Il fallait que cela arrive. Et certains, comme AM Valli, voient dans la parution du livre cosigné par Benoît XVI et le cardinal Sarah, la preuve que l’Eglise est en train d’imploser. Pendant ce temps là, les défenseurs de François se déchaînent contre l’Émérite (dont ils vont certainement réclamer que l’on redéfinisse le statut)

(*) Que François lui-même a dit ne pas redouter, et qu’il a d’ailleurs tout fait pour provoquer.

L’annonce de la publication du livre écrit conjointement par Benoît XVI et le cardinal Sarah a déclenché du côté des laquais d’office « rage et embarras » (Marco Tosatti). Parce qu’ils ont bien saisi que ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que la légitimité de « leur » Pape. Humainement, on peut donc les comprendre, même si le spectacle qu’ils donnent n’est pas joli joli… Le sommet de l’infamie a été atteint par Austin Ivereigh, qui a avancé des hypothèses insultantes sur la lucidité de Benoît XVI (cf. L’enfer se déchaîne contre Benoît XVI). Marco Tosatti lui répond:

C’est totalement faux. J’ai parlé il y a quelques jours avec des personnes qui ont rendu visite à Benoît XVI récemment, et elles m’ont décrit une personne physiquement fragile – il parle à voix très basse – mais extrêmement lucide, avec une vision claire des événements de l’Église et du monde. Loin d’être « manipulable » comme certains coryphées du régime voudraient nous le faire croire. Et d’autre part, dans le livre, il répète exactement ce qu’il a toujours dit, toute sa vie… quelle manipulation y aurait-il? Mais la colère de certains doit trouver un exutoire. Et sur la situation de l’Église, le conseil de Benoît XVI à ses interlocuteurs était clair: « Prière et sacrifice ».


Le dossier très intéressant de Jean-Marie Guénois, dans le Figaro du 13 janvier est malheureusement en accès payant (ce qui est regrettable, s’agissant d’un sujet aussi important pour la catholicité).
Un ami m’a envoyé les deux pages, qu’il m’est évidemment impossible de publier tel quel.
Mais le site italien Messa in latino propose la traduction d’un des articles du dossier, qui devient donc de ce fait d’accès public.
Voici la partie la plus significative (on notera en particulier la conclusion du journaliste français):

Près de sept ans après sa démission du trône de Saint-Pierre, le 11 février 2013, le pape Benoît XVI, 92 ans, est sorti de son silence pour demander au pape François de ne pas s’engager sur la voie de l’ordination sacerdotale des hommes mariés. Avec le cardinal Robert Sarah, d’origine guinéenne, ils ont écrit un livre intitulé Des Profondeurs de nos Cœurs, publié pour la première fois en français le 15 janvier par Fayard.
Cette initiative prend un caractère historique en raison de la gravité des paroles du pape émérite Benoît XVI et du poids de son autorité en tant que théologien. Par deux fois, en 2017 sur les questions liturgiques, puis au printemps 2019 sur l’analyse de la crise de la pédophilie, Benoît XVI avait pris publiquement – mais très discrètement – la plume. Ce qu’il dénonce aujourd’hui a une toute autre portée : il considère que l’avenir de l’Église catholique latine est compromis si l’on touche au célibat sacerdotal, l’un de ses piliers.
Le livre est donc un plaidoyer très structuré qui justifie le célibat sacerdotal, mais aussi un puissant message de soutien aux prêtres, que les deux auteurs voient « déroutés par la remise en question incessante de leur célibat consacré ». Les 175 pages leur sont d’ailleurs dédiées:  » En hommage aux prêtres du monde entier « . Ils présentent deux textes, substantiels, accessibles et très charpentés, l’un sous la plume du pape émérite, l’autre sous celle du cardinal, qui cosignent l’introduction et la conclusion.

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Aucune agression ou controverse n’apparaît dans ces pages à l’encontre de l’actuel pontife romain. Le pape émérite et le prélat africain se présentent comme deux « évêques », « en obéissance filiale au pape François » qui « cherchent la vérité » dans un « esprit d’amour pour l’unité de l’Église ». Ils écrivent donc en se distanciant de l' »idéologie » qui « divise ». Ou encore « des querelles de personnes, des manœuvres politiques, des jeux de pouvoir, des manipulations idéologiques et des critiques pleines d’aigreur qui jouent le jeu du diable, du diviseur, du père du mensonge ».

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Mais ils ne cachent même pas leur incapacité à « se taire »: « Silere non possum! Je ne peux pas me taire », disent-ils fermement, en citant saint Augustin. En particulier après « l’étrange synode des médias », consacré en octobre dernier à l’Amazonie, qui a en fait voté, à la majorité des deux tiers, la proposition d’ordonner des diacres permanents à la prêtrise, donc des hommes mariés, pour compenser le manque de ministres du culte en Amazonie. En cela, ils demandent à toute l’Église de ne pas se laisser « impressionner » par « les mauvais plaidoyers, les mises en scène théâtrales, les mensonges diaboliques, les erreurs à la mode qui veulent dévaloriser le célibat sacerdotal ».

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Le pape François publiera dans les prochaines semaines l’exhortation apostolique post-synodale qui devrait officialiser cette mesure. A moins qu’il ne recule, ce qui serait une surprise. Si François a toujours soutenu publiquement le célibat sacerdotal, il est également ouvert à une solution locale exceptionnelle à la crise des vocations. Une idée à laquelle le cardinal Sarah, dans ses conclusions, l’exhorte à renoncer :  » Il y a un lien ontologico-sacramentaire entre le sacerdoce et le célibat. Tout affaiblissement de ce lien constituerait une remise en question du Magistère du Concile et des Papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Je demande humblement au Pape François de nous protéger définitivement d’une telle éventualité en opposant son veto à tout affaiblissement de la loi du célibat sacerdotal, même limité à l’une ou l’autre région ».

