A 3 semaines de son ouverture, ce serait, selon Marco Tosatti, la « course contre la montre au Vatican pour éviter que le Synode de l’Eglise allemande, qui aura lieu en même temps ne se transforme en un Concile qui en fasse une Eglise nationale ». (*)

(*) Voir à ce propos l’article de Peter Skojek sur le site « 1Peter5 », plus explicite (et plus circonspect) sur le rôle du Pape: Le jeu de bonneteau de François

Le vrai danger de schisme arrive d’Allemagne

Marco Tosatti
15 septembre 2019
NBQ
Ma traduction

Course contre la montre au Vatican pour éviter que le Synode de l’Eglise allemande, contemporain de celui de l’Amazonie, ne se transforme en un Concile qui en fasse une Eglise nationale. La semaine prochaine, le président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Reinhard Marx, rencontrera à Rome le préfet de la Congrégation des évêques, Marc Ouellet, mais il y a des craintes fondées que Marx ne se laisse pas convaincre d’arrêter le processus visant à changer la doctrine catholique sur le célibat sacerdotal, l’homosexualité et l’ordination des femmes.

La semaine prochaine, le Cardinal Reinhard Marx, Président de la Conférence épiscopale allemande et l’un des « hommes forts » de ce Pontificat, rencontrera à Rome le Cardinal Marc Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Evêques. Il s’agira d’une tentative de désamorcer ce que l’on présente aujourd’hui comme « le cas allemand »: une tentative évidente de la majorité – mais pas de la totalité – de la Conférence épiscopale de prendre des décisions sur des questions sensibles avant, et probablement contre, les décisions de l’Église universelle.

C’est dans ce but que, ces derniers mois, il a été décidé d’ouvrir un « chemin synodal », étrangement concomitant avec le Synode sur l’Amazonie, qui devrait aborder des questions similaires à le synode allemand. On sait que le Synode de Rome a ses rameaux dans la forêt d’Amérique du Sud, mais ses racines sont solidement enracinées dans le sol germanique; et il n’est peut-être pas risqué de penser que nous sommes face à une démonstration de muscles de la part d’une Eglise en chute libre en ce qui concerne les fidèles (les sorties en 2014 ont dépassé deux cent mille unités) mais riches en argent; et que par conséquent elle peut hausser le ton avec un Saint Siège en déficit permanent – une situation qui a empiré après les choix américains.

Ce n’est pas un hasard si le cardinal archevêque de Cologne, Rainer Woelki, a déclaré, à l’issue d’un récent voyage aux Etats-Unis: « Partout, j’ai trouvé des inquiétudes pour les développements actuels en Allemagne. Dans de nombreuses réunions, on craignait que le ‘chemin synodal’ ne nous conduise en Allemagne à un chemin séparé (Sonderweg) et qu’au pire, nous mettions en péril la communion avec l’Église universelle et devenions l’ Église nationale allemande « . Woelki parlait clairement du danger d’un « schisme ». « Personne ne peut vouloir cela, et nous devons donc prendre cette alarme au sérieux.

Et Finalement, quelqu’un à Rome – laquelle, sur beaucoup de questions, points et provocations semble endormie, ou inerte -, a entendu l’appel. Et dans une lettre datée du 4 septembre, le Cardinal Marc Ouellet a averti la Conférence épiscopale allemande que la perspective que les décisions du Synode organisé par l’Église en Allemagne, de concert avec l’organisation des laïcs catholiques, aient une valeur contraignante, « n’est pas ecclésiologiquement valable ». La question du synode « contraignant », c’est-à-dire du fait que tous les évêques, même ceux qui sont opposés aux décisions du synode, devraient les appliquer, est une des questions très controversées.

Ouellet a envoyé la lettre au cardinal Marx, accompagné d’une évaluation juridique signée par le Président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, Mgr Iannone. Celui-ci rappelle que le Synode allemand entend aborder quatre thèmes: « autorité, participation et séparation des pouvoirs », « morale sexuelle », « forme de vie sacerdotale » et « femmes dans les ministères et bureaux de l’Église ». Ce sont des sujets brûlants, qui concernent le célibat des prêtres et les unions homosexuelles, ainsi que la possibilité de ministère ordonné pour les femmes.

« Il est facile de voir – écrit Iannone – que ces questions ne concernent pas l’Eglise en Allemagne mais l’Eglise universelle et, à quelques exceptions près, ne peuvent faire l’objet de délibérations ou de décisions d’une Eglise particulière sans contrevenir à ce qui est exprimé par le Saint-Père dans sa lettre à l’Eglise allemande en juin dernier ». En juin, le Souverain Pontife a écrit une lettre aux évêques allemands pour les avertir de ne pas prendre de décisions contraires à l’Église universelle. Certains disent qu’un premier texte de la lettre, plus sévère, a été adouci après une rapide incursion à Rome du cardinal Marx.

Selon le dicastère vatican chargé de la juridiction ecclésiastique, le « synode » allemand ne se configure pas tant comme un synode, et en tant que tel avec une valeur consultative, que comme un concile: « Il est clair – écrit Iannone – à partir de l’article du projet de statuts que la Conférence épiscopale a en tête de faire un concile particulier qui suit les canons 439-446 mais sans employer le terme ». Mgr Iannone affirme: « Si la Conférence épiscopale allemande est parvenue à la conviction qu’un Concile particulier est nécessaire, elle doit suivre les procédures prévues par le Code pour parvenir à une délibération contraignante ». « Comment une Église particulière peut-elle délibérer de manière contraignante si les questions abordées concernent toute l’Église? », se demande le Président du Conseil pontifical. « La Conférence épiscopale ne peut pas donner un effet légal aux résolutions, cela ne relève pas de sa compétence ».

Selon le Président des Textes Législatifs, « la synodalité dans l’Église, à laquelle le Pape François se réfère fréquemment, n’est pas synonyme de démocratie ou de décision majoritaire », car « c’est au Pontife de présenter les résultats ». De plus, « le processus synodal doit se dérouler au sein d’une communauté hiérarchiquement structurée » et les propositions allemandes « laissent ouvertes de nombreuses questions qui méritent notre attention », en particulier l’équivalence entre l’organisation des évêques et le Comité central des laïcs, qui aurait le même poids dans le Synode.

Par ailleurs, la question du « Synode contraignant » a été critiquée à la fois par le Cardinal Müller et l’évêque de Ratisbonne, Rudelf Voderholzer. Au Vatican, certains prélats germanophones sont sceptiques quant au fait que les évêques allemands vont écouter les observations. « Il y a un sentiment croissant que Marx ne veut pas attendre qu’un conclave pour agir en tant que pape – écrit Ed Condon -, il a décidé qu’il sait, lui, ce qui est le mieux pour l’Église, et il veut que cela soit fait ».

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