George Weigel l’a rencontré récemment, et nous pouvons le croire lorsqu’il dit qu’il l’a trouvé certes affaibli physiquement, mais remarquablement lucide et bien informé – tout court, autrement dit il n’est pas nécessaire de préciser « pour un homme de son âge » -. L’éminent « theocon » américain (qui donne de l’urticaire aux cathos de gauche comme aux tradis!!) règle leur compte aux brutes et aux voyous qui l’ont couvert d’injures, jusqu’à le faire passer pour sénile, lors de la sortie de « ce » fameux livre à quatre mains.

Pour ne pas m’énerver, j’ai évité ces jours-ci la cathosphère « adulte » francophone, à l’exception d’un blog particulièrement haineux, et je pèse mes mots (bien qu’il ne cesse de prôner l’importance du témoignage personnel dans l’évangélisation – si on doit le prendre au mot, il s’agit donc de faire fuir ceux qui seraient enclins à se convertir), ultra-bergogliophile (!!!), que je fréquente épisodiquement, par pur masochisme. Les lecteurs avertis le reconnaîtront sans peine.

Dans un commentaire non filtré – dont on peut donc supposer qu’il reflète son opinion, si l’on s’en tient à ses pratiques habituelles – à l’un de ses billets (*), on peut lire la description d’une photo (que nous avons tous vue) « qui fait mal à tous ceux qui ont aimé et aiment Benoît XVI: un vieillard à l’extrême fin de son existence terrestre, le regard vide, épuisé, la croix pectorale tombant sur le côté, etc., entouré de deux hommes alertes, conscients que leur ‘tour de passe-passe’ est sur le point de fonctionner. Cette ‘affliction terminale’, car c’en est une, est ignoble« .

Si c’est cela, « ceux qui ont aimé et aiment Benoît XVI« !!! Admirez l’art d’inverser les accusations!! Carrément ignoble, oui, le mot convient parfaitement, et même diffamatoire, y compris envers le cardinal Sarah
C’est à de tels propos que répond l’article de Weigel: non pas à leurs auteurs (irrécupérables) mais à ceux qui seraient tentés de les croire.


Les voyous et ce livre

George Weigel
www.firstthings.com
29 janvier 2020
Ma traduction

Le 12 janvier, immédiatement après l’annonce que le pape émérite Benoît XVI et le cardinal Robert Sarah avaient écrit un livre sur la crise du sacerdoce dans l’Église du XXIe siècle, on a assisté au déchaînement de l’hystérie en ligne – ce qui souligne assez bien la prudence d’une résolution de Nouvel An que j’avais recommandée aux catholiques concernés dans un billet du 1er janvier: « Prenez la résolution de limiter votre exposition à la blogosphère catholique. »

L’incroyable venin vomi sur le pape émérite et le cardinal par plus d’un commentateur n’a pas fait avancer d’un iota ou d’un titre le débat dans l’Église sur la réforme du sacerdoce. Il a en fait retardé ce débat urgent, détournant l’attention de plusieurs questions pressantes (notamment les racines profondes de la crise des abus et la signification du célibat clérical) en traitant un livre sérieux comme s’il s’agissait d’un tract politique partisan.

Toutefois, la cacophonie autour du livre de Benoît/Sarah, Des profondeurs de nos cœurs, a servi deux objectifs utiles: elle en dit a long sur le caractère du venin et elle a clarifié certaines des dynamiques qui animent l’Église à l’approche du septième anniversaire du pontificat du pape François, le 13 mars.

L’attaque contre le pape émérite Benoît était exceptionnellement haineuse et profondément mal informée. Un partisan éminent du pontificat actuel a estimé que Benoît est « conscient à peine une demi-heure à la fois »; un autre sorcier issu des gradins de la gauche du terrain a affirmé que Benoît était « inapte ».

Aucun des deux hommes n’a la moindre idée de ce dont il parle. Le 19 octobre dernier, j’ai passé 45 minutes avec le pape émérite Benoît pour discuter d’un large éventail de questions. Il était physiquement plutôt fragile, mais en début de soirée de ce que je suppose avoir été une journée normale, il était complètement lucide, suffisamment bien informé, avide de nouvelles informations, plein de bonne humeur, et capable de se rappeler des thèmes et des personnalités de conversations que nous avions eues des décennies plus tôt. Le pape émérite semblait clair comme de l’eau de roche, intellectuellement, à 92 ans; peut-on en dire autant de ceux qui, s’appuyant sur des « rapports », le considèrent comme un vieil homme sénile, déconnecté des événements et peut-être même de la réalité ?

L’attaque contre le cardinal Sarah a été tout aussi vicieuse et tout aussi mal informée. J’ai l’honneur de connaître le cardinal guinéen depuis plusieurs années et, comme tous ceux qui ont passé un certain temps avec lui, j’ai trouvé en lui un homme d’une profonde sainteté: un disciple de Jésus-Christ vraiment converti dont le ministère découle de sa fidélité radicale au Seigneur. Malgré les caricatures perpétrées par ceux qui craignent manifestement son influence présente et future dans l’Église, le cardinal Sarah m’a également frappé comme un homme de joie chrétienne, toujours émerveillé par la grâce de Dieu qui a été à l’œuvre dans sa vie, et donc capable de rire (de cette manière robuste dont seuls les Africains sont capables) des faiblesses humaines du moment. Le cardinal Sarah, toutefois, n’a pas ri de l’affirmation selon laquelle il avait menti sur l’origine et la nature de Des profondeurs de nos cœurs – et sa colère juste, bien que contrôlée, confirmait ce que ceux qui le connaissent réellement comprennent: c’est un honnête homme.

Ces calomnies contre Benoît et Sarah ont été amplifiées par une autre accusation absurde: qu’en déchargeant leur esprit et leur conscience sur ce qui est nécessaire pour une réforme authentique du sacerdoce, le pape émérite et le cardinal ont en quelque sorte entravé le « discernement » du pape François après le synode amazonien d’octobre dernier. Il s’agit donc à présent de cela: les partisans de l’ouverture et du dialogue disent aujourd’hui à deux des fils les plus distingués du catholicisme que leurs opinions sont malvenues, que la défense théologique et pastorale du célibat clérical est un acte de déloyauté envers le pape François et qu’ils devraient simplement se taire.

Ce ne sont pas là les tactiques de défenseurs convaincus qu’ils ont remporté la victoire sur ce sujet et qu’ils vont probablement continuer à gagner. Ce sont les tactiques de ceux qui, craignant que le temps presse, imaginent que leur seul recours est l’intimidation.

Il n’y a rien d’ecclésiastique dans tout cela, rien qui évoque la charité chrétienne. La réforme du sacerdoce est essentielle pour la mission d’évangélisation de l’Église. Ceux qui ont rejeté une proposition sérieuse pour une telle réforme, en grande partie en diffamant ses auteurs, ont montré qu’ils étaient moins intéressés par la réforme du sacerdoce de la Nouvelle Alliance que par des jeux de pouvoir ecclésiastiques.


(*) Ils laissent soupçonner une profonde aigreur dont les motifs sont sans doute à rechercher dans sa biographie…

Mots Clés :