C’est un écheveau complexe, et même inextricable: l’histoire de l’immeuble de Londres n’est sans doute qu’un écran de fumée, et le cardinal Becciù, même s’il n’est pas totalement blanc-bleu, un bouc-émissaire. Tout tourne autour des finances du Vatican, tous ceux qui ont essayé d’y mettre de l’ordre s’y sont brûlé les ailes (*). Les hypothèses de Lucia Scaraffia, citée par AM Valli.

(*) Pensons au cardinal Pell, qui s’est fendu hier d’une déclaration incendiaire (que j’aurais personnellement préféré ne pas lire, quelles que soient les fautes commises par Becciù) contre son confrère en disgrâce avec lequel il entretenait des relations pour le moins orageuses (cf. cruxnow.com/vatican/2020/09/cardinal-pell-applauds-popes-actions-against-cardinal-becciu/)

« Le Saint-Père a été élu pour nettoyer les finances du Vatican. Il joue sur le long terme et doit être remercié et félicité pour ces récents développements. J’espère que le ménage des écuries continuera »

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https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-chute-du-cardinal-angelo-becciu-fait-fremir-le-vatican-20200925

Et comment ne pas penser aussi à la plus noble « victime », Benoît XVI lui-même? Et comme on comprend mieux son cri lors des méditations de la Via Crucis 2005:

Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient Lui appartenir [au Christ] totalement !

Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient.

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http://www.vatican.va/news_services/liturgy/2005/via_crucis/fr/station_09.html
Le cardinal Becciù tient une conférence de presse pour s’expliquer
Illustration sur la NBQ

AM Valli cite la réaction de Lucetta Scaraffia, un temps connue comme « la féministe du Vatican », et qui fut responsable du supplément hebdomadaire féminin de l’OR. On peut la considérer comme une initiée, et ce qu’elle dit contient certainement une très large part de vérité. Compte tenu du rôle délétère qu’elle impute à la presse, va-t-on l’accuser de flirter avec la théorie du complot?

Lucetta Scaraffia

Je suis une catholique qui vit avec douleur et angoisse ces jours que plusieurs médias veulent faire passer pour un « grand ménage au Vatican ». Comme quelqu’un l’a fait remarquer, en réalité, ce qui se passe ressemble plus aux grandes purges politiques des régimes totalitaires qu’à un recours sérieux et pondéré à la justice.
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Cela fait maintenant de nombreuses années, depuis que Benoît XVI a entrepris une réforme de l’IOR, la banque du Vatican, que se succèdent scandales, fuites, arrestations à l’improviste, procès bidons. Derrière ce tir de barrage constitué d' »opérations de nettoyage », il est difficile de comprendre ce qui se passe réellement. À cela s’ajoutent les rumeurs insistantes d’un possible chantage sur la base de scandales sexuels, le plus souvent homosexuels et pédophiles, qui empoisonnent la vie et le travail de la hiérarchie du Vatican. Rappelons que jusqu’à il y a quelques années, tous les évêques – et je souligne tous – étaient tenus de couvrir de fait les scandales sexuels Opérations qui aujourd’hui, si elles émergeaient, pourraient provoquer de graves séismes, y compris dans les positions les plus élevées.
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Essayons d’émettre une hypothèse: si, comme beaucoup le soupçonnent, l’IOR a servi pendant des décennies à blanchir l’argent sale d’organisations criminelles, il est impensable que ces dernières acceptent sans piper qu’on leur retire une telle ressource. D’où l’hypothèse logique, précisément, qu’ils tentent d’empêcher le nettoyage souhaité en menaçant de rendre publique aux fidèles du monde entier cette activité souterraine de la banque du Vatican
Il est facile d’imaginer l’effet dévastateur que cette publicité aurait sur la vie de l’Église.
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Tout cela explique peut-être les difficultés infinies que rencontre toute tentative de réforme économique au Vatican. Et en effet, les tentatives de réforme financière se répètent, sans effet réel du point de vue de la propreté, mais produisant à chaque fois des répercussions et des révélations utiles aux luttes des factions internes. Chaque fois, quelqu’un est défenestré, un coupable est mis à l’index et, en conséquence, son ascension est brusquement interrompue.
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On peut donc soupçonner que les opérations de nettoyage financier ne servent qu’à établir un nouveau rapport de force, à éliminer les adversaires.
Pour ce faire, le soutien des médias est fondamental. En effet, ce sont eux qui répandent la nouvelle, et créent le coupable, qui est donc condamné a priori et sans possibilité de défense. On n’arrive donc presque jamais à un vrai procès, et si on arrive à un vrai procès, c’est souvent un procès peu fiable – les règles de la justice du Vatican changent tout le temps et on a le sentiment qu’elles sont plus qu’autre chose pro forma – de sorte qu’en fait c’est presque toujours la presse qui établit réellement qui est le coupable.
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Dans cette affaire également, commencée il y a des mois avec des rapports de détournement de fonds concernant l’achat d’un immeuble à Londres, le scandale a immédiatement éclaté, grâce à l’envoi opportun de photos des suspects aux médias. Un bouc émissaire a été trouvé – le commandant des gendarmes Giani, contraint de démissionner à cause d’une fuite – et les accusés ont été condamnés à la hâte dans les médias et, malgré l’absence de procès, ont été renvoyés.
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Une justice très expéditive, bien que présentée aux journaux comme exemplaire, est maintenant aussi tombée sur le cardinal Becciù. Sans procès, sans lui donner la moindre chance de se défendre, il a été privé de son rôle et de sa fonction de cardinal, avec pour seul effet de laisser les fidèles, et pas seulement eux, déconcertés. Mais nous ne savons pas s’il est coupable, et en l’absence de procès, nous ne le saurons jamais.

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https://www.aldomariavalli.it/2020/09/26/becciu-si-difende-in-un-quadro-di-minacce-ricatti-e-pulizie-che-non-puliscono/
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