est menacée par des changements réducteurs auxquels les modes mondaines voudraient la soumettre pour lui soustraire sa grandeur.


Seigneur, en ces temps que nous vivons, aide-nous à être et à rester de vrais catholiques, à vivre et à mourir dans la grandeur de Ta vérité et dans Ta divinité. Donne-nous toujours des évêques courageux qui nous conduisent à l’unité avec la foi et avec les saints de tous les temps, et qui nous montrent comment agir de manière adéquate au service de la réconciliation, à laquelle notre épiscopat est appelé d’une manière spéciale.
Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous!

Benoît XVI
Cité du Vatican,
Monastère Mater Ecclesiae,
8 juin 2019