Durant ce qui est en passe de devenir le fameux entretien avec les jésuites slovaques, François a enfilé les perles, ou plutôt les accusations génériques contre tous et chacun, étalant sans vergogne une aigreur bien peu évangélique. Parmi ces « perles » l’une qui est passé assez inaperçue, était une charge acerbe contre « une grande chaîne de télévision catholique qui critique sans arrêt le Pape sans se poser de questions. Je peux personnellement mériter des attaques et des insultes parce que je suis un pécheur, mais l’Église ne le mérite pas : c’est l’œuvre du diable. Je l’ai même dit à certains d’entre eux »  (source). La grande chaîne en question s’est reconnue, c’est EWTN. Et elle a trouvé un avocat en la personne de Phil Lawler, dont la plaidoirie vaut le détour, car le sujet dépasse largement le cadre de la chaîne américaine inconnue en France

Le pape contre EWTN : trop brûlant pour être traité ?

www.catholicculture.org/commentary/pope-vs-ewtn-too-hot-to-handle/

La semaine dernière, j’ai écrit sur la censure, et sur le fait que « les lecteurs avisés doivent trouver leurs propres sources d’information fiables ». Cette semaine, je serai un peu plus spécifique, et je dirai que les lecteurs catholiques (ou les non-catholiques intéressés par les développements au sein de l’Église) doivent trouver leurs propres sources fiables de nouvelles catholiques.

Pour présenter mon point de vue, laissez-moi vous présenter la pièce à conviction A : notre gros titre d’hier : Le Pape s’en prend à EWTN « œuvre du diable ». Cette histoire est unique, à plusieurs égards.

Au moment où j’écris ces lignes, mercredi après-midi, ce titre, publié il y a un peu plus de 24 heures, a été téléchargé sur notre site près de 65 000 fois. Pour replacer ce chiffre dans son contexte, il est très rare qu’un de nos articles attire plus de 5 000 lecteurs, et seule une poignée de nos articles a atteint la barre des 10 000. Le chiffre de 65 000 est sans précédent, et comme l’article continue d’attirer des lecteurs à un rythme effréné (35 de plus depuis que j’ai commencé ce paragraphe), il est destiné à être beaucoup plus élevé.

Pourquoi un tel intérêt pour ce titre ? D’abord parce qu’il s’agit d’une histoire importante ; nous y reviendrons plus loin. Ensuite, parce que personne d’autre ne raconte cette histoire.

Le pape François a porté une accusation extraordinaire contre un important média catholique américain. Les médias laïques ne sont pas particulièrement enthousiastes à ce sujet, car ils considèrent qu’il s’agit d’une affaire interne, qui n’intéresse que les catholiques. Mais la plupart des médias catholiques minimisent aussi soigneusement l’histoire – ou la traitent avec beaucoup de doigté, en minimisant diplomatiquement les implications claires des remarques du Pape – parce qu’ils tiennent à éviter la polémique. À quelques exceptions près, les principaux médias catholiques sont contrôlés par des évêques, par des donateurs importants, ou les deux ; ils craignent toute histoire qui pourrait contrarier leurs mécènes. Les histoires ne sont donc pas couvertes.

Parmi les médias qui traitent de l’actualité catholique, seuls quelques-uns sont prêts à se lancer dans une histoire controversée. EWTN est l’un d’entre eux. Et – pardonnez-moi de me vanter – Catholic World News [dont Lawler est le fondateur, ndt] en est un autre. Nous évitons le sensationnalisme, mais lorsque l’histoire elle-même est sensationnelle, nous ne reculons pas.

Et cette histoire est sensationnelle. Un autre Pontife romain s’est-il déjà plaint d’une couverture médiatique négative ? Un politicien peut s’inquiéter d’éditoriaux hostiles ; le Vicaire du Christ ne devrait pas le faire. Lors de son échange avec les Jésuites en Slovaquie, le Pape a non seulement fait preuve d’une sensibilité extraordinaire à la critique, mais il s’est battu avec ce qui est probablement la présence médiatique catholique la plus puissante et la plus influente au monde.

EWTN doit son succès spectaculaire au zèle évangélique de sa fondatrice, Mère Angelica, mais aussi à son esprit indépendant. Sous sa direction, EWTN a prospéré parce qu’il a donné aux téléspectateurs et aux auditeurs ce qu’ils voulaient : pas de nouvelles et de points de vue « sûrs » préemballés, mais des reportages et des commentaires vivants.

Le pape François a reproché à la « grande chaîne de télévision catholique » (qu’il ne nomme pas) « de ne pas hésiter à dire continuellement du mal du pape ». Il est vrai que de nombreux analystes apparaissant sur la chaîne – dont moi-même – ont critiqué les actions et les déclarations du pape. Mais j’ai toujours fait de mon mieux pour exprimer mes préoccupations avec respect, en faisant preuve de la déférence qui s’impose à l’égard de l’homme et de sa fonction pétrinienne. Je ne doute pas que tous les animateurs et invités réguliers d’ETWN diraient la même chose.

Il devrait être possible d’exprimer son désaccord avec les propos d’un Pontife romain – surtout s’il est aussi bavard que François – sans être accusé de faire le travail du diable. Il y a une ironie particulière lorsque cette accusation vient d’un Pontife qui a dit qu’il encourageait le libre débat, qui a encouragé les jeunes catholiques à hagan lio, qui exhorte à la pensée créative et à la décentralisation de l’autorité.

Pour aggraver l’ironie de la situation, alors qu’il élargissait son champ d’action pour englober des clercs anonymes ainsi qu’une chaîne de télévision anonyme, le pape François a déploré que ses critiques « portent des jugements sans entrer dans un véritable dialogue ». Le pape François a-t-il engagé un dialogue avec le cardinal Burke au sujet des dubia ? A-t-il engagé le dialogue avec le cardinal Müller avant de le renvoyer sans ménagement de la préfecture de la Congrégation pour la doctrine de la foi ? A-t-il invité au dialogue les catholiques traditionalistes avant de condamner ce qu’il a qualifié, dans ce même échange en Slovaquie, d’ « automatisme de l’ancien rite » ?

Un Pontife romain ne devrait pas craindre les critiques honnêtes des catholiques loyaux. Et les médias catholiques ne devraient pas craindre d’explorer la controverse. « La vérité est comme un lion », disait Saint Augustin. « Vous n’avez pas à la défendre. Lâchez-la, elle se défendra toute seule ».

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