La question est raide (et d’habitude, je n’aime pas qu’on « psychiatrise » ceux dont on ne partage pas le point de vue, ou qu’on invoque éventuellement leur sénilité – Benoît XVI, pourtant abondamment attaqué pour son âge lorsqu’il régnait, est le parfait exemple d’un très vieil homme qui, arrivé au terme de sa vie, conserve une acuité intellectuelle que beaucoup de penseurs autoproclamés de tous âges pourraient lui envier), mais elle redevient d’une grande actualité en ce moment – à vrai dire, elle est d’actualité en permanence depuis quelques années, et cela ne fait qu’empirer…: c’est le blogueur argentin « The Wanderer » qui la posait il y a quelque temps, après la publication de l’entretien que François a accordé le 22 mai dernier aux directeurs des revues jésuites européennes (voir ci-dessous). Le Pape, en roue libre, comme très souvent, surtout devant ses confrères, y tient des propos de bar du commerce, sans aucune profondeur, et qui résonnent de façon pour le moins étrange dans la bouche du chef de l’Eglise – là encore, la comparaison avec Benoît XVI serait cruelle.
Je serais quand même moins sévère que notre Argentin (je parle du blogueur) concernant les propos et l’attitude du Pape sur le conflit ukrainien. Mais c’est vrai que que quand un Pape aborde un sujet aussi sensible, il doit « marcher sur des œufs » et éviter les analyses tout juste dignes d’un blogueur partisan et mal informé.

Psychopathie et imminence de la fin

Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de l’imminence d’un conclave. Il y a deux raisons : soit le pape François pourrait démissionner, soit sa fin naturelle serait beaucoup plus proche que le Vatican ne veut bien l’admettre. Nous ne savons pas. Cependant, le dialogue que Bergoglio a eu il y a près d’un mois avec les directeurs des magazines culturels jésuites européens, et qui a été publié par La civiltà cattolica, montre que les plus gros problèmes du souverain pontife ne sont pas son mauvais genou ou ses diverticules intestinaux ; il s’agit de quelque chose de beaucoup plus grave qui affecte l’équilibre de son jugement. En un mot, et la question ne découle pas d’une quelconque antipathie ou rancœur franciscaine : Bergoglio est-il sain d’esprit ?

Or, aussi progressiste que l’on puisse être, on ne peut nier que certains moments de la conversation présentent les caractéristiques d’une personne montrant des signes évidents de démence sénile, parfaitement compréhensible vu son âge. Sinon, il faut imaginer que le scénario de ses paroles a été écrit par l’un de ses ennemis ou par un ennemi de quelque calibre de l’Église, ou encore par un comédien. La seule chose qui est certaine, c’est qu’une personne saine d’esprit, dotée du bon sens et de la prudence qu’exige sa fonction (dans ce cas, rien de moins que le pontificat suprême), ne peut pas dire ce que François dit.

Il est inutile de perdre du temps ici pour réfuter ses affirmations. Nous l’aurions fait il y a quelques années, lorsque nous nous sommes consacrés à cette tâche ; maintenant, alors que tant d’eau a coulé sous les ponts, il faut prendre les choses en fonction de qui les dit. Toutefois, quelques points méritent d’être soulignés :

La frivolité et la superficialité avec lesquelles il fait référence au conflit entre la Russie et l’Ukraine. Il les compare au Petit Chaperon rouge et au loup et laisse entendre, comme l’ont fait plusieurs médias (ceux qui lui prêtent encore un peu d’attention), que l’OTAN a provoqué la Russie pour déclencher la guerre. Indépendamment du fait que cela soit vrai ou pas, le pape, en tant que chef d’un État et pontife suprême de l’Église, ne peut se permettre de telles expressions. Elles seraient bonnes pour un commentaire d’après-repas, dans une maison pour prêtres âgés, mais pas pour que le monde entier les entende. Ce seul fait devrait inciter les cardinaux à réfléchir sérieusement à ce qu’ils vont faire de ce personnage qui peut entraîner l’Église dans une pagaille de grande ampleur.

La réponse à la troisième question, concernant les signes que le pape voit dans le renouveau spirituel de l’Église, est particulièrement intéressante pour nous. Et la première chose à dire est que nous avons affaire à l’un des plus beaux exemples de cannibalisme institutionnel que l’on puisse imaginer, cette spécialité bergoglienne que notre ami Ludovicus a si bien décrite [cf. Le cannibalisme « institutionnel » de François]. Il dévore les catholiques « restaurateurs » avec la férocité d’une hyène et met à sac la Curie romaine, l’ennemi classique de tout populiste.

D’autre part, les signes de son dérangement psychique sont de plus en plus évidents. Nous avons déjà mentionné à une autre occasion que François a les traits d’un psychopathe, ce que ses supérieurs avaient remarqué bien avant sa nomination comme évêque. Dans ce cas, en outre, nous voyons, de manière évidente et difficilement discutable, les symptômes d’une personnalité dissociée. Il parle d’évêques venant d’Europe ou d’Amérique, comme si ce n’était pas lui qui les avait fait venir, comme s’il n’était pas lui-même le protagoniste et le responsable direct de ces nominations épiscopales. Nous lisons, par exemple, ce paragraphe : « Un évêque argentin m’a dit qu’on lui avait demandé d’administrer un diocèse qui était tombé entre les mains de ces « restaurateurs » ». Il fait clairement référence au diocèse de San Rafael, le seul à avoir un administrateur apostolique et qui a un profil « restaurateur ». Mais François dit qu’on « avait demandé » à cet évêque . Qui lui a demandé ? Lui-même, puisque personne d’autre que le pape de Rome ne peut nommer des évêques ou des administrateurs apostoliques, et à plus forte raison dans le cas de l’Argentine, à laquelle a été réservée une gestion en exclusivité.

