Décidément, il y a peu de domaines où François échappe à la polémique, et peu à sauver de ce pontificat désastreux, et ses thuriféraires invétérés ont vraiment du mérite. Cette fois, on peut carrément parler d’abandon de son troupeau en Chine où les catholiques sont victimes de persécution sans qu’il élève de protestation, et où va s’ouvrir le procès du cardinal Zen (même si le pape a des raisons de lui vouer une rancune tenace, ce sera aux yeux du monde une démonstration de force de la Chine et une humiliation pour l’Eglise), alors que Saint-Siège est sur le point d’annoncer le renouvellement de l’accord secret sur la nomination des évêques. Tout cela s’ajoute aux courbettes devant les dictatures communistes à Cuba et au Nicaragua, où la situation des catholiques n’est pas plus enviable. Détails par Riccardo Cascioli, et Sandro Magister.

Le procès du cardinal Zen, une humiliation pour le Saint-Siège

Riccardo Cascioli
lanuovabq.it/it/processo-al-cardinale-zen-unumiliazione-per-la-santa-sede

Le procès du cardinal Zen pour son soutien à la cause démocratique aura lieu du 19 au 23 septembre, au moment où la Chine et le Saint-Siège sont sur le point d’annoncer le renouvellement de l’accord secret sur la nomination des évêques. Mais le visage de Zen devant le tribunal sera la preuve de la trahison par le Saint-Siège des catholiques persécutés.

Ainsi, le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, sera jugé du 19 au 23 septembre. La décision, rendue publique par le Hong Kong Free Press, a été prise par le tribunal de West Kowloon et le procès concernera cinq autres défenseurs de la démocratie arrêtés avec le cardinal en mai dernier : l’avocate Margaret Ng, la chanteuse Denise Ho, l’ex-parlementaire Cyd Ho, l’universitaire Hui Po-keung et le militant Sze Ching-wee.

Disons-le tout de suite, le cardinal Zen, qui a eu 90 ans en janvier dernier, ne risque pas la prison mais seulement une lourde amende, l’accusation principale de collusion avec des puissances étrangères ayant été abandonnée. Il sera donc jugé pour avoir omis d’enregistrer le fonds avec lequel lui et d’autres militants pro-démocratie ont aidé les manifestants lors des manifestations de 2019.

Mais le fait d’éviter la prison ne rend pas l’incident moins grave et ne diminue pas l’impact que ce procès aura sur les relations avec le Saint-Siège. En effet, il ne peut échapper que le procès se tiendra au moment même où une décision doit être prise sur la confirmation pour deux années supplémentaires de l’accord secret controversé entre la Chine et le Saint-Siège sur la nomination des évêques, qui expire le 22 octobre et a été signé pour la première fois en 2018. Sauf rebondissement de dernière minute, l’accord sera confirmé, étant donné que le pape François lui-même s’est prononcé publiquement en sa faveur, et sans réserve, dans une interview accordée à Reuters début juillet. Mais la confirmation aura lieu avec l’image du cardinal Zen traîné devant le tribunal, le cardinal qui plus que tout autre s’est démené pour mettre en garde le Saint-Siège contre la signature de cet accord. Ce sera une nouvelle humiliation pour l’Eglise catholique, une démonstration de force du régime communiste qui entend prouver qu’il peut imposer n’importe quel accord accord à ses conditions et qu’il a fait plier même l’Eglise.

Et le visage du cardinal Zen au tribunal sera là pour nous rappeler combien il avait raison – quoi qu’en pensent le pape et les « théoriciens » de la Communauté de Sant’Egidio – de prédire le désastre pour l’Église chinoise. En quatre ans, non seulement à peine six évêques ont été nommés (36 diocèses restent encore sans titulaire), mais la persécution s’est intensifiée dans toute la Chine, notamment contre ceux qui ne voulaient pas céder à l’Association patriotique des catholiques, un organisme contrôlé de facto par le Parti communiste. Pour connaître les détails de la situation, y compris les nombreux évêques en prison ou empêchés d’exercer leur ministère, on peut lire cet article opportun de Sandro Magister . Le fait est que les prédictions du cardinal Zen se sont réalisées : le Saint-Siège a tout cédé, livrant les catholiques fidèles à Rome au régime communiste, sans rien obtenir de significatif.

Le couperet de Pékin s’est ensuite abattu aussi sur Hong Kong, comme le montre le procès de Zen et de ses co-accusés, sans que le Saint-Siège n’émette un mot de protestation ; au contraire, il s’est empressé d’affirmer que cette situation, aussi regrettable soit-elle, n’aurait pas d’incidence sur le renouvellement de l’accord avec Pékin.

