Il n’y a pas que les catholiques qui sont impactés. Suite à la gestion catastrophique de l’épidémie par l’Iran, l’Arabie Saoudite a décidé de ne plus accorder de visas aux pèlerins en route vers les lieux saints de l’islam, tant chiites que sunnites. Surajoutant l’exaspération populaire aux relations déjà tendues entre les deux puissances du golfe.

Pèlerinage à La Mecque (photo d’archives)

Contagion en provenance d’Iran:

Stop aux pèlerinages à La Mecque et à Médine

Stefano Magni
La NBQ
28 février 2020
Ma traduction

Le coronavirus modifie des habitudes et des traditions séculaires. L’Arabie saoudite a décidé à l’improviste de ne plus accorder de visas d’entrée aux pèlerins en route pour La Mecque et Médine. Craignant surtout la contagion en provenance de l’Iran, un des pays les plus touchés. Et l’un de ceux qui ont le plus mal géré la nouvelle crise.

Le coronavirus modifie des habitudes et des traditions séculaires à toutes les latitudes. Par une décision d’une rare gravité dans le monde islamique, l’Arabie saoudite a décidé à l’improviste de ne plus accorder de visas d’entrée aux pèlerins en route pour La Mecque et Médine.

La nouvelle s’est abattue comme un éclair dans un ciel serein sur ceux qui étaient déjà en voyage, au point qu’on a assisté à « une confusion extrême » à l’aéroport du Caire, l’un des principaux aéroports du Moyen-Orient. Les autorités égyptiennes ont fait état d’une « extrême colère » parmi les milliers de passagers en attente d’un vol. Selon des témoins qui ont parlé à l’agence Associated Press en préservant leur anonymat, le service de sécurité local a dû faire appel à des renforts de peur que la protestation ne s’intensifie une fois la nouvelle du stop aux pèlerinage répandue. En Turquie, au Pakistan et en Indonésie aussi, les aéroports ont dû refouler des milliers de croyants musulmans qui voulaient monter à bord de leurs avions régulièrement réservés.

Cette décision dramatique et soudaine a été prise par les Saoudiens principalement par crainte d’une infection en provenance d’Iran, la nation du Moyen-Orient la plus touchée par le virus. Sans parler du régime qui l’a géré avec le moins de prudence et la pire censure. L’emblème de l’épidémie de Covid-19 en Iran est devenu le vice-ministre de la Santé, Iraj Harirchi: alors qu’il tenait une conférence de presse pour rassurer le public sur la véridicité du faible nombre de contagions, il a commencé à se sentir visiblement malade, à transpirer et à se tenir à peine debout.

Le soir même, on lui diagnostiquait le coronavirus. Dans un message vidéo envoyé avec son téléphone portable, il s’est dit certain de la victoire dans la lutte (personnelle et nationale) contre le nouveau mal. Mais entre-temps, le mal était fait. Le virus frappe également d’autres hauts responsables de l’État, dont le vice-président Masoumeh Ebtekar, qui a été testé positif mercredi. Le nombre de contagions, admises par le régime, est de 254 au moment de la mise en ligne de cet article. Le nombre de décès admis par le régime est de 26. Mais des doutes subsistent quant à la véracité de ces chiffres. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompey, profite d’une nouvelle occasion pour dénoncer le régime des ayatollahs, exprimant sa profonde inquiétude quant au fait que l’Iran cache toujours des « données d’importance vitale ».

Les autorités religieuses iraniennes ont refusé de fermer les principaux sanctuaires et lieux de pèlerinage. Les lieux saints de Qom et de Mashhad sont toujours ouverts aux pèlerins du monde chiite, en particulier d’Irak et du Liban. En outre, les autorités civiles iraniennes n’ont pas appliqué de quarantaine dans les zones où l’épidémie s’est propagée. Même ces derniers jours, ils ont déclaré qu’ils ne croyaient pas à la quarantaine, la qualifiant de « méthode archaïque ». Il s’ensuit que pratiquement tous les cas de coronavirus diagnostiqués au Moyen-Orient concernent des personnes qui ont été infectées lors d’un voyage en Iran. L’Arabie Saoudite, avec son importante minorité chiite dans la région du Golfe Persique, n’est pas exempte de ce problème, bien qu’elle ne déclare aucun cas (pour l’instant).

C’est pour cette raison que Riyad a décidé de fermer à tous, sunnites comme chiites, pour éviter que le flux important et continu de pèlerins vers les lieux les plus sacrés de l’Islam ne propage la contagion à l’échelle mondiale. Ce ne serait pas la première fois: en 1821, une épidémie de choléra a tué quelque 20 000 pèlerins musulmans. Une deuxième épidémie de choléra, en 1865, a tué 15 000 personnes et s’est propagée dans le monde entier (bien que les voyages, à l’époque, duraient des semaines et des mois, et non des heures). L’urgence la plus récente concerne l’épidémie de MERS, un autre coronavirus né et s’étant propagé au Moyen-Orient en 2012. À cette occasion, les mesures d’urgence saoudiennes ont suffi pour éviter les décès lors du pèlerinage à La Mecque et à Médine. D’une manière générale, au cours des dernières décennies, aucun visa n’est accordé aux fidèles arrivant de pays où le virus Ebola n’a pas été éradiqué.

Les Saoudiens n’ont pas annoncé la durée de l’interdiction, avec une grande inquiétude pour les musulmans qui attendent le Ramadan (en avril) et le Hajj, le grand pèlerinage annuel qui aura lieu en juillet. Et ils en attendent les inévitables répercussions politiques, mais aussi religieuses, étant donné que les mesures saoudiennes ont été prises principalement à cause de l’Iran, à un moment où la monarchie saoudienne et la République islamique d’Iran sont pour le moins à couteaux tirés. C’est certainement une pièce supplémentaire dans le mur d’isolement du Moyen-Orient qui entoure le régime ayatollah et une source supplémentaire de friction dans le Golfe.

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