Nous avons affaire à un trouble psychologique grave, et ce sont les professionnels qui devront diagnostiquer s’il s’agit d’un cas d’identité dissociative ou de dépersonnalisation.

Dans ce même paragraphe, le mépris qui couve envers les évêques américains est déjà évident. Selon lui,

le nombre de groupes « restaurationnistes » – il y en a beaucoup aux États-Unis, par exemple – est stupéfiant.

Cela ne fait que confirmer ce que nous avons dit à plusieurs reprises sur notre blog : une herméneutique appropriée pour lire les décisions de Bergoglio est de prendre en compte son anti-américanisme.

C’est le pontife lui-même qui confirme mon diagnostic amateur de dissociation de la personnalité : il invoque une Église synodale, dans laquelle chacun doit être entendu, et il s’en prend à un groupe de membres de l’Église, qu’il reconnaît lui-même être étonnamment nombreux, qui non seulement ne doit pas être entendu, mais doit être éliminé.

C’est le même trouble psychopathique qui l’amène à s’empêtrer dans une élégie au Père Pedro Arrupe, s.j., avec des allusions fleuries à Paul VI, sans se rendre compte (ou peut-être si) qu’en agissant ainsi, il ne fait que salir la mémoire de Jean-Paul II, qui en 1981 a révoqué Arrupe comme supérieur général de la Société, à cause de la dérive non seulement progressiste mais aussi athée à laquelle le « prophète » admiré de Bergoglio l’avait conduite.

Pour conclure cette collection de phrases fameuses, François dit :

J’ai dit au président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Bätzing: « En Allemagne, il y a une très bonne Église évangélique ».

Est-il possible que le pontife suprême de l’Église catholique pense qu’il existe une « très bonne » Église évangélique ? Si l’Église évangélique est très bonne, et beaucoup plus détendue, compréhensive et accueillante à l’égard de la diversité que l’Église catholique, qui se drape encore de « dentelles et de bonnets », alors pourquoi ne pas devenir évangélique plutôt que catholique ? Pourquoi un jeune homme devrait-il offrir sa vie et son célibat perpétuel à Dieu en tant que prêtre catholique si c’est la même chose d’être un bon pasteur évangélique, sans avoir à porter aucun de ces fardeaux ?

Ce qui me frappe, c’est que le père Spadaro, s.j., rédacteur en chef du magazine, a décidé de publier cette « conversation ». Le chapitre 9 du livre de la Genèse raconte:

[Noé] ayant bu du vin, s’enivra et se coucha, découvert, dans sa tente. Cam [le fils cadet], le père de Canaan, vit son père nu, et le dit à ses deux frères qui étaient dehors. Alors Sem et Japhet prirent leurs manteaux, les mirent tous deux sur leurs épaules, et, marchant à reculons, ils couvrirent leur père nu; ayant tourné le visage en arrière, ils ne virent pas leur père à découvert.
Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que le fils cadet lui avait fait et le maudit.

Spadaro s’est comporté comme Cam. Il aurait mieux fait de couvrir la nudité de son père, ou de son confrère en saint Ignace de Loyola, comme Sem et Japhet l’ont fait avec dévotion. Je ne m’attends pas à ce qu’il soit maudit par Bergoglio ; j’espère qu’il sera jugé équitablement par le Juste et Terrible Juge ; lui et celui qui vit à Santa Marta.

*

Post-scriptum. Nous avons dit récemment que celui qui dirige l’Église est le Fils de Dieu lui-même, et il sait comment le faire bien mieux que nous.

L’extravagance de ce pontificat s’est accélérée ces derniers mois, de sorte à souiller tout ce que Bergoglio touche. Le synode, par exemple, qui est une institution vénérable de l’Église universelle, est devenu une mascarade que les évêques mettent en scène dans leurs diocèses pour la galerie, et en fait peu de catholiques savent que dans trois mois commencera la phase continentale du synode sur les synodes. Il n’est pas non plus étrange de penser que lorsque François s’est prononcé contre la dentelle, de nombreux curés ont ouvert les coffres de leurs sacristies pour dépoussiérer de vieux vêtements en dentelle.
Ainsi, plus François parle de Vatican II et plus il insiste sur ce sujet, plus cet événement tellement désastreux sera pris en grippe, car il sera associé à lui et au devenir pathétique de son pontificat.
C’est pourquoi il vaut peut-être mieux être encore plus patient et prier Dieu de garder le Serviteur de ses serviteurs sur terre encore un peu pour qu’avec ses maladresses, il finisse de salir tout ce qui doit l’être et que son successeur soit facilité dans la tâche de tout remettre sur les rails et de « restaurer » l’Église dans son vrai visage, bien défiguré.

caminante-wanderer.blogspot.com, 14 juin 2022

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