Il suffira de voir le cardinal Zen au tribunal pour clouer les diplomates du Saint-Siège face à leurs responsabilités, pour demander des comptes sur cette trahison des catholiques persécutés, et même pour avoir contribué à accroître la persécution. Et malheureusement, les Chinois ne sont même pas les seuls, il suffit de regarder ce qui se passe au Nicaragua et à Cuba [(*)]. C’est peut-être un hasard, mais ce sont toujours des régimes communistes.


(*) Annexe

Dans son billet du 4 août dernier sur son blog Settimo Cielo (qui ne semble pas avoir été traduit en français) Sandro Magister pointe ce qu’il nomme « les vilaines amitiés du Pape ». Après avoir rappelé se accointances douteuses avec le régime castriste, mises en évidence lors de son voyage de 2015, il détaille la situation au Nicaragua (magister.blogautore.espresso.repubblica.it/2022/08/04/castro-ortega-bergoglio-le-cattive-amicizie-del-papa/)

La Chine et la Russie envahissent désormais presque tous les commentaires sur la politique internationale du Saint-Siège, sur les deux fronts loin d’être brillants.

Mais il y a d’autres pays dans le monde où l’Église catholique vit des situations non moins dramatiques, d’authentiques persécutions. Pourtant, le pape reste silencieux, comme dans le cas du Nicaragua. Ou au contraire, se surpasse en verbiage obséquieux, comme dans le cas de Cuba.

(…)

Au Nicaragua, on se souvient de l’affrontement frontal, en 1983, entre Jean-Paul II et le régime révolutionnaire sandiniste de l’époque, truffé de prêtres devenus ministres, affrontement qui a culminé avec les cris hostiles orchestrés de la foule contre le pape lors de la messe de clôture.

Aujourd’hui, le Nicaragua est toujours dirigé par l’inusable Daniel Ortega, avec son épouse Rosario Murillo comme adjointe. Mais la fortune de l’Église catholique s’est inversée. Elle n’est plus à la botte du régime du fait de son clergé militant et contre Jean-Paul II identifié aux puissances néocoloniales, mais elle est tout autant persécutée et humiliée, avec le seul pape François vanté sans vergogne par Ortega comme un « ami de la révolution sandiniste ».

L’ennui, c’est que François ne dédaigne pas cette utilisation peu scrupuleuse de sa personne par Ortega. Il n’a jamais prononcé un mot public pour défendre l’Église du Nicaragua.

Une timide protestation, non pas de la part du pape mais des bureaux du Vatican, n’a été soulevée que lorsque, en mars dernier, Ortega a expulsé du Nicaragua le nonce apostolique, le Polonais Waldemar Stanislaw Sommertag, lui ordonnant de quitter le pays immédiatement après la notification de la mesure.

A la nouvelle, le Vatican a exprimé dans un communiqué du 12 mars « une grande surprise et un grand regret ».

Le problème est que le nonce, mandaté par le pape, a longtemps négocié avec Ortega sans jamais rien obtenir, s’aliénant ainsi le consensus des évêques du pays et, pour l’essentiel, toute l’Église nicaraguayenne.

Et ce n’est pas tout. Des menaces de mort ont même été proférées à l’encontre des évêques les plus honnis par le régime. Pour le plus pugnace d’entre eux, l’auxiliaire de Managua Silvio Báez, le régime l’a faussement accusé de fomenter un coup d’état et Ortega a demandé à François de le rappeler à l’ordre. Contre sa volonté, le pape l’a transféré en 2019 de Managua à Rome, avec la promesse de lui donner un poste dans la curie vaticane. Mais il n’a rien obtenu, et Báez vit aujourd’hui en exil à Miami, toujours impliqué dans la lutte pour la liberté de son pays.

Il est un fait qu’aujourd’hui, le Nicaragua est l’un des pays du monde où l’Église catholique est la plus persécutée. On ne compte plus les meurtres, les arrestations et les agressions de l’armée contre les églises où les opposants cherchent refuge. Un évêque, Rolando Álvarez, a entrepris un jeûne de protestation contre la répression en mai dernier.

Début juillet, le régime n’a pas non plus épargné les religieuses de Sainte Thérèse de Calcutta. Il a ordonné leur expulsion immédiate du pays. Le 6 juillet, les quinze premières franchissent à pied la frontière sud avec le Costa Rica, où le secrétaire du Vatican pour les relations avec les États, Paul Richard Gallagher, s’était rendu quelques jours auparavant.

Mais pas même dans la note officielle du Vatican qui rendait compte du voyage de Gallagher, publiée ce même 6 juillet, n’apparaissait la moindre mention de l’expulsion des religieuses de Sainte Thérèse de Calcutta.

Sur la persécution au Nicaragua, le silence du Siège de Pierre est de plus en plus assourdissant.

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