Comment ces prises de position seront-elles reçues par François? Acceptera-t-il d’ouvrir un vrai débat? Le refusera t-il au risque d’une crise aiguë? Ou l’étouffera-t-il avec d’aimables compliments ? François n’a jamais répondu aux cardinaux qui avaient publiquement exprimé des doutes sur les conclusions du synode sur la famille concernant les divorcés remariés… Peut-il fermer la porte au Pape émérite de la même façon?


Quoi qu’il en soit, il ne fait aucun doute que la publication du livre ouvre une crise inédite dans l’histoire de la papauté (au moins à l’époque moderne car des gens bien plus savants que moi diront que la papauté en a vu bien d’autre en 2000 ans d’existence).
Aldo Maria Valli reprend en l’étoffant l’article qu’il avait écrit la veille, à chaud, et qui se concluait par:

Le livre signé par Benoît XVI et le cardinal Sarah rallumera les polémiques et rendra à nouveau plus que jamais d’actualité les questions sur le rôle du Pape émérite et sur la renonciation au pontificat

Aujourd’hui , malgré la grande affection qu’il voue à Benoît XVI et dont il a donné maintes preuves, il est sévère. Difficile de lui donner entièrement tort, même si je le trouve excessif.

Ratzinger & Sarah sur le célibat / Un livre-bombe, un moment dramatique

(Ma traduction ci-dessous)

La nouvelle du livre à quatre mains du pape Benoît XVI et du cardinal Robert Sarah pour la défense du célibat des prêtres est explosive.

Les anticipations nous apprennent que les deux auteurs se sont rencontrés, se sont écrit et ont décidé d’intervenir. « C’était notre devoir sacré de rappeler la vérité du sacerdoce catholique. En ces temps difficiles, chacun doit craindre qu’un jour Dieu lui fasse ce reproche injuste: ‘Maudit sois-tu, toi qui n’as rien dit‘ ».

Comme on peut le voir, ce ne sont pas des mots de circonstance. Le pape émérite Benoît XVI et le cardinal guinéen Robet Sarah ont remis le livre à l’éditeur français Fayard avant Noël, et dans quelques jours il sera en librairie. Le titre, Du fond de nos cœurs, fait comprendre immédiatement la souffrance dont est née cette œuvre, dont le destinataire, à peine caché, est le pape régnant, François, qui dans quelques semaines devrait publier son exhortation apostolique sur les conclusions du synode amazonien.

De la part du pape émérite, avec la contribution autorisée du cardinal Sarah, arrive ce qui semble être un ultimatum: s’il y a des concessions contre le célibat sacerdotal, les conséquences seront graves. « Il y a un lien ontologico-sacramentel entre le sacerdoce et le célibat. Tout remodelage de ce lien serait une remise en cause du magistère du Concile et des papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Je supplie humblement le Pape François de nous protéger définitivement d’une telle éventualité, en opposant son veto à tout affaiblissement de la loi du célibat sacerdotal, même limité à l’une ou l’autre région ».

Le livre de 180 pages, présenté par Nicolas Diat, est divisé en quatre chapitres.

Le premier, « De quoi avez-vous peur? », est une introduction de Ratzinger et Sarah élaborée en septembre de l’année dernière. Le second, du Pape émérite, s’intitule « Le sacerdoce catholique » et remonte à quelque temps avant le début du Synode. Le troisième, « Aimer jusqu’au bout », du cardinal Sarah, date du 25 novembre, un mois après la conclusion du synode, et est une analyse du célibat sacerdotal du point de vue ecclésiologique et pastoral. Enfin, le quatrième chapitre, « A l’ombre de la croix », écrit par les deux auteurs, contient les conclusions, élaborées au début du mois de décembre dernier.

Dans le chapitre du Pape émérite, est soulignée « l’unité profonde entre les deux Testaments, à travers le passage du Temple de pierre au Temple qui est le Corps du Christ », et Ratzinger repropose une grande partie de son homélie du Jeudi Saint 2008 :  » N’inventons pas l’Église telle que nous voudrions qu’elle soit ».

Inutile d’ajouter que l’intervention de Ratzinger et Sarah a quelque chose de dramatique. À ce stade, la division de l’Église est pratiquement officialisée. Cependant, avec ce qui apparaît comme une hypocrisie inacceptable, les deux auteurs affirment que, comme ce fut déjà le cas pour le Concile Vatican II, nous avons eu un synode des médias qui s’est superposé au réel. La faute des déformations, en bref, reviendrait à la presse. Thèse absurde, à la lumière des développements et des conclusions du synode.

Comment est-il possible de soutenir que l’incroyable synode de la Pachamama, des viri probati et des éco-péchés aurait été seulement la version médiatique du synode amazonien?

De l’autre côté, les défenseurs publics de François sont en agitation et l’accusation est venue, ponctuelle: Benoît XVI est poussé par de mauvais conseillers. Ratzinger et Sarah blâment les journalistes, les pro-Bergoliens parlent d’un émérite qui a été manipulé.

Personne n’admet la réalité: l’Église est divisée, au bord d’un schisme de fait.

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