et c’est la Chine communiste qui, après de « petits » pays (dont la Pologne?) montre le chemin, en essayant d’imposer à marche forcée son « modèle » (comme elle a imposé celui du confinement). Rendant de plus en plus floue la frontière entre sécurité et surveillance. Et ouvrant des perspectives terrifiantes de coercition et de privation des libertés, qui s’installent dans l’indifférence des populations. Demain, c’est aujourd’hui! Aperçu de Stefano Magni, pour la NBQ.

Pékin promeut un passeport vaccinal mondial

Stefano Magni
La NBQ, 12 mars 2021
Ma traduction

La Chine prend de l’avance et est la première grande puissance émergente à introduire un passeport vaccinal. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une première, elle se fait promotrice d’un système de mutuelles dans le monde entier. L’autre face de la médaille ? C’est un outil de contrôle totalitaire de plus.

La Chine anticipe et est la première grande puissance émergente à introduire un passeport de vaccination, papier et électronique, pour ses citoyens. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une première – l’Islande et la Pologne ont déjà adopté des instruments similaires – la Chine vise à créer un système mondial de reconnaissances mutuelles. Désormais, selon les intentions de Pékin, il ne sera possible de parcourir le monde que si l’on est en possession de ce passeport. Né pour « libérer » les déplacements, il peut cependant se transformer en un instrument coercitif pour ceux qui ne le possèdent pas encore ou ne peuvent pas le posséder. Mais il semble que ce soit vraiment le cadet des soucis de ses promoteurs, à en croire les réactions et les commentaires.

Le passeport vaccinal chinois est un document non (encore) obligatoire, de portée étendue. Outre les données essentielles (combien de doses de vaccin ont été inoculées à son propriétaire), il contient également un petit dossier médical, avec les résultats des tests Covid-19. Il peut être téléchargé n’importe où, y compris sur son téléphone portable et via WeChat, le réseau de messagerie sociale le plus populaire de Chine. Wang Yi, le ministre des affaires étrangères de Pékin, propose d’universaliser le système dès que possible. Lors d’une conférence de presse en marge du Congrès national du peuple, il a déclaré qu’il ferait pression pour que ces passeports soient adoptés par d’autres pays et reconnus mutuellement par les États, afin que les gens puissent traverser les frontières en toute sécurité.

Un premier objectif de cette initiative est de rouvrir les frontières chinoises et de stimuler le commerce. En effet, les frontières sont toujours strictement contrôlées, aucune personne ayant transité par un pays à risque ne peut entrer en Chine et tout le monde est soumis à une quarantaine. L’objectif à moyen et long terme fait toutefois partie de la stratégie des vaccins. En Amérique latine, deux tiers des sérums utilisés sont fabriqués en Chine. En Afrique, 35 pays ont importé des médicaments fabriqués en Chine. Et Pékin a également fait don de millions de doses à 69 États, tout en proposant de créer des centres de vaccination à l’étranger, principalement pour ses émigrants. Dans un régime pour lequel tout est politique, cette diffusion ponctuelle des vaccins chinois n’est certainement pas gratuite et aura un coût en termes diplomatiques et politiques. C’est une autre façon d’étendre la sphère d’influence de Pékin. Idem pour le passeport vaccinal, que Pékin a introduit en premier et qui aura pour effet de certifier la circulation d’un pays à l’autre, afin d’établir qui peut se déplacer et qui ne le peut pas.

En ce qui concerne la construction d’un système de reconnaissance mutuelle des passeports vaccinaux, le calendrier pourrait être plus rapide que prévu. Comme déjà mentionné, l’Islande les a déjà introduits pour ses (rares) habitants. Mais elle n’a pas fait la une des journaux, justement, étant donné la très petite taille de sa population. Dans l’UE, la Pologne a été la première à introduire le passeport électronique dans son plan de vaccination. Le Danemark et la Suède ont annoncé qu’ils feraient de même, avec des documents qui permettront non seulement de voyager, mais aussi d’accéder aux lieux publics sans autres restrictions.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a proposé l’introduction dans tous les États membres d’un « laissez-passer vert » standardisé, qui sera valable pour les déplacements internes et externes à l’UE. Dans l’anglosphère, alors qu’il y a une résistance au Royaume-Uni, aux Etats-Unis de Biden, le projet d’introduire un passeport de type chinois progresse rapidement. Aux Nations unies, l’Organisation mondiale du tourisme fait pression pour que tous ces documents électroniques soient harmonisés.

L’idée n’est donc pas seulement chinoise, mais la République populaire a une vitesse supplémentaire. Et ce n’est pas la taille de sa population, mais la rigidité et l’omniprésence de ses contrôles. Le document qui est aujourd’hui téléchargé par les Chinois, qui leur permettra de voyager à l’étranger s’ils sont vaccinés et immunisés, n’est que le dernier maillon d’une chaîne de contrôles. Au printemps 2020 déjà, en effet, les Chinois ont été obligatoirement équipés d’un QR code contenant des informations sur leur état de santé. Si le test était négatif et qu’ils n’étaient pas suspects (aucun contact avec des personnes contagieuses ou présumées telles, aucun voyage dans des zones infectées), le code leur donnait le feu vert, sinon ils n’avaient accès à rien, pas même aux transports publics. Ce système, à son tour, est intégré aux « crédits sociaux » précédents, qui évaluent, en ajoutant ou en retirant des points, tous les comportements de chaque citoyen chinois. Chaque score correspond à ce que le citoyen peut encore faire ou ne pas faire dans la vie. Pendant ce temps, tout le monde est surveillé par des centaines de millions de caméras de surveillance, dont beaucoup sont équipées de logiciels de reconnaissance faciale.

La Chine est déjà un pays où chaque citoyen est un surveillé. Et avec le passeport vaccinal, on ne fait qu’ajouter un contrôle supplémentaire. Les systèmes précédents permettaient à l’État d’isoler complètement un élément politiquement suspect et de détruire son existence, en ne lui permettant pas de quitter sa résidence et d’utiliser son propre argent. Dans un régime comme le régime communiste chinois, comme cela a souvent été le cas pour les dissidents et les minorités persécutés, la santé peut être un simple prétexte. Pour des « raisons de santé », un dissident, un chrétien, un Ouïgour ou un Tibétain peut être ghettoïsé et emprisonné sans passer par la procédure judiciaire.

Et c’est l’autre face de la médaille, que les États occidentaux considèrent trop peu. Des pays comme la Chine (qui n’est pas la seule dictature au monde) peuvent les utiliser pour enfermer les dissidents, les opposants et les éléments suspects. Mais même dans un pays libre, la frontière entre sécurité et contrôle est de plus en plus floue. À l’heure où l’écologisme est le seul ciment idéologique des démocraties européennes, d’autres idées chinoises telles que les crédits sociaux écologiques pourraient être introduites. Et les méthodes visant à promouvoir les « comportements verts » sont discutées dans l’UE depuis au moins dix ans. Ils mesureraient le degré de conformité à un comportement écologiquement correct, pas au parti communiste chinois, mais ils reviendraient sensiblement au même. D’autant plus que le Covid lui-même est considéré comme une conséquence du changement climatique, un « permis à points » du comportement écologique d’un citoyen européen pourrait bientôt accompagner le passeport vaccinal. Ce n’est qu’une hypothèse, mais nous ne réalisons pas encore combien de liberté nous perdrions dans ce cas.

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