Après les derniers développements (l’apparition du secrétaire du Pape à la télévision italienne à l’heure de plus grande écoute – faisait-elle partie du deal? – , ses protestations de loyauté envers François, puis l’annonce officielle de l’audience accordée par le Pape), Nico Spuntoni fait une synthèse (bienveillante) de l’état des lieux, entre fidélité à la mémoire de Benoît XVI, anecdotes touchantes et perspectives d’avenir pour le secrétaire âgé de 66 ans, donc encore « jeune » selon les critères en cours au Vatican. Tout, comme toujours, est entre les main de l’unique maître des horloges, le locataire de Sainte Marthe.

Que va faire Monseigneur Georg ?

Les scénarios après la rencontre avec le Pape

Nico Spuntoni
Il Giornale
5 mars 2023

Jorge Mario Bergoglio a reçu Georg Gänswein près de deux mois après leur dernière rencontre. Surtout, la polémique sur le livre qui est sorti pèse sur son avenir. Et un indice venu d’Allemagne

La dernière rencontre en tête-à-tête entre les deux hommes a eu lieu il y a près de deux mois, le 9 janvier, au lendemain de la furieuse controverse déclenchée par la publication du livre Nient’altro che la verità. Hier matin, le Pape François et Mg Gänswein se sont à nouveau rencontrés dans la bibliothèque privée du Palais Apostolique. Sur la table se trouvait probablement l’avenir du secrétaire particulier de Benoît XVI, privé de facto depuis trois ans de sa fonction de préfet de la maison pontificale après l’explosion de l’affaire Sarah.

L’interview

Après l’exposition médiatique des jours qui ont suivi la mort de Benoît XVI, Mgr Gänswein s’était mis en retrait des apparitions publiques. Un silence rompu il y a quelques soirs par une interview sur Rai Uno dans la nouvelle émission de Bruno Vespa, Cinque Minuti. C’est précisément à cette occasion que l’archevêque allemand avait anticipé l’audience accordée par François hier soir et avait fait comprendre qu’elle serait décisive pour sa future destination, réaffirmant sa loyauté et sa fidélité à François mais défendant son choix de dire la vérité dans son livre.

La mémoire de Benoît XVI

Depuis les funérailles de Benoît XVI, Mgr Gänswein a continué à cultiver la mémoire de l’homme qui l’avait voulu à ses côtés en 1996, lorsqu’il occupait le poste de préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Il l’a fait en célébrant la messe du premier mois après la mort du pape allemand, dans les grottes du Vatican où il repose désormais, le 31 janvier 2023. Dans son homélie, il a rappelé que Ratzinger était « l’un des théologiens les plus grands et les plus influents de tous les temps qui se sont assis sur la Chaire de Pierre ». Jeudi dernier, le préfet de la Maison pontificale a célébré une autre messe sur la tombe de Benoît XVI et a lu son testament spirituel aux fidèles présents – dont les autres femmes qui ont composé la famille pontificale ces dernières années.

Outre ces deux occasions, ces derniers mois, plus d’un pèlerin visitant le tombeau sous la basilique Saint-Pierre a croisé Gänswein, les memores Domini et la secrétaire, Sœur Brigit Wansing, qui ont accompagné la vie quotidienne de Benoît XVI au monastère Mater Ecclesiae. Surtout, tôt le matin, la famille papale a continué à se rendre sur la tombe de l’avant-dernier pape pour prier le chapelet.

L’avenir

Il n’est pas exclu que Gänswein s’installe définitivement dans l’appartement de Santa Marta que, comme il l’a révélé dans Nient’altro che la verità, François lui a attribué en 2018 après lui avoir refusé la résidence du Palais apostolique autrefois réservée à celui qui occupait la fonction de préfet de la maison papale. Comme anticipé sur Rai Uno, l’archevêque allemand s’attend à ce qu’une décision sur son avenir soit prise prochainement. Beaucoup s’attendent à le voir loin de Rome après 18 ans passés au Vatican. Au lendemain de la mort de Benoît XVI, le scénario le plus probable était une affectation à l’étranger en tant que nonce apostolique dans l’un des quatorze sièges actuellement vacants. La controverse suscitée par la sortie du livre semble toutefois avoir fait s’effondrer les chances de cette hypothèse.

La possibilité de le voir titulaire d’un diocèse allemand, en revanche, était considérée comme compliquée en raison de son orientation théologique et pastorale qui n’était décidément pas en phase avec la majorité de l’épiscopat allemand. Cependant, ces dernières heures, en provenance d’Allemagne, certains commencent à considérer qu’il ne s’agit plus d’une hypothèse tellement incongrue. Un indice pourrait être trouvé dans le futur voyage de Gänswein, attendu en Bavière la semaine prochaine. C’est précisément dans la région natale de Ratzinger que se trouve l’un des deux diocèses allemands libres, celui de Bamberg, qui attend un archevêque depuis novembre dernier, après la démission de Mgr Ludwig Schick.

La destination de Bamberg semble plus réalisable que celle de l’autre siège allemand vacant, Paderborn, où l’archevêque est choisi par le chapitre cathédral parmi un trio de noms fournis par le pape et tirés à leur tour d’une liste de noms préalablement établie par le chapitre lui-même. Un système, dû au Concordat avec la Prusse, qui n’existe pas pour la direction de l’archidiocèse de Bamberg, sur lequel le pape a le dernier mot en vertu du Concordat avec la Bavière.

Rien n’est acquis

La nomination future de M. Gänswein – si elle devait vraiment avoir lieu – n’est en aucun cas une évidence. En fait, au cours de cette décennie de pontificat, François a habitué tout le monde à l’imprévisibilité de ses décisions.

Avec le secrétaire particulier de Benoît XVI, les relations n’ont pas été faciles depuis le début et après la controverse sur le livre écrit avec Saverio Gaeta, il est difficile de penser qu’elles puissent se rétablir d’une quelconque manière. Les voix les plus critiques de ce pontificat n’ont plus été nommées après avoir été démises de leur poste précédent. C’est le cas du cardinal américain Raymond Leo Burke, qui n’est officiellement patron de l’Ordre souverain militaire de Malte que depuis 2017, sans plus s’impliquer dans la vie de l’Ordre malgré ses 69 ans à l’époque. Il en va de même pour le cardinal Gerhard Ludwig Müller qui, ayant terminé son mandat de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi à l’âge de 69 ans, est resté à Rome sans aucune affectation.

Nous verrons dans les prochaines heures si Gänswein, à 66 ans, devra faire face à une prolongation de sa mise à l’écart, qui dure en fait depuis 2020.

En attendant, ce que l’on peut noter à propos de l’audience d’hier au Palais apostolique, c’est qu’elle a été de courte durée : prévue à 9 heures, elle était en fait déjà terminée à 9h30, puisqu’une photographie prise à ce moment-là montre l’audience du pape accordée à Mgr José Manuel Lorca et prévue immédiatement après celle de Gänswein